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𝗟𝗲𝘀 𝗺𝗲𝗻𝘀𝗼𝗻𝗴𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗹’𝗘́𝘁𝗮𝘁 - l’opposition, en France, ne rompt en aucune manière avec les postulats de l’État fétiche.

 

Plus les hommes seront éclairés et plus ils seront libres.

Voltaire

Article de 1980...
 
DES MÉCANISMES INHÉRENTS A L’ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ
 
Les mensonges de l’État
 

IL semble de plus en plus évident, en ce XXe siècle finissant, que l’État est devenu le centre principal d’ordonnancement de la société. 
 
Une connaissance minima de la réalité sociale contemporaine suppose, en effet, le dévoilement des pratiques étatiques, c’est-à-dire des mécanismes par lesquels l’État constitue les rapports sociaux, jugule les oppositions, étouffe les contradictions et produit, autour de lui-même, le consensus socio-idéologique.
 
Le paradoxe, c’est que, ce faisant, l’État monopolise, contrôle et distribue le savoir de la société pour organiser sa propre méconnaissance en tant qu’État. 
 
Il réussit par là — curieux tour de passe-passe — à inverser les effets et les causes, à conforter une réalité déjà sens-dessus-dessous : 
 
il prétend socialiser les rapports sociaux, mais il « désocialise » les rapports humains ; il clame son attachement à la volonté concrète, pratique et empiriquement vérifiable des citoyens, mais il rend abstraits la loi, les institutions et le pouvoir ; il n’est pas seulement ce réceptacle où les « grands monopoles » se nichent en maîtres par la grâce de leur puissance, mais aussi et surtout le lieu où se condensent toutes les contradictions d’une société fondée sur l’inégalité, l’exploitation et l’oppression — bref, effet et cause, il se donne toujours pour ce qu’il n’est pas (l’État de tous) et par là érige le mensonge politique comme règle de la vie tout court. 
 
Au-delà des redécouvertes, parfois légitimes, de l’État de droit et des libertés formelles que certains proposent aujourd’hui comme antidotes du totalitarisme, Jean-Marie Vincent, dans les Mensonges de l’État, s’interroge sur la réalité même du phénomène étatique dans les sociétés développées. 
 
Interrogation qui a le mérite de se situer tant au niveau de la conjoncture politique (Giscardisme, programme commun, etc.) qu’au plan de la réflexion théorique approfondie (État et accumulation, classe et parti, etc.). 
 
Analysant aussi bien l’après-mai 1968 et les travaux de Nicos Poulantzas que les textes et programmes des partis de gauche, J.-M. Vincent invite à un rapport plus nuancé, et donc plus complexe, à la réalité politique contemporaine. 
 
Au lieu de raisonner en termes d’"instances", de « monopoles », d’anti et de pro-étatisme primaire, il importe de saisir la structure spécifique du capitalisme (division horizontale entre détenteurs des moyens de production et producteurs, atomisation subséquente des producteurs, opposition sociale du travail manuel et intellectuel, — à quoi correspond la division verticale entre dirigeants et citoyens, dominants-dominés, etc.), constituée par des formes sociales qui reproduisent à leur propre échelon la structure du capital.
 
Dans le rapport État-économie, l’État est-il de l’économie politisée, ou bien seulement l’arbitre, neutre parce qu’extérieur, des luttes économiques que se livrent les capitaux multiples ? 
 
En fait, « comme Marx l’a fait observer, les rapports sociaux de production prennent une consistance indépendante de ceux qui en constituent la matière première ou le terrain nourricier (les hommes) (...). Le politique (...) ne peut être conçu autrement que comme une sphère de l’organisation sociale surimposée aux rapports sociaux de production qui sont ses présupposés et ses limites à la fois (...). 
 
Dans ce cadre (...) le rapport État-économie n’est pas à comprendre comme un rapport de deux entités distinctes, mais comme une articulation spécifique de deux modalités des pratiques sociales — la spécificité de l’articulation étant ici constitutive de ces deux modalités de la réalité sociale ».
 
De là résulte ce qu’on pourrait appeler des articulations complémentaires des diverses formes sociales : ainsi, il est possible de voir comment les mécanismes de formation de l’opinion « publique » (c’est-à-dire de l’opinion privée sur les affaires publiques), de même que les tactiques de manipulation du sens commun par les moyens de communication de masse, renvoient en vérité — sans s’y réduire — aux sphères de la production économique et de la circulation de la monnaie, dans la mesure où les idées politiques et les stéréotypes idéologiques sont fonction de leur apport à la « régularisation et à la stabilisation des rapports entre les classes et l’État ». 
 
Que l’État, en outre, apparaisse comme réalité séparée, extérieure aux pratiques sociales, n’est pas la manifestation de sa véritable séparation d’avec la société, car l’État est bel et bien un élément primordial dans la constitution du rapport social de production ; cette autonomisation de l’État par rapport à la société est plutôt le résultat de la non-maîtrise des relations de production (c’est-à-dire du rapport social par excellence : le travail) par les agents de la production eux-mêmes. 
 
A l’économie fétichisée décrite par Marx correspond l’État fétiche, abstrait, hors la vie privée. Les mensonges de l’État, ce ne sont pas, dès lors, des attitudes toujours préméditées à l’égard de la société, mais des mécanismes qui constituent le type d’État capitaliste dans la réalité économique bourgeoise, c’est-à-dire des formes sociales de représentation qui traduisent à la fois le rôle du politique comme moment constitutif du rapport social de travail et sa fonction comme moment de cohésion de la totalité sociale. L’État vise donc à produire de l’abstrait, de la séparation.
 
Carences de la gauche
 
CETTE analyse débouche, chez J.-M. Vincent, sur une double réflexion. D’une part, il est patent que la politique de l’opposition, en France, ne rompt en aucune manière avec les postulats de l’État fétiche. 
 
Les partis de gauche reproduisent, mutatis mutandis, jusque dans leurs projets de société, les mécanismes propres à l’État capitaliste : conception manipulatrice des masses, acceptation de l’atomisation des sujets sociaux, tactiques politiciennes, etc. 
 
La critique que l’auteur fait du programme commun, dans un texte écrit en mars 1977, est à bien des égards prémonitoire. 
 
Non qu’il y prévoyait le lamentable échec que l’on connaît, mais il montrait déjà, avec beaucoup de lucidité, derrière les compromis boiteux, des logiques d’appareils, irréductibles. 
 
D’autre part, et plus profondément, la politique des partis de gauche n’est pas en rupture originale d’avec le capitalisme parce qu’elle refuse — et on devrait pouvoir montrer les raisons sociologiques de ce refus, ce que J.-M. Vincent ne fait pas — de se constituer comme nouvelle politique.
 
La désaffection et la crise de confiance des masses à l’égard des partis politiques traduit la conviction morose selon laquelle, somme toute, les opposés sont relativement identiques. 
 
En quoi, suggère J.-M. Vincent, les masses ne se trompent pas. 
 
Car ce que la crise générale révèle, aujourd’hui (en 1980 !!!), c’est l’inanité de politiques opposées dans leurs projets mais identiques dans leurs postulats. 
 
Alors qu’une stratégie nouvelle, porteuse d’une réelle émancipation des sujets sociaux, devrait opposer à l’État abstrait et fétiche la politique concrète et vivante de l’auto-organisation des travailleurs, et, plus précisément, à l’organisation capitaliste une réorganisation sociale du travail et de l’ensemble des activités matérielles. 
 
On regrettera cependant, sur ce dernier point, que J.-M. Vincent n’ait pas fourni d’indications théoriques sur ce que pourrait être, outre les mensonges de l’État, une politique radicale élaborée à partir d’une conception nouvelle de l’organisation du travail.
 
Sources :  le Monde diplomatique !! Septembre 1980 !!

 
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Allons-nous nous entre-tuer ?

Voilà la grande interrogation qui a guidé, ces derniers mois, nos pérégrinations autour de la question de l’effondrement des civilisations, la collapsologie !

Au cours d’un débat – que ce soit dans une grande
salle de conférence ou en petit comité dans un bistro –, les préoccupations climatiques et énergétiques se heurtent à une culture qui croit dur comme fer que la nature est foncièrement mauvaise, émerge toujours cette même idée : l’entraide n’est plus envisageable, faut-il se préparer au chaos social et à la violence extrême ?!

À lire aussi :

Partie 1 Au siècle dernier, notre monde est devenu extrêmement performant en matière de mécanismes de compétition.

Partie 2 Les mécanismes du groupe La tendance spontanée des individus à l’entraide, si surprenante et solide soit-elle, ne suffit pas à expliquer toute la complexité de l’entraide humaine, et encore moins à faire société !

Partie 3 L’esprit du groupe Cette revue des mécanismes qui font émerger l’entraide au sein d’un groupe (réciprocité, récompense, punition, réputation, normes,...) peut nous laisser une légère impression de manque. Tout semble trop mécanique, trop formel, bien éloigné des passions de la vie de tous les jours, des mystères du « sentiment collectif » ou des moments « magiques » qui font naître des dynamiques de groupe incroyables.

Partie 4 La question est maintenant de comprendre ce qui se passe à l’extérieur du groupe. Pour cela, il reste deux angles morts à éclaircir : quel rôle joue le « reste du monde » dans l’entraide à l’intérieur d’un groupe ? Et, surtout, quelles sont les conditions pour que des groupes s’entraident ?

Partie 5 Qui aura survécu à tout cela ? Quels mécanismes auront permis à certains humains de survivre (ou pas) ? L’entraide humaine telle que nous la décrivons aujourd’hui, dans toute sa complexité, nous permettra-t-elle de maintenir notre existence sur terre ?

partie 6  « Le côté sociable de la vie animale joue dans la nature un rôle beaucoup plus grand que l’extermination mutuelle. Il a aussi une extension beaucoup plus vaste. [...] L’entraide est le fait dominant de la nature. Mais, si l’entraide est si largement répandue dans la nature, c’est parce qu’elle donne aux espèces animales qui la pratiquent des avantages tels que le rapport de forces s’en trouve complètement changé, au désavantage des animaux de proie. Elle constitue la meilleure arme dans la grande lutte pour l’existence que les animaux mènent constamment contre le climat, les inondations, les orages, les tempêtes, la gelée, etc. ; elle exige constamment d’eux de nouvelles adaptations aux conditions sans cesse changeantes de la vie. »

Aperçu du livre

 « 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐛𝐥𝐨 𝐒𝐞𝐫𝐯𝐢𝐠𝐧𝐞

 

 




Le sujet est vaste, je vous invite si vous avez lu cet article, jusqu'au bout, de débattre et de commenter ci-dessous, merci !

Eddy Vonck

Rédacteur bénévole de Psycho'Logiques

Eddy Vonck  Rédacteur bénévole de Psycho'Logiques

 

 






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