𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 Philosophique « 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐛𝐥𝐨 𝐒𝐞𝐫𝐯𝐢𝐠𝐧𝐞
𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 Philosophique « 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐛𝐥𝐨 𝐒𝐞𝐫𝐯𝐢𝐠𝐧𝐞 et de Gauthier Chapelle partie 1
Au siècle dernier, notre monde est devenu extrêmement performant en matière de mécanismes de compétition.
Il est grand temps de devenir tout aussi compétents en matière de coopération, de bienveillance et d’altruisme.
Toutes les interactions entre êtres vivants ne sont pas bénéfiques.
Comme les humains évoluant dans les entreprises, les gouvernements ou les syndics d’immeuble..., il arrive que les espèces des six règnes s’arnaquent, s’ignorent, s’évitent, s’agressent et se manipulent.
Sans compter que ces relations peuvent changer au cours d’une journée, d’une saison, d’une vie ou d’une époque géologique.
Des tensions s’apaisent, des amitiés s’enveniment, des pactes se délient, des amis se trahissent.
Certains liens sont très stables alors que d’autres sont très volatils.
Les comportements de lutte, d’agression mutuelle, de combat, de menace ou de tensions s’observent en général autour des questions de territoire (pour mettre des limites) ou de reproduction.
Mais pourquoi, si la compétition est si néfaste, est-elle au cœur de notre culture occidentale ?
Pourquoi cela nous est-il si difficile d’accepter l’omniprésence de relations bénéfiques (dans la nature) ?
Selon Kropotkine, notre société a pris l’habitude, depuis la fin du Moyen Âge et le début de la modernité, de considérer la compétition comme « naturelle » et la coopération comme « idéologique ». Philosophes et scientifiques des Lumières ont été imprégnés par cette image d’une impitoyable « nature, rouge de dents et de griffes » dont il fallait s’extraire pour pouvoir fonder une société !
Pour eux, on ne pouvait le faire que grâce à notre pensée, à notre esprit et à notre génie. Il fallait fuir la nature ou la maîtriser.
L’adjectif « sauvage » est d’ailleurs devenu synonyme : d’agressif, indomptable ou asocial*.
* hors norme, atypique...
Jamais on ne dira de quelqu’un qu’il est « sauvage » pour mettre en valeur ses qualités d’altruisme ou de solidarité.
De nos jours, cette croyance que la nature en général (et donc la nature de l’être humain) est mauvaise s’exprime par exemple sous forme d’équations mathématiques décrivant les comportements de cet être imaginaire, rationnel et égoïste…
Le second mythe est assez complémentaire du premier : il nous dit que nous devrions nous séparer et nous extraire de la nature. D’ailleurs, c’est cette vision du monde – que l’Europe adopte à partir du XVIIe siècle – qui crée le concept même de nature pour décrire précisément ce qui n’est pas humain.
Séparation nature/culture, séparation corps/esprit : l’être humain de l’époque des Lumières acquiert la conviction qu’il se distingue des « autres qu’humains » par sa subjectivité, sa réflexivité, son langage symbolique, son esprit.
Pour expliquer la persistance et la puissance de cette croyance tenace, le philosophe Jean-Claude Michéa nous invite à remonter aux interminables guerres de religion que l’Europe a connues au Moyen Âge.
Les philosophes politiques du XVIIe siècle (dont Locke et Hobbes), las de ces conflits et désespérés des comportements humains, ont inventé un cadre politique à l’éthique minimale.
Un cadre le plus neutre possible, qui ne demande l’intervention d’aucune religion ou morale et qui rende possible de cohabiter sans nous entre-tuer : le libéralisme était né !
La renaissance des années 2000
Il s’est opéré un véritable changement de paradigme en sociobiologie.
Son père fondateur, E.O. Wilson, avec l’aide d’excellents théoriciens et à la lumière de nouvelles découvertes de terrain et de laboratoire, a récemment « retourné » sa théorie en inversant l’hypothèse de base.
L’origine du fait social ne serait plus à rechercher dans les gènes, mais dans l’influence du milieu.
Dès lors, certains scientifiques commencent à reconnaître l’importance des travaux de Kropotkine, en particulier la mise en évidence de l’importance de l’environnement** dans l’évolution de l’entraide.
** en Pnl, on parle d'écologie environnemental, dans quel milieux vivez-vous ??? Villas ou Hlm, Grande ville polluée où au bord de mer où en campagne ? Mais, c'est aussi un environnement comportemental : comment sont vos relations familiales et dans le contexte qualitatif par exemple de vos condition de travail ?
** commentaires Eddy Vonck
L’entraide spontanée
Les humains trichent, volent, mentent et tuent avec une constance et une insistance qui ne sont plus à démontrer.
Mais qui est prêt à croire qu’ils coopèrent, s’entraident, donnent et se sacrifient avec tout autant d’acharnement ?
Aider l’autre spontanément, parfois au péril de sa vie, favoriser les comportements égalitaires, rejeter les injustices, récompenser ceux qui participent au bien commun : voilà des comportements qui nous paraissent aujourd’hui merveilleux – et parfois suspects !
Pourtant, un minimum d’observation et un tour d’horizon des nombreux travaux d’anthropologues, de sociologues, d’économistes et de psychologues finissent par avoir raison de nos croyances : ces comportements sont très fréquents, et c’est tout à fait normal.
CONTRAIREMENT AUX IDÉES REÇUES...
Il existe une espèce imaginaire d’hominidés totalement rationnels, qui passent leur temps à maximiser leur profit en fonction des ressources dont ils disposent et de leurs préférences. En somme, des êtres libres et rationnels qui vivent dans un monde idéal.
Tous les scientifiques sérieux qui construisent des modèles connaissent les limites de leurs propres chimères.
Si les sciences économiques ont massivement fondé leurs recherches sur le modèle théorique de l’Homo œconomicus popularisé par Adam Smith au XVIIIe siècle, le créateur de la fameuse métaphore de la main invisible lui-même était conscient de ses limites et de la complexité des « sentiments moraux » qui agitent les humains : moralité, irrationalité, sens de la justice ou désir d’égalité. Il savait que toute la vie ne peut se résumer à un choix rationnel égoïste.
Les sciences économiques* ont pris la grosse tête. Elles se sont donné une légitimité qui a fait croire aux économistes – puis au reste de la population – que l’être humain ressemblait au modèle.
* à propos de l’honneur fait à Alfred Nobel – que l’on appelle aujourd’hui « prix Nobel d’économie ! »
Les graves crises économiques de ces dernières années ont sérieusement ébranlé cet édifice théorique et idéologique (la rationalité des agents et l’optimalité des marchés). Malgré tout, il reste debout et fait montre d’une étonnante résilience.
Ce qui émerge en situation de crise :
Les catastrophes sont des occasions d’observer les comportements en grandeur nature, lorsque tout ce que l’on croyait « normal » s’effondre ou que l’ordre social disparaît brutalement. Les institutions et les autorités peuvent même perdre momentanément les moyens d’exercer un contrôle et d’imposer un respect des règles communes.
Contrairement aux idées reçues, en cas de catastrophe, les comportements de panique sont si rares que les chercheurs ont même abandonné le concept même de « panique »
Mais nous aimons que les récits confortent les mythes qui nous ont bercés depuis toujours.
Si la panique est rarissime, l’entraide, elle, est bien au rendez-vous.
Lors de catastrophes soudaines, les individus, stressés ou en état de choc, sont à la recherche de sécurité avant toute chose ; ils sont donc peu enclins à la violence ! Ils agissent de manière spontanée, « automatique » ou« inconsciente », ce qui le plus souvent fait émerger des comportements d’entraide.
Ce fut le cas après le tsunami de décembre 2004 dans l’océan Indien, après le séisme qui a frappé Haïti en 2010 ou encore dans la salle de concert du Bataclan lors des attentats du 13 novembre 2015.
Outre les nombreux élans de solidarité à l’extérieur, il y a eu des témoignages saisissants de rescapés décrivant des personnes à l’intérieur qui aidaient de parfaits inconnus au péril de leur vie. Ces conditions extraordinaires font ressortir des comportements extraordinaires.
Mais est-ce également le cas dans la vie de tous les jours ?
Ce qui émerge du stress et de l’inconnu :
Imaginez que vous participiez à une expérience d’économie expérimentale. Des chercheurs vous font asseoir à une table, vous présentent un inconnu (ou un groupe d’inconnus) et donnent à chacun d’entre vous la même somme d’argent. Puis ils mettent en place un scénario et observent vos comportements.
Surprise : la personne en face de vous semble généreuse, elle vous donne de l’argent ! Comment réagissez-vous ? Gardez-vous l’argent ? Lui ferez- vous confiance au tour suivant ?
Essayons le jeu du bien public : vous êtes assis à une table avec dix inconnus, les chercheurs vous demandent de placer votre argent dans un pot commun et vous observent.
Mais ils n’entendent pas la petite voix dans votre tête : « Dois-je investir dans le groupe ? Et s’il y avait des profiteurs ? Je me sacrifierai pour eux sans être sûr d’avoir quelque chose en retour…
Ce n’est pas juste. Mais c’est vrai que si nous contribuons tous, le groupe sera plus fort... J’aimerais tellement qu’on participe tous ! Que feront-ils ?
Voilà pour les réflexions et les calculs, issus du cortex préfrontal. Mais qu’y a-t-il en amont ?
Le modèle cognitif le plus couramment admis en psychologie et en neurosciences se déroule en deux temps.
D’abord, le cerveau « primitif » (reptilien et limbique) génère des émotions et des intuitions, puis, dans un second temps, le cortex préfrontal tente le plus souvent de justifier ces choix intuitifs et filtre les passions au moyen d’un contrôle réflexif pour supprimer les comportements indésirables en société ou pour en favoriser d’autres plus adéquats !
Deux hypothèses opposées peuvent alors émerger pour expliquer les comportements d’entraide :
soit nos premières pulsions seraient égoïstes, et la raison freinerait nos ardeurs en apportant un élan prosocial ; soit, à l’inverse, l’intuition serait plutôt prosociale, et la raison permettrait de tempérer cette tendance en faisant des choix personnellement plus avantageux (ou égoïstes !)
Pour savoir laquelle des deux hypothèses se rapproche le plus de la réalité, David Rand, Joshua Greene et Martin Nowak, trois chercheurs de l’université Harvard, ont conduit une série d’expériences basées sur le jeu du bien public :
L’équipe a testé la psychologie des joueurs, et en particulier leur caractère coopératif ou égoïste, en fonction de leur contribution au pot commun. Plus cette dernière était importante, plus le sujet était considéré comme coopératif.
Les résultats sont étonnants. En mesurant le temps de décision de chaque joueur, les chercheurs se sont rendu compte que les sujets qui répondaient vite étaient plus coopératifs que ceux qui mettaient du temps à se décider.
Ils ont ensuite forcé les joueurs à se décider plus vite (de manière plus spontanée), et constaté que cela augmentait les contributions au pot commun ! Au contraire, forcer les joueurs à prendre le temps de la réflexion diminuait les contributions.
Enfin, dans une troisième expérience, ils ont placé les joueurs dans des conditions favorables à l’intuition, et ont remarqué que cela augmentait les contributions au pot commun, alors qu’un contexte de réflexion les rendait plus égoïstes !
Dans cette série d’expériences, plus les gens ont été forcés à être spontanés, plus ils ont montré de comportements prosociaux !
« La plupart des gens pensent que l’intuition est égoïste, mais nos expériences montrent que, lorsqu’on développe l’intuition chez les gens, cela augmente la coopération », résume David Rand, professeur à l’université Yale.
Résumons ce que nous venons de découvrir :
1) le modèle théorique d’un humain rationnel et égoïste ne correspond pas du tout à la réalité ;
2) les comportements prosociaux sont très communs tout autour du globe, mais leur expression est très variable ;
3) lorsqu’on inhibe le raisonnement (par le stress, la pression, les catastrophes, ou en favorisant l’intuition), le nombre et l’intensité de ces comportements prosociaux augmentent ;
4) lorsqu’on force les sujets à réfléchir, ils se montrent plus égoïstes.
Mais de quoi parle-t-on alors ? Quelle théorie peut expliquer ces automatismes à la fois si complexes et si plastiques ?
La tendance à l’entraide spontanée est un trait commun à toutes les sociétés (ce que les anthropologues appellent un trait universel).
On serait donc tenté d’y voir un comportement inné, une sorte d’instinct ou de « nature humaine ».
D’autres au contraire penseront qu’il s’agit là d’une affaire uniquement culturelle, comme si notre cerveau n’était qu’une page blanche à sa formation. Nature ou culture ? Inné ou acquis ?
Formulées comme telles, ces hypothèses et ces questions sont aujourd’hui considérées comme dépassées, car nous savons bien que les deux facteurs, le patrimoine génétique et l’environnement jouent un rôle dans l’expression de nos comportements.
Ce domaine de recherche en plein essor s’appelle l’épigénétique.
La clé est donc de comprendre comment gènes et environnement sont entremêlés. Éliminons dès à présent les hypothèses trop simplistes et caricaturales. Exit l’Homo œconomicus, la théorie de la page blanche, ainsi que la notion floue d’instinct.
Évitons également d’y ajouter une couche de morale (« l’Homme est naturellement bon » « la Nature est foncièrement mauvaise »). De même, dire que « la nature humaine est coopérative » n’apporte rien à la compréhension des choses. Il faut aller plus loin.
« L’environnement influe sur le mode de vie, et le mode de vie influe sur la manière dont les cellules et le corps utilisent leurs gènes ! »
Enfin, comme l’explique Jean Claude Ameisen : « la cartographie précise du million de milliards de connexions nerveuses dans notre cerveau n’est pas “pré-écrite” dans nos gènes, mais émerge progressivement des interactions entre nos neurones, interactions dont vont dépendre leurs activités, mais aussi leur survie ou leur mort. Et ce réseau, différent, même chez des jumeaux vrais, se modifiera au cours de notre existence en fonction de notre histoire et de notre environnement.
La découverte remarquable de l’épigénétique a été de constater que cette « activation/mise en veille » de certaines parties de notre génome par l’environnement est héritable : elle se transmet aux descendants !
Les jeunes héritent donc (en partie) des réactions de leurs ancêtres à leur environnement. Dit autrement : nous sommes tous composés de fragments d’environnements passés et présents qui ont été en contact avec nos ancêtres.
Ainsi, quel que soit l’héritage, chaque génération a les capacités de rebattre un peu le jeu grâce à ses propres interactions entre gènes et environnement.
Les changements épigénétiques sont fascinants, car ils modifient également les capacités d’apprentissage et de mémorisation du cerveau, et, de manière plus générale : les comportements. Si vous prenez deux organismes qui ont un cerveau structuré par les mêmes gènes et que vous les placez dans des environnements différents, ils s’exprimeront différemment, générant des organismes aux comportements dissemblables.
Par exemple, chez les humains, le comportement violent n’est pas génétiquement déterminé, mais il est tout de même « conditionné par certaines structures cognitives » rencontrant un milieu familial et un contexte socio-culturel particulier.
Si l’environnement joue un rôle si important, que penser des résultats sur l’entraide spontanée décrits à la section précédente, obtenus en laboratoire par les chercheurs de Harvard ?
David Rand, Joshua Greene et Martin Nowak ont anticipé la remarque, et ont demandé aux participants de donner des précisions sur leur passé, par exemple sur la fréquence des interactions coopératives qu’ils avaient dans leur vie quotidienne.
Sans surprise, les participants les plus coopératifs lors de ces expériences étaient ceux qui avaient une vie sociale plus riche et plus coopérative.
Les interactions que nous avons avec les autres (dépendantes de la culture dans laquelle nous baignons) ont la capacité d’activer ou de désactiver certaines parties de notre génome, sans cesse, à chaque naissance.
Ainsi, ce que l’on nomme la « société » influence la construction de notre corps, c’est-à-dire l’expression de nos gènes, et celle de nos enfants ! «
Les seules variations aléatoires de l’ADN ne sont pas la seule source d’émergence de la nouveauté. Voilà comment la culture s’imprime dans notre biologie, de génération en génération !
Comme le résume Jean Claude Ameisen :
« il s’agit, plus simplement, d’une ré-initiation chez les nouveau-nés, à chaque génération, par un individu adulte – dans le cas présent, sa mère, qu’elle soit biologique ou d’adoption –, d’une manière particulière de se construire. Par-delà la nature particulière des gènes et de l’ADN dont un enfant hérite de ses parents, l’environnement extérieur et des “caractères acquis” par les parents au cours de leur existence font aussi partie de ce que l’on nomme, de manière ambiguë, “l’hérédité” »
Le tableau semble s’éclaircir, mais il n’explique toujours pas comment fonctionne précisément notre système d’« entraide spontanée »…
Apprendre à conduire une voiture ou à faire du vélo nécessite une grande concentration, car le risque d’accident est important et il faut maîtriser beaucoup de paramètres simultanément : le code de la route, les pédales, la coordination des mains, le contrôle dans les rétroviseurs, l’anticipation des trajectoires des autres, etc.
Mais un conducteur expérimenté ne pense plus à tout cela de manière consciente : il conduit en mode « automatique ». Son esprit peut se concentrer sur la liste des courses à faire ou sur la discussion avec les passagers, sans qu’il ait à réfléchir au sens du levier de vitesse ou au choix de la pédale s’il faut freiner.
Comment expliquer ces automatismes ?
Après des décennies de recherches, Daniel Kahneman et son collègue Amos Tversky ont construit une grille de lecture intéressante.
Selon eux, nous possédons deux modes cognitifs :
un mode de routine, spontané et émotionnel, appelé « système 1 », et un mode de pensée rationnelle qui demande des efforts, appelé « système 2 ».
Lorsque nous nous trouvons en situation d’apprentissage, de concentration, attentifs, le système 2 tourne à plein régime, et nous devenons progressivement consciemment compétents.
À force de répétition et d’habitude, le cerveau bascule en « système 1 » : tout s’automatise, devient plus relax, et nous devenons inconsciemment compétents.
Le système 1 est qualifié d’intuitif, d’« impressionniste » ou d’involontaire, et il est caractérisé par une rapidité de réaction, un état d’absence de vigilance, une absence d’effort. Dans ce mode, le sujet suppose que le monde se comportera comme prévu ; il croit les choses (ou les déduit) sans les avoir démontrées. Il fait des tas de suppositions que Kahneman appelle des « heuristiques » Enfin, ce mode ne peut pas être « déconnecté », contrairement au système 2, qui peut être mis en veille.
En effet, le système 2 est fatigant, car il oblige à une concentration totale. C’est une pensée logique, qui demande du temps, mais qui évite de tomber dans les conclusions hâtives et autres pièges de la vie. Elle oblige à se poser, et à ne faire qu’une chose à la fois.
Lorsque le monde ne tourne plus rond, que quelque chose ne fonctionne plus ou qu’une menace se présente, le système 2 se déclenche. La raison se met alors à chercher, calculer, contrôler, se méfier. Mais il convient de débrancher ce système régulièrement, sous peine d’épuisement.
Nous sommes tous évidemment enclins, par paresse, à « penser vite », c’est-à-dire à rester en pilote automatique (système 1). La vie est bien plus facile ainsi !
On se met à croire aux idées reçues, on fait des déductions faciles et hâtives, on agit par habitude.
C’est par exemple le mécanisme qui convertit un mensonge fréquemment répété en vérité (surtout s’il est répété par des experts, car on a tendance à leur faire confiance, c’est-à-dire à éteindre notre système de remise en question**).
** le Libre Arbitre
Ce double système cognitif offre un cadre cohérent pour comprendre à la fois le côté spontané des comportements et les grandes variations observées. C’est un mécanisme rapide et puissant, mais qui reste toutefois flexible !
Grâce à ce cadre, David Rand et ses collègues ont formulé l’hypothèse de l’« heuristique sociale » pour expliquer la spontanéité des comportements d’entraide résultent des nombreuses interactions.
Cette hypothèse stipule que les comportements coopératifs spontanés coopératives que chacun vit quotidiennement. Plus on évolue dans un contexte social coopératif, plus on développe ses automatismes prosociaux.
Inversement, plus on évolue dans un contexte égoïste et compétitif, plus on développe les automatismes antisociaux.
Cela expliquerait :
Les individus se basent sur leur expérience passée, qui leur a montré que l’entraide était souvent la meilleure stratégie. Les personnes qui ont eu des interactions sociales fréquentes durant leur vie et qui ont intégré peu à peu le fait que coopérer était bénéfique (notez que le système 2 pouvait être là au départ pour apprendre) réagiront de manière altruiste en situation de stress ; peu importent les conséquences.
Les autres, celles et ceux qui ont eu de mauvaises expériences avec leurs semblables durant leur vie ou ont évolué dans une culture qui ne favorisait pas l’entraide, réagiront spontanément comme ils ont pris l’habitude de le faire : ils montreront plutôt de la méfiance, en situation de stress.
Nous avons donc la faculté de changer progressivement de comportements sociaux (d’automatismes) en fonction des expériences de la vie. Nous pouvons devenir des « serial altruistes » lorsque notre environnement devient soudain altruiste (par exemple lorsque nous changeons de quartier, comme l’a montré une série d’expériences grandeur nature réalisées par l’évolutionniste David S. Wilson.
En 2002, des chercheurs de l’université Emory à Atlanta (États-Unis) ont observé que les aires du cerveau impliquées dans la récompense s’activaient lorsque la personne d’en face coopérait à un jeu économique.
D’autres équipes ont montré que ces mêmes aires sont activées par la vue de comportements équitables ou par l’engagement dans un don.
L’entraide et la générosité non seulement font du bien au moral, mais contribuent à l’augmentation du sentiment de bonheur !
Le câblage de l’entraide dans notre cerveau est renforcé par l’effet inverse :
le circuit lié au sentiment de dégoût s’active lorsque le partenaire de jeu ne coopère pas, garde l’argent pour lui ou triche…
David Rand résume cela de manière lapidaire :
« Ça fait du bien d’être bon... sauf si la personne en face est un enfoiré !
À long terme, comme nous avons tendance à nous souvenir des expériences les plus agréables, il se peut que cela renforce la tendance prosociale de notre système 1 !
La beauté du mécanisme cognitif qui rend l’entraide humaine spontanée réside donc à la fois dans sa robustesse et sa souplesse, dans sa force et sa fragilité, dans sa constance et sa diversité, dans son implacable atavisme et son irrésistible ouverture à la nouveauté.
La partie 2 (si vous ne l'avez pas lue)
Le sujet est vaste, je vous invite si vous avez lu cet article, jusqu'au bout, de débattre et de commenter ci-dessous, merci !
Eddy Vonck
Rédacteur bénévole de Psycho'Logiques




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