๐ฅ๐๐๐ญ๐ฎ๐ซ๐ Philosophique « ๐ฅ’๐๐ง๐ญ๐ซ๐๐ข๐๐, ๐ฅ’๐๐ฎ๐ญ๐ซ๐ ๐ฅ๐จ๐ข๐ฌ ๐๐ ๐ฅ๐ ๐ฃ๐ฎ๐ง๐ ๐ฅ๐ » ๐๐ ๐๐๐๐ฅ๐จ ๐๐๐ซ๐ฏ๐ข๐ ๐ง๐ - partie 2
๐ฅ๐๐๐ญ๐ฎ๐ซ๐ Philosophique « ๐ฅ’๐๐ง๐ญ๐ซ๐๐ข๐๐, ๐ฅ’๐๐ฎ๐ญ๐ซ๐ ๐ฅ๐จ๐ข๐ฌ ๐๐ ๐ฅ๐ ๐ฃ๐ฎ๐ง๐ ๐ฅ๐ » ๐๐ ๐๐๐๐ฅ๐จ ๐๐๐ซ๐ฏ๐ข๐ ๐ง๐ et de Gauthier Chapelle partie 2
Les mรฉcanismes du groupe
La tendance spontanรฉe des individus ร l’entraide, si surprenante et solide soit-elle, ne suffit pas ร expliquer toute la complexitรฉ de l’entraide humaine, et encore moins ร faire sociรฉtรฉ !
Passer de l’individu ร un petit groupe (par exemple, une rรฉunion d’association), ร un plus grand groupe (une entreprise) ou ร un immense groupe (un pays, une trรจs grande entreprise...) fait รฉmerger de nouveaux phรฉnomรจnes et de nouvelles dynamiques.
La rรฉciprocitรฉ รฉvoque la fameuse « rรจgle d’or », un principe moral prรฉsent dans de nombreuses religions et civilisations, et qui touche aux intentions.
Elle se rรฉsume comme suit :
« Traite les autres comme tu voudrais รชtre traitรฉ », et fonctionne aussi en version nรฉgative : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. »
Mais la rรฉciprocitรฉ n’est pas qu’une question d’intention ; elle s’รฉtend aussi aux actes. Dans sa version nรฉgative, elle s’exprime par la loi du talion !
La version positive se retrouve dans ce que l’anthropologue Marcel Mauss (1872-1950) nommait le « don » et le « contre-don » dans son plus cรฉlรจbre ouvrage, Essai sur le don, paru en 1923. Mauss est le premier ร s’intรฉresser aux logiques du don dans les sociรฉtรฉs traditionnelles et ร les dรฉcrire, montrant la place prรฉpondรฉrante qu’elles occupent dans leur quotidien. Il va mรชme plus loin : pour lui, le don est un phรฉnomรจne commun ร toutes les sociรฉtรฉs humaines.
Mauss explique que le don est suivi d’un contre-don selon des codes bien prรฉcis : le don crรฉe chez l’autre une obligation de rรฉciprocitรฉ, celle de rendre. Le contre-don a cela d’agrรฉable qu’il libรจre la personne de son obligation, et cela de remarquable qu’il ne l’annule pas, puisqu’il la transmet ร son tour.
Ainsi, cette triple obligation de « donner-recevoir-rendre » gรฉnรจre un รฉtat de dรฉpendance rรฉciproque qui prolonge le lien social dans le temps, telle une boucle sans fin.
ร ce stade, un « dรฉclic » se produit dans notre comprรฉhension du schรฉma gรฉnรฉral de l’entraide : si l’on combine les comportements d’entraide spontanรฉe vus au chapitre prรฉcรฉdent (premier temps) ร cette obligation de rรฉciprocitรฉ trรจs puissante (deuxiรจme temps), on saisit pourquoi l’entraide est devenue un phรฉnomรจne si rรฉpandu et si puissant chez les humains.
Un don doit รชtre perรงu comme dรฉsintรฉressรฉ, sinon il n’est pas considรฉrรฉ comme un don et peut mรชme รชtre blessant, auquel cas il pourra รชtre refusรฉ.
Sans intention, un don ne vaut donc pas grand-chose !
Pour l’entraide, il en va de mรชme : une entraide dรฉsintรฉressรฉe n’a pas la mรชme valeur qu’une entraide calculรฉe et utilitariste.
Pour certains sociologues, l’รฉchange marchand n’est mรชme pas une relation de rรฉciprocitรฉ, car il ne contient pas (ou peu) les autres dimensions de l’รชtre humain :
- les sentiments,
- la confiance,
- la gรฉnรฉrositรฉ,
- les rites ou mรชme la dimension sacrรฉe.
Si la rรฉciprocitรฉ est profondรฉment ancrรฉe en nous, c’est probablement parce qu’elle s’appuie sur une structure trรจs particuliรจre de notre cerveau : les neurones miroirs.
Ces circuits cognitifs donneraient donc ร ceux qui les possรจdent les capacitรฉs :
- de percevoir,
- de reconnaรฎtre,
- d’รฉprouver...
et mรชme « d’entrer en rรฉsonance affective avec les sentiments d’autrui, et de prendre conscience de sa situation.
Ainsi, ร travers eux, nous pouvons ressentir la joie ou la tristesse des autres :
« L’autre sourit littรฉralement dans notre cerveau, ce qui nous rend heureux et propices ร sourire, transmettant alors le sourire dans le cerveau de quelqu’un d’autre ! » Ce lien qui nous attache aux sentiments des autres et qui nous rend interdรฉpendants s’appelle l’empathie !
Selon le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron, l’empathie se construit en trois รฉtapes successives :
L’empathie affective correspond au « systรจme 1 de Kahneman, un mode intuitif au fonctionnement rapide et automatique qui apparaรฎt dรจs les premiers mois de la vie. Il s’agit de la capacitรฉ de distinguer sa propre image de l’image de l’autre (le « stade du miroir ), et de celle d’identifier et distinguer l’รฉmotion d’autrui.
L’empathie cognitive permet de comprendre l’รฉtat mental d’autrui (de prendre conscience qu’il peut รชtre diffรฉrent du nรดtre) et utilise plutรดt le « systรจme 2 » de Kahneman, celui du calcul et de la rรฉflexion, lent et dรฉlibรฉratif. Elle apparaรฎt aux alentours de 4 ans et demi et nรฉcessite d’intรฉgrer un grand nombre de paramรจtres, comme le caractรจre de l’autre, ses conditions de vie, sa culture, etc.
L’empathie mature articule les deux compรฉtences prรฉcรฉdentes en cadrant leurs dรฉfauts respectifs (se noyer dans les รฉmotions des autres vs. manipuler froidement autrui). Dรจs lors, ajoute Tisseron, les sujets gagnent « en efficacitรฉ et en humanitรฉ », comme l’รฉtudiant en mรฉdecine qui s’habitue ร la souffrance des patients sans pour autant perdre sa sensibilitรฉ.
L’รฉquilibre est difficile ร trouver et nรฉcessite apprentissage et expรฉrience !
C’est cette sagesse que Matthieu Ricard nomme la « compassion » : ses travaux, en collaboration avec la chercheuse en neurosciences Tania Singer, ont montrรฉ que ces trois formes d’empathie mettent en jeu des circuits neuronaux bien diffรฉrents.
C’est ร partir de cette motivation รฉmotionnelle et cognitive que naissent les intentions d’entraide et les actes d’entraide.
Les travaux du psychologue Daniel Batson et de ses collรจgues (qui sont amplement dรฉcrits par Matthieu Ricard dans le livre ‘Plaidoyer pour l’altruisme’ ont montrรฉ que, lorsqu’on รฉlevait expรฉrimentalement les niveaux d’empathie des sujets, les comportements d’entraide augmentaient, aussi bien dans des jeux รฉconomique que dans des situations typiquement altruistes !
L’empathie est un mรฉcanisme trรจs profondรฉment ancrรฉ en nous.
On connaรฎt depuis longtemps les capacitรฉs des trรจs jeunes enfants ร rรฉconforter les personnes qui expriment une dรฉtresse รฉmotionnelle !
Mais le plus รฉtonnant est sans doute ceci :
Souvenez-vous des expรฉriences qui montraient que les aires du cerveau de la satisfaction s’activaient lorsqu’un partenaire coopรฉrait. Les chercheurs ont reproduit la mรชme expรฉrience en remplaรงant le partenaire par un ordinateur, et ont constatรฉ que les aires de satisfaction s’activaient nettement moins, ce qui souligne ร quel point tout cela reste bien une affaire humaine.
« Le rapport entre une personne et un objet (« Je- Cela ») est radicalement diffรฉrent du rapport entre deux personnes (« Je-Tu »). Il y a un monde de diffรฉrence !
Reconnaรฎtre le Tu, c’est reconnaรฎtre que l’autre me reconnaรฎt ; cela nรฉcessite « un engagement vif et intense » qui ouvre un nouvel univers, celui de la rรฉciprocitรฉ, de la relation. - Martin Buber.
Nous venons de dรฉcrire une relation de rรฉciprocitรฉ directe (A aide B et, en retour, B aide A) entre deux acteurs qui se reconnaissent et qui peuvent dรฉvelopper une relation de long terme basรฉe sur une obligation de rรฉciprocitรฉ.
Cette relation particuliรจre, ce lien, peut s’รฉtendre et se dรฉmultiplier entre les personnes d’un groupe.
Voyons comment cela est possible ?
Revenons
ร l’expรฉrience du jeu du bien public, oรน les joueurs pouvaient
choisir de contribuer ร un pot commun qui est redistribuรฉ entre
tous ร chaque tour (= coopรฉrer) ou de ne pas contribuer en recevant
quand mรชme une partie de la redistribution (= profiter). Voir et lire PARTIE 1
Souvenez-vous des rรฉsultats : il se trouve toujours entre 40 % et 60 % des participants pour contribuer dรจs le premier tour au pot commun, mรชme lorsqu’il s’agit d’inconnus. C’est donc un bon dรฉbut !
Le problรจme, ce sont les profiteurs, les tricheurs et les รฉgoรฏstes, car ils entraรฎnent le groupe dans leur spirale. ร partir du moment oรน quelques personnes cessent de contribuer et oรน d’autres s’en rendent compte, de nombreux coopรฉrateurs cessent leur participation, provoquant un effondrement rapide des contributions au bien commun.
Rรฉsultat ? Tout le monde (ou presque) en sort perdant, alors mรชme que chacun pensait tirer profit de la situation individuellement.
L’entraide au sein d’un groupe est un fragile รฉquilibre qui peut basculer en un clin d’ลil.
Cela peut arriver mรชme lorsque les individus entretiennent de bonnes relations de rรฉciprocitรฉ, mรชme lorsqu’une majoritรฉ d’entre eux sont bien intentionnรฉs, et mรชme lorsque tout le monde est parfaitement conscient que l’entraide est profitable au groupe.
Il suffit d’un petit nombre d’actes antisociaux pour retirer ร la majoritรฉ l’envie d’รชtre vertueux.
Des simulations informatiques montrent que ces effets en cascade peuvent รฉgalement se produire en sens inverse : sous certaines conditions, il suffit de quelques super-coopรฉrateurs pour qu’une majoritรฉ de non-coopรฉrateurs se mettent ร coopรฉrer
Dรจs lors, quels sont les mรฉcanismes qui favorisent le maintien ou la gรฉnรฉralisation de l’entraide au sein d’un groupe ?
๐ Le concierge, Vous ne le connaissez pas encore, mais votre voisin lui a probablement dit que vous รฉtiez serviable, voire sympathique. Tout l’immeuble sera donc rapidement au courant, et il y a de grandes chances pour que, lorsque vous aurez besoin d’aide pour porter un meuble, un autre voisin se prรฉcipite ร votre secours avec un grand sourire. Votre rรฉputation vous aura prรฉcรฉdรฉ.
L’apparition de cette troisiรจme personne inconnue (et de toutes les autres de l’immeuble ou du groupe) ajoute une autre dimension ร la rรฉciprocitรฉ.
Un acte considรฉrรฉ comme prosocial ou altruiste peut avoir des รฉchos ร travers le groupe et revenir vers vous par des voies dรฉtournรฉes. C’est ce que les chercheurs appellent la « rรฉciprocitรฉ indirecte » : vous aidez quelqu’un du groupe, sachant que la rรฉciprocitรฉ pourra venir de n’importe quelles autres personnes du groupe (ici, les habitants de l’immeuble.)
Mais, pour cela, il faut avoir une grande confiance dans la fiabilitรฉ de tous les membres. Il faut donc les connaรฎtre.
Or, dans les grands groupes, on ne peut pas connaรฎtre tout le monde, et il est difficile de se faire une estimation personnelle des qualitรฉs de chacun.
La rรฉputation est prรฉcisรฉment le mรฉcanisme qui permet de garantir un haut niveau de confiance en plaรงant une sorte d’« รฉtiquette de fiabilitรฉ » sur chacun des membres du groupe, autrement dit en permettant de reconnaรฎtre les personnes sans les connaรฎtre !
Dans les grands groupes ร taille « humaine » (le quartier, le village, l’entreprise, etc.), on saura vite, grรขce ร une bonne circulation de l’information (les cancans et les ragots), qui sont les tricheurs et les profiteurs… Tout finit par se savoir !
La caractรฉristique remarquable de ce mรฉcanisme, qui a dรป apparaรฎtre dans les groupes trรจs soudรฉs de chasseurs- cueilleurs, est qu’il permet d’รฉtendre notre confiance ร des personnes que nous ne connaissons pas, c’est-ร -dire d’agrandir considรฉrablement la taille des groupes bien au-delร du cercle familial, des amis, des voisins, de la tribu…
La rรฉputation est puissante, car elle joue sur des sentiments comme notre appartenance ร un groupe, la peur de l’avenir et de la solitude, ou encore la honte et l’honneur !
Elle nous sert de guide pour dรฉcider avec qui interagir, et reprรฉsente aussi une bonne mesure de la richesse (sociale) de notre avenir.
Comme un ciment dont l’excรจs figerait la sociรฉtรฉ dans une dystopie รฉtouffante, elle reste nรฉanmoins indispensable pour donner un minimum de cohรฉsion aux sociรฉtรฉs humaines, c’est-ร -dire pour gรฉnรฉraliser les comportements d’entraide aux grands groupes.
Se montrer coopรฉratif au sein d’un groupe n’amรฉliore pas seulement notre rรฉputation, cela dรฉclenche du plaisir chez les autres, et donc des retours bรฉnรฉfiques immรฉdiats et trรจs concrets.
Toutefois, au pays de l’entraide et de l’altruisme, tout n’est pas si rose !
Une impressionnante flopรฉe d’expรฉriences ont aussi montrรฉ que l’un des moyens les plus efficaces de favoriser l’entraide รฉtait la punition.
En 2000, dans une expรฉrience devenue un classique (et qui implique le non moins classique jeu du bien public), les รฉconomistes Ernst Fehr et Simon Gรคchter observent la dynamique typique :
les gens participent assez bien au dรฉbut d’un jeu, puis, au bout d’une dizaine de tours, cessent de contribuer au bien commun (avec des niveaux proches de 0 %). Chacun dรฉcide de garder ses billes en constatant que certains ne s’en sont pas privรฉs. Mais, ร partir du onziรจme tour, les chercheurs annoncent aux joueurs qu’ils ont la possibilitรฉ de punir les membres du groupe qui ne participent pas assez (en leur retirant des gains). Les niveaux de coopรฉration grimpent alors immรฉdiatement ร 65 % et atteignent presque 100 % au bout de quelques tours !
En refaisant l’expรฉrience inverse (les dix premiers tours avec punition, suivis de dix tours sans punition), l’effet est le mรชme : la participation « pour le bien du groupe est exceptionnellement รฉlevรฉe lorsqu’il y a punition, puis chute dramatiquement lorsque cette contrainte disparaรฎt.
Ces tendances ร prรฉfรฉrer les personnes prosociales et ร fuir ou punir les personnes antisociales (ou celles qui n’ont pas les mรชmes rรจgles morales que le groupe) s’observent dรจs l’รขge de 3 mois.
Nous avons dรฉjร dit que, chez l’adulte, la vue d’un comportement prosocial stimulait le circuit de la satisfaction et de la rรฉcompense, tandis que la vue d’un comportement anti-social (dรฉfection, tricherie, รฉgoรฏsme, etc.) dรฉclenchait l’activation de l’aire impliquรฉe du dรฉgoรปt.
La punition touche aussi aux deux systรจmes cognitifs de Kahneman : la satisfaction de voir un tricheur se faire punir fait appel aux systรจmes 1 et 2, ร des jugements conscients (dans le cortex prรฉfrontal) et ร des processus inconscients.
La force de ces sentiments (plaisir et dรฉgoรปt) est mรชme proportionnelle au niveau de tricherie (trahison) et ร l’importance de la punition. รtonnamment, le processus inconscient est bien plus finement calibrรฉ que le jugement conscient.
Les normes sociales sont des standards culturels qui incluent les coutumes et les conventions, basรฉes sur des croyances partagรฉes par les membres d’un groupe. Elles dรฉfinissent quels comportements sont acceptables et lesquels ne le sont pas.
?? Mรชme lorsque nos objectifs propres ne sont pas en phase avec une norme de notre groupe, nous sommes contraints de suivre cette derniรจre (par un systรจme de punition, un dispositif lรฉgal, etc.). ?? (1)
(1) je ne suis en accord avec l'auteur, faut-il toujours respecter les normes, pour moi, et c'est mon avis perso, je ne suis pas contraint ร suivre si quelques choses ne me convient pas que ce soit dans une mission de travail oรน dans le cadre de vie personnelle.
Les normes peuvent รชtre explicites (lois, coutumes, etc.), mais aussi en grande partie implicites, car internalisรฉes. Bien souvent, nous respectons des normes sans le savoir (inconsciemment), lorsque nous apprรฉcions (ou pas) rรฉellement la valeur des comportements qu’elles engendrent.
La rรฉciprocitรฉ est l’une des normes sociales les plus รฉvidentes, les plus rรฉpandues ร travers le monde et les plus รฉtudiรฉes (on l’appelle parfois « coopรฉration conditionnelle »).
Elle veut que, lorsque quelqu’un nous aide, nous l’aidions ร notre tour, et que, ร l’inverse, si une personne ne nous aide pas, nous nous abstenions de l’aider. Les personnes qui ne se comportent pas ainsi violent la norme et suscitent chez les autres une volontรฉ de les contraindre ร respecter cette norme.
Les normes naissent des interactions entre membres d’un groupe (au sens large : pays, rรฉgions, langues, religions, entreprises, sports, professions, etc.).
Certaines cultures possรจdent des normes strictes (et une faible tolรฉrance aux comportements dรฉviants) alors que d’autres sont rรฉgies par des normes plus libres (et une grande tolรฉrance !?)
Toutes ces diffรฉrences dรฉpendent de leur histoire : (conflits, menaces, rรฉgimes politiques, structure sociale, religion, etc.), ainsi que de leurs caractรฉristiques รฉcologiques (densitรฉ de population, niveau de ressources, menaces environnementales et sanitaires, etc.).
L’homogรฉnรฉisation d’une culture et l’apparition de normes reposent aussi sur notre รฉtonnante capacitรฉ ร imiter nos semblables – capacitรฉ qui prend racine dans les neurones miroirs.
Les psychologues expliquent aussi que l’environnement dans lequel nous nous trouvons influence notre tendance ร l’altruisme : on aura plus tendance ร aider quelqu’un s’il fait beau, si on est de bonne humeur, si on a reรงu une bonne nouvelle, si la personne a souri ou si elle a de l’humour, etc.
Mais l’inverse est aussi vrai ! Imaginez donc les effets dรฉvastateurs que peuvent avoir les nouvelles quotidiennes dรฉprimantes des journaux tรฉlรฉvisรฉs sur nos tendances prosociales...
Ces mรฉcanismes crรฉent des « bulles » de comportements ร diffรฉrentes รฉchelles, comme autant de petites « boules de neige » qui grossissent et รฉclatent continuellement au sein de la population.
La particularitรฉ des normes dans les trรจs grands groupes est qu’elles sont soutenues et pรฉrennisรฉes par des institutions.
Les institutions englobent des structures aussi diverses que les religions, les รtats, les marchรฉs, les systรจmes juridiques, les droits de propriรฉtรฉ, les syndicats, les corporations, les rรจglements intรฉrieurs, les chartes, etc.
Les normes sociales se figent dans le marbre et survivent aux individus.
Mais plus la taille des groupes augmente, plus les normes sociales ont besoin d’institutions structurรฉes et solides.
Le systรจme de sรฉcuritรฉ sociale, par exemple, n’est rien d’autre qu’un formidable outil d’entraide et de rรฉciprocitรฉ gรฉnรฉralisรฉe, mais nous le percevons difficilement comme tel, car il ne met plus en jeu les รฉmotions et les sentiments de la rรฉciprocitรฉ.
Mais elle cache des รฉcueils et des risques qu’il convient de garder ร l’ลil. Car une institution, une fois crรฉรฉe, dรฉveloppe sa propre pulsion de vie ainsi qu’une nouvelle raison d’รชtre : se maintenir en place !
Bien ancrรฉe dans un sillon qu’elle trace avec une rigueur, l’institution peut progressivement s’รฉcarter de la raison d’รชtre du collectif d’individus (les citoyens) qu’elle est censรฉe protรฉger. Plus la taille de l’institution est grande, plus ce risque est important ! De ne plus servir le commun !
Le rรฉel a quelque chose d’intrinsรจquement chaotique que les humains ont besoin de stabiliser en lui imposant une lisibilitรฉ et, par lร , une prรฉvisibilitรฉ.
Entre la passion de l’รฉchange direct entre deux personnes, la chaleur des interactions au sein d’un petit groupe et la froide efficacitรฉ d’un grand groupe, l’รฉquilibre ร trouver est dรฉlicat.
Le
tout est de ne pas perdre pied, de rester connectรฉ
ร l’esprit des liens que nous crรฉons et dรฉtruisons sans cesse, ร
tous les niveaux.
ร SUIVRE...
Lire aussi du mรชme auteur et de la mรชme synthรจse :
Partie 1 Voir et lire PARTIE 1
Sources et textes :
« l’entraide, l’autre lois de la jungle » de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle
Le sujet est vaste, je vous invite si vous avez lu cet article, jusqu'au bout, de dรฉbattre et de commenter ci-dessous, merci !
Eddy Vonck
Rรฉdacteur bรฉnรฉvole de Psycho'Logiques



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