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𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 Philosophique - « 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » de Pablo Servigne et de Gauthier Chapelle partie 6 et fin.

 

 𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 Philosophique « 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐛𝐥𝐨 𝐒𝐞𝐫𝐯𝐢𝐠𝐧𝐞 et de Gauthier Chapelle partie 3

𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 Philosophique « 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐛𝐥𝐨 𝐒𝐞𝐫𝐯𝐢𝐠𝐧𝐞 et de Gauthier Chapelle


À lire aussi :

Partie 1 Au siècle dernier, notre monde est devenu extrêmement performant en matière de mécanismes de compétition.

Partie 2 Les mécanismes du groupe La tendance spontanée des individus à l’entraide, si surprenante et solide soit-elle, ne suffit pas à expliquer toute la complexité de l’entraide humaine, et encore moins à faire société !

Partie 3 L’esprit du groupe Cette revue des mécanismes qui font émerger l’entraide au sein d’un groupe (réciprocité, récompense, punition, réputation, normes,...) peut nous laisser une légère impression de manque. Tout semble trop mécanique, trop formel, bien éloigné des passions de la vie de tous les jours, des mystères du « sentiment collectif » ou des moments « magiques » qui font naître des dynamiques de groupe incroyables.

Partie 4 La question est maintenant de comprendre ce qui se passe à l’extérieur du groupe. Pour cela, il reste deux angles morts à éclaircir : quel rôle joue le « reste du monde » dans l’entraide à l’intérieur d’un groupe ? Et, surtout, quelles sont les conditions pour que des groupes s’entraident ?

Partie 5 Qui aura survécu à tout cela ? Quels mécanismes auront permis à certains humains de survivre (ou pas) ? L’entraide humaine telle que nous la décrivons aujourd’hui, dans toute sa complexité, nous permettra-t-elle de maintenir notre existence sur terre ?

 
Le nouveau visage de l'entraide - conclusion des auteurs
 
 « Le côté sociable de la vie animale joue dans la nature un rôle beaucoup plus grand que l’extermination mutuelle. Il a aussi une extension beaucoup plus vaste. [...] L’entraide est le fait dominant de la nature. Mais, si l’entraide est si largement répandue dans la nature, c’est parce qu’elle donne aux espèces animales qui la pratiquent des avantages tels que le rapport de forces s’en trouve complètement changé, au désavantage des animaux de proie. Elle constitue la meilleure arme dans la grande lutte pour l’existence que les animaux mènent constamment contre le climat, les inondations, les orages, les tempêtes, la gelée, etc. ; elle exige constamment d’eux de nouvelles adaptations aux conditions sans cesse changeantes de la vie. »

Pierre Kropotkine, L’Éthique
PDF - l'entraide de Pierre Kropotkine
 
Il est temps de rassembler toutes les pièces du puzzle et de dresser un bilan. 
 
Qu’avons-nous appris sur cette « autre loi de la jungle » ? Comment est-elle structurée ? 
 
Et dans quelles conditions émerge l’entraide ? 
Bien plus qu’une simple loi de la jungle !
 
Il est temps de rassembler toutes les pièces du puzzle et de dresser un bilan.    Qu’avons-nous appris sur cette « autre loi de la jungle » ? Comment est-elle structurée ?    Et dans quelles conditions émerge l’entraide ?


Au premier chapitre, nous avons revu l’image que nous nous faisions du monde vivant. Il est évident que le lion chasse les antilopes et qu’il lui arrive de tuer les rejetons de son prédécesseur ; que les bactéries et les plantes entrent en compétition avec leurs voisines pour l’espace et les ressources ; que l’être humain agit de manière égoïste et agressive. Il est inutile et dangereux de le nier.

Mais pourquoi nier l’opposé ?
 
Les lionnes coopèrent pour chasser ; d’innombrables bactéries s’associent entre elles et avec d’autres espèces – dont nous – pour notre plus grand bien ; les plantes sont aussi solidaires entre elles et coopèrent volontiers avec d’autres organismes, qu’ils soient champignons, bactéries, insectes pollinisateurs ou oiseaux frugivores ; l’espèce humaine possède aussi des capacités coopératives et altruistes très puissantes. La science a rassemblé assez d’arguments pour pouvoir dire ce qui aurait toujours dû rester une consternante banalité : 
 
l’entraide est un fait omniprésent dans le monde vivant.
 
C’en est même l’un des grands principes. Il n’y a là aucune énigme  !

À travers un petit voyage au pays des idéologies et de la philosophie politique, nous avons tenté de comprendre pourquoi notre imaginaire collectif n’arrivait pas à voir cette évidence !
 
Le  principal obstacle à l’assimilation de ces travaux est la puissance de deux mythes fondateurs de notre imaginaire collectif :
  • 1) la croyance que la nature (dont la nature humaine) est fondamentalement compétitive et égoïste,
  • 2) la croyance que nous devons nous extraire de celle-ci pour empêcher le « retour à la barbarie ».
Baignés dans cette mythologie hémiplégique depuis plus de quatre cents ans, nous sommes devenus des experts en compétition, considérant que ce mode constituait l’unique principe de vie.
 
Les institutions politiques se trouvent depuis trop longtemps empêtrées dans ce paradoxe de devoir « faire société » dans un bain idéologique totalement contraire !

Une vision du monde beaucoup plus réaliste serait de considérer le vivant comme le résultat d’un équilibre entre compétition et coopération, deux forces contraires intimement liées et qui n’ont pas de sens l’une sans l’autre.
 
Une sorte de yin et de yang. 
Une vision du monde beaucoup plus réaliste serait de considérer le vivant comme le résultat d’un équilibre entre compétition et coopération, deux forces contraires intimement liées et qui n’ont pas de sens l’une sans l’autre.   Une sorte de yin et de yang.
 
Mais, pour cela, il faut d’abord comprendre l’autre côté du miroir !

Au chapitre 2, nous nous sommes intéressés aux capacités d’entraide spontanée chez les humains. 
 
Jusqu’à présent, de nombreux théoriciens étaient d’accord sur le fait que nos tendances à l’entraide provenaient de nos capacités cognitives rationnelles.
 
Selon eux, nous aurions plutôt spontanément des pulsions égoïstes que seule la puissance de notre raison pourrait inhiber. Nous savons aujourd’hui que cela ne correspond pas à la réalité.

L’être humain est-il naturellement bon ou mauvais ?
La question est mal posée !
 
Déjà, au XVIIIe siècle, le philosophe David Hume avait proposé que l’homme naissait à la fois altruiste et égoïste, et que la société pouvait le rendre aussi bien l’un que l’autre.

Nous avons aujourd’hui les moyens de préciser sa pensée, en évitant les modèles simplistes ou le flou laissé par les notions
comme la « nature humaine » et l’« instinct ».

L’épigénétique montre que l’inné et l’acquis sont indissociables, profondément entrelacés depuis la naissance (et même avant).

La « nature » et la « culture » sont des notions abstraites et inutilisables lorsqu’elles sont pensées seules (voilà un autre type d’hémiplégie !).

En effet, ce qui fait de nous des êtres ultra-sociaux provient à la fois de notre passé de mammifère et de primate, de descendant des bactéries, de l’entrelacement que nous avons tissé avec l’environnement durant des dizaines de milliers d’années, et aussi de notre longue histoire culturelle et de nos interactions sociales présentes.

Concernant les mécanismes, le double système cognitif proposé par Daniel Kahneman permet d’expliquer à la fois la puissance, la souplesse et la spontanéité des comportements d’entraide humaine observés partout autour du globe.
  • Le système 1 correspond à la pensée rapide, intuitive et spontanée,
  • le système 2 à la pensée du calcul, posée et rationnelle. 
  • Le premier, qui est le reflet de l’environnement culturel dans lequel baignent les individus, permet d’exprimer spontanément et rapidement les émotions et les comportements les plus habituels.
  • Quant au second, il permet de s’adapter à de nouvelles
    situations en fournissant
    une réponse inhabituelle (par la réflexion et l’apprentissage), ce qui modifie progressivement les automatismes du système 1 dans le sens souhaité. 
Nous sommes donc nés avec la capacité d’intégrer très rapidement des mécanismes d’entraide spontanée, mais, pour les maintenir, il nous faut évoluer dans un environnement où les interactions coopératives sont fréquentes. **(existentielles, solidaires...)
 
C’est bien le cas la plupart du temps, en partie parce que les comportements coopératifs provoquent un état de plaisir et de satisfaction que nous souhaitons retrouver.
 
L’environnement ultra-social dans lequel la plupart des humains baignent depuis leur naissance (et même avant) façonne un système 1 extrêmement coopératif, et un système 2 extrêmement réactif et sensible à la tricherie et à la malveillance.

Cela explique pourquoi la grande majorité des humains réagissent spontanément par l’entraide, mais possèdent aussi cette formidable capacité de se méfier et de faire volte-face rapidement lorsque l’occasion se présente.

Ainsi, dans les situations de stress ou d’inconnu, lorsqu’une réponse rapide et intuitive s’impose, le système 1 prend le dessus, expliquant les actes de bravoure, d’altruisme et d’auto-organisation que les sociologues observent presque toujours en cas de catastrophe.

Ce double système cognitif est construit et affiné par notre entourage proche, par les normes et les institutions de la société. ** sans oublier nos apprentissages et notre éducation reçue qui ont façonnés nos croyances et mêmes nos propres visions envers nous-même et les autres y compris le monde !
 
En de rares occasions, il peut donc fonctionner à l’envers.
 
Ainsi, un environnement familial austère ou violent ajouté à une société compétitive et hostile favorisera des comportements spontanés d’égoïsme, d’agression et de compétition, qui pourront être désamorcés à l’occasion par un système 2 (rationnel) favorisant l’entraide... si cette dernière se révèle être la meilleure stratégie du moment. 
 
L’entraide, loin d’être un automatisme déterministe, peut donc provenir aussi bien d’un acte spontané que d’un raisonnement logique : il y a toujours le choix d’inhiber ou d’exhiber ces comportements.
 
Au chapitre 3, nous nous sommes intéressés aux interactions entre individus. L’entraide trouve son origine dans un acte de don qui produit chez le receveur une obligation très puissante de réciprocité. Cette logique de donner-recevoir-et-rendre est le cœur de l’entraide et, in extenso, de tout lien social.

Mais, si puissante que soit l’obligation de réciprocité entre deux personnes, elle tend à se « diluer » avec l’augmentation du nombre d’individus dans un groupe
 
Le maintien d’une réciprocité généralisée à l’ensemble du groupe se fait donc grâce à des mécanismes qui l’étendent et la renforcent : 
  • le mécanisme de comportements réputation (réciprocité indirecte), 
  • la récompense des comportements vertueux 
  • et la punition des comportements  antisociaux
    (récompense + punition = réciprocité renforcée)
    .
Quelle que soit la taille du groupe (famille, clan, association, entreprise, club, religion, nation, etc.), ses membres obéissent à des normes sociales partagées qui favorisent sa cohésion.

Ces normes permettent une transmission rapide et efficace des codes de réciprocité à travers l’espace et le temps. Toutefois, dans les grands groupes, elles ne peuvent se maintenir qu’à travers des institutions stables et pérennes.

Ces dernières ont le défaut de faire apparaître une réciprocité plus "froide" **totalitariste, méritocratique et technocratique donc inhumaine !

La réciprocité, ou plus précisément la réciprocité sous toutes ses formes (directe, indirecte, renforcée et invisible), est le pilier de l’entraide humaine.

Le chapitre 4 s’est attaché à décrire la dynamique plus fine des groupes humains, en particulier les conditions qui font que des individus se mettent au service du groupe.

Pour faire émerger cette entraide puissante et généralisée – ce « déclic »
 
trois ingrédients se révèlent indispensables :
  • le sentiment de sécurité éprouvé par tous les membres du groupe et qui dépend de la constitution d’une bonne « membrane » (les règles que se fixe le groupe, sa raison d’être, son identité) ; 
  • le sentiment d’égalité et d’équité, qui permet d’éviter les effets néfastes du sentiment d’injustice (colère, ressentiment, comportements antisociaux et désir de punition) ; 
  • le sentiment de confiance, qui naît des deux précédents et qui permet à chaque individu de donner le meilleur de lui-même pour le bien du groupe.
Ces trois sentiments peuvent être stimulés par les principes d’organisation découverts par Elinor Ostrom lors de ses recherches sur les biens communs.
 
Ses quelques principes semblent généralisables à l’organisation des collectifs et se rapprochent probablement de ce qui ressemble à des principes généraux d’émergence de l’entraide.
 
Si les trois sentiments sont présents et que des mécanismes permettent de stabiliser la réciprocité dans le groupe, alors le « déclic » se produit : le groupe devient (temporairement) un organisme vivant à part entière, un super organisme particulièrement efficace. 
 
Cependant, cette fabuleuse capacité de cohésion comporte des limites et des écueils. 
 
Poussé à son paroxysme, l’effacement de l’individu au profit du groupe peut générer soit des pathologies individuelles qui dissolvent le soi de manière excessive, soit des extases collectives – extrêmement puissantes – qui peuvent conduire au meilleur comme au pire...
 
De plus, nous (les humains, et les hommes encore plus que les femmes) adorons nous rassembler derrière des bannières, des clubs, des équipes, des drapeaux ou des idéologies...
 
Dans certains cas, la solidarité exacerbée entre les membres d’un groupe peut mener à une préférence communautaire qui tend à rejeter ceux qui n’en font pas partie, c’est-à-dire à replier le groupe sur lui-même en favorisant la rivalité avec les autres groupes. 
 
 
Au chapitre 5, nous avons découvert quels sont les facteurs extérieurs qui influencent l’entraide au sein d’un groupe.
 
Il en existe trois : 
  • la présence d’un ennemi commun (la compétition entre les groupes), 
  • un milieu hostile,
  • et l’existence d’un objectif commun.
Ces trois facteurs alignent les objectifs de tous les individus du groupe, ce qui rend la réciprocité plus fluide et permet d’acquérir plus facilement les sentiments de sécurité, d’égalité/ équité et de confiance. 
 
L’introduction d’une menace supérieure a pour effet de transformer les anciennes rivalités en solidarité. 
 
Le danger et les défis favorisent donc considérablement l’entraide. Il est effectivement possible que ces derniers renoncent à leur rivalité et entament une relation de réciprocité et d’entraide... 

Cependant, un groupe n’est pas un individu, et le changement d’échelle apporte des différences significatives, c’est-à-dire de possibles limites à l’expansion infinie de l’entraide.
 
En effet, de la même manière que la réciprocité se dilue entre les individus lorsqu’un groupe grandit, elle se dilue avec le nombre de groupes qui coopèrent. 
 
Cette limite structure l’architecture globale de l’entraide humaine, dont la tendance est d’être – à l’image du monde vivant – décentralisée, horizontale, changeante et organique.
 
Peut-on toutefois envisager une entraide généralisée du genre humain (et même au-delà) en prenant comme « grand méchant loup » le réchauffement climatique ?

Peut-on toutefois envisager une entraide généralisée du genre humain (et même au-delà) en prenant comme « grand méchant loup » le réchauffement climatique ?
 
C'est une bonne opportunité, mais le pari est loin d'être gagné ! 
 
D'une part, les conditions ne sont pas réunies pour que la population mondiale se comporte en « superorganisme » (il manque surtout le paramètre clé de l’égalité et de l’équité entre groupes) ; d’autre part, la démesure du défi nous entraîne vers les écueils typiques de toute démesure :
 
le danger de la concentration du pouvoir et l'ingérable complexité des grandes organisations**.
**les multinationales qui se foutent de l'écologie et qui pratiquent le green-washing, préfère les bénéfices et la rentabilité que de sauver le monde. Maintenant, il est aussi temps que nous consommateurs prenons aussi nos responsabilités dans notre manière de consommer autant des aliments (transformés ou pas) qui ne sont pas bon pour votre santé ni pour l'écologie (votre planète). Je pense aux terres agricoles qui puent divers pesticides, il y a aussi, vos achats pas cher qui viennent de l'autre côté de la planète, fabriqués par des pauvres gens, et qui rarement, sont de bonnes qualités. À méditer
 
Arriverons-nous à relever cet incroyable défi en quelques années ? 
 
** Qu'allez-vous changer maintenant dans votre comportement de consommateur, et avec quelle prise de conscience ?
 
Le chapitre 6 nous a plongés dans le temps long. La combinaison de plusieurs caractéristiques a permis à notre espèce de devenir ultra sociale : 
  • la néoténie (singe précoce et cerveau immature à la naissance), 
  • l’attachement maternel, 
  • la superposition de générations pour le soin aux jeunes (le rôle des grand-mères), 
  • le partage de nourriture, la chasse collective 
  • et la coopération entre mâles.
Le facteur crucial pour la survie de ce petit singe immature et vulnérable a sans doute été la capacité cognitive et émotionnelle de comprendre ce qui se passait dans la tête de l’autre. 

Le milieu hostile et la compétition entre les groupes ont donné à notre espèce l’opportunité d’exploiter à fond ces capacités à fonctionner ensemble, qui sont allées de pair avec des aptitudes à inhiber les comportements antisociaux.

Les groupes les plus coopératifs ont été sélectionnés, transmettant ainsi aux futures générations des attributs et des cultures prosociaux.

En vivant en groupes unis et qui se partagent le travail, nos ancêtres sont devenus interdépendants les uns des autres.

Puis c’est l'emballement !
 
L’environnement prosocial, la culture et le langage ont contribué à renforcer les caractéristiques néoténiques(1) des cerveaux humains.
(1) La néoténie est, en biologie du développement, la conservation de caractéristiques juvéniles chez les adultes d'une espèce, ou le fait d'atteindre la maturité; dans ce cas : la maturité du cerveau.
 
Ces derniers, développés et plus complexes, dopés à la socialité, ont fait émerger des systèmes culturels et sociaux toujours plus complexes... jusqu’à produire ce que l’historien Yuval Harari appelle la révolution cognitive (–70 000 ans).

Celle-ci est marquée par le passage à un monde essentiellement symbolique, qui s’est stabilisé et a pris une ampleur considérable depuis la révolution néolithique (–10 000 ans) grâce à des institutions pérennes garantes de la réciprocité généralisée.

Ainsi, cet autre paradoxe : l’ultra socialité humaine est bien une exception... qui s’inscrit dans une continuité avec le monde vivant.

Pour le monde vivant en général, plusieurs forces évolutives font émerger l’entraide. Ces forces ne sont pas les mêmes au sein d’une espèce (entre semblables) et entre espèces (entre êtres très différents).

Au sein d’une espèce, une sélection multi-niveaux (aussi appelée sélection de groupe) semble être la force principale.

Elle est composée de deux forces opposées :
  • une qui sélectionne les individus les plus performants à l’intérieur d’un groupe (les individus égoïstes et agressifs, qui détruisent la cohésion sociale), 
  • une autre qui sélectionne les groupes les plus performants (donc les individus les plus coopératifs).
Il y a entre ces tendances un équilibre qui dépend aussi du milieu dans lequel évolue tout ce beau monde : 
 
plus il est hostile, plus l’entraide a tendance à voir le jour et à se renforcer !

À cela s’ajoutent quatre forces évolutives dont l'importance varie suivant les conditions et les espèces :
  • sélection de parentèle,
  • réciprocité directe, 
  • réciprocité indirecte, 
  • sélection spatiale.
Le principe général reste le même : les groupes les plus coopératifs sont ceux qui survivent le mieux.

Schématiquement, les organismes prennent chez les autres ce dont ils ont besoin pour vivre (prédation et parasitisme). Ceux qui font l’objet de cet accaparement (les proies) développent des mécanismes de défense, de fuite ou de contrôle.
 
Au fil des générations, ces interactions mutualistes émergent lorsque les bénéfices que tire chaque espèce surpassent les désavantages des interactions, puis se stabilisent et s’approfondissent lorsque chaque partenaire se trouve renforcé par la bonne santé de l’autre. 
 
Les effets de ces interactions (positives, neutres ou négatives) sont toutefois réversibles à la fois sur le temps court (en fonction du milieu) et sur le temps long (l’évolution).

C’est là le cœur de la diversité du vivant !

Plus largement, la vie innove grâce à l’entraide suivant trois principes : 
  • l’effet domino (l’entraide appelle l’entraide), 
  • la fusion (1 + 1 = 1) 
  • et la création de nouveaux « étages » de complexité (des super organismes, ou carrément des « transitions évolutives majeures »).
L’entraide a été à l’origine de la complexité de la vie telle que nous la connaissons :
  • l’apparition de cellules,
  • de la cellule à noyau,
  • de la respiration, 
  • de la photosynthèse,
  • des organismes multicellulaires,
  • des sociétés,
  • des sociétés de sociétés...
Virtuellement, toutes les espèces présentes sur terre sont impliquées dans une ou plusieurs interactions mutuellement bénéfiques.

Omniprésente dans le monde vivant, l’entraide est ce qui fait émerger le vivant !

Schématiquement, on peut se représenter la sélection naturelle comme un double mécanisme 
  • 1) de création de diversité 
  • 2) de sélection des organismes en fonction du milieu.

À l’étape 1, les mutualismes constituent une source majeure d’innovation et de diversification du vivant.

À l’étape 2, l’entraide favorise la survie dans des conditions hostiles.

L’entraide participe donc à la création de diversité et donne les armes pour survivre.

Les grands principes de l’entraide

L’entraide est partout, depuis la nuit des temps, de manière bien plus claire que nous ne l’imaginions !

L’entraide acquiert sa puissance en milieu hostile. Il en découle un avantage compétitif : 

elle permet de mieux survivre aux menaces.

« Au sein d’un groupe, l’égoïsme supplante l’altruisme, les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes, tout le reste n’est que commentaire. » 

D.S. Wilson et E.O. Wilson

L’entraide atteint des niveaux exceptionnels chez l’être humain : 

elle est puissante, profondément ancrée en nous, et peut se déployer à très grande échelle !

L’entraide est une force puissante, mais fragile et parfois dangereuse, qui apparaît dans des conditions bien précises, et qui disparaît ou devient toxique lorsque les conditions ne sont plus réunies.

L’architecture de l’entraide (y compris humaine) ressemble donc à des poupées russes où chaque poupée supérieure est plus complexe, et où les différentes tailles de poupées peuvent coopérer entre elles. L’ensemble de ces poupées forment un réseau de réseaux multicolores en perpétuelle évolution.

L’entraide est la principale source d’innovation du vivant, à toutes les échelles, depuis l’apparition de la vie. C’est la clé de la diversification du vivant, et l’un des piliers de la sélection naturelle.

Enfin, la compétition trouve sa place dans ce cadre.

Elle reste le deuxième grand pilier de la sélection naturelle, permet de renforcer l’entraide entre organismes et sert aux organismes à délimiter leurs territoires ou à faire connaître leurs besoins. Mais elle est coûteuse en énergie et risquée, ce qui la rend hasardeuse lorsqu’il s’agit de s’engager dans une « lutte pour la vie ».

Vers une nouvelle vision de l’entraide

Il reste sans doute beaucoup à découvrir de cet immense paysage. L’avenir des sciences comportementales situe à la fois dans une complexité croissante des hypothèses de travail, dans un enrichissement mutuel des différentes disciplines et dans la consolidation de cette architecture globale.

On pourrait par exemple creuser le lien entre l’entraide et la structure hiérarchique d’un groupe, ou encore, la question des différences homme/femme.

Nous pourrions former une grande équipe transdisciplinaire qui écrirait aisément une encyclopédie de 3 000 pages rien qu’avec la bibliographie que nous avons rassemblée au cours des dix dernières années. 

Mais ne précipitons pas les choses. Il semble important de s’arrêter un instant sur ce que ce livre a changé dans le regard que nous portons sur l’entraide. 

Sur notre imaginaire. Malgré nos intuitions de départ, ces découvertes ont fait vaciller nos croyances et remis en question notre rapport à la réalité.

L’une des grandes leçons de ce dernier demi-siècle de découvertes est qu’il est possible de réconcilier la vision continuiste et la vision discontinuiste de l’espèce humaine.

Comme l’écrivait déjà Darwin :
« la différence entre l’esprit de l’homme et celui des animaux supérieurs, si grande soit-elle, est à coup sûr une différence de degré, non de nature ».

Mais cette différence s’est amplifiée à cause de la rapidité des processus culturels (par rapport au rythme de l’évolution biologique), au point d’avoir fait émerger une réelle différence qualitative.

Dans la même logique, il paraît important d’apprendre à voir le monde avec les deux fenêtres temporelles du temps court (la vie de tous les jours) et du temps long (les millions d’années). C’est clairement un appel à la coopération entre sciences humaines et sciences biologiques...

Notre conception de l’entraide est devenue plus fine, plus mesurée et plus complexe. 

Nous nous sommes rendu compte, que plusieurs chemins étaient possibles pour faire émerger un comportement altruiste chez une personne.

Enfin, on comprend mieux la complexité du tableau en se rappelant que, en ce moment précis, sur terre, coexistent toutes les manières de faire société, des grandes sociétés ultra sociales liées par la réciprocité invisible aux petits groupes de chasseurs-cueilleurs à la réciprocité, sans compter ce qui se passe chez les autres espèces !

Plus impressionnant encore, l’être humain, tel un soldat au combat, est simultanément capable d’altruisme et de cruauté extrêmes.

Plusieurs points ont aussi rendu notre vision de l’entraide moins naïve.

Il est vain de tenter de faire des généralités sur nos capacités d’altruisme et d’entraide si nous ne pensons pas l’implication simultanée des niveaux supérieurs dans lesquels se meuvent les individus : 

la famille, la culture, la tribu (quartier, village, groupe affinitaire...), la région, le pays, la langue, etc.

Ensuite, pour ne pas se perdre, il est important de ne pas systématiquement voir l’entraide comme un acte moralement bon (même si elle peut l’être !).

S’associer n’est pas forcément bien en soi :
on peut s’entraider

  • pour massacrer** l’autre, 
  • pour survivre, 
  • pour protéger des limites, 
  • pour réaliser de grandes choses 
  • ou pour respecter des ressources communes

** ce mot Massacrer me dérange, j'utiliserais plutôt les mots : domination / dominer l'autre par exemple par l'humiliation, la traîtrise, les jugements généralisés et mêmes les formes diverses de racismes... En CNV (Communication non Violente, on apprend ensemble à comprendre les besoins des uns et des autres et de soi-même. Pour moi, c'est un des apprentissages qui manquent dans le début de toutes scolarités de l'enfant, et cela reste valable avec les adultes.

Enfin, l’entraide ne doit pas être vue comme une panacée qu’il faudrait appliquer aveuglément. 

Ses écueils (pathologies, risques de fermeture (**dissolution) du groupe, création d’un grand méchant loup, extases (**égotiques) collectives, démesure, etc.) sont autant de raisons de rester lucide pour éviter une fois de plus les « mauvaises surprises » des utopies réalisées parfois trop vite et même parfois avec les mauvaises personnes ! 

L’équilibre est délicat : il suffit d’un ingrédient oublié ou mal dosé pour que la recette (** relationnelle) soit totalement ratée ! 

Il nous est aussi apparu essentiel de distinguer l’action (entraide) de l’intention (altruiste) !

« Toutes les sociétés qui fonctionnent correctement requièrent des mécanismes qui coordonnent l’action et qui empêchent l’exploitation de l’intérieur. Savoir si ces mécanismes sont altruistes ou égoïstes (en termes de pensées et de sentiments) est sans importance, tant qu’ils font leur travail (en termes d’action). »

D’un point de vue évolutif, l’intention ne compte pas, seuls comptent les actes et les résultats. Mais d’un point de vue concret, ici et maintenant, les intentions comptent aussi !

Repérer ce distinguo contre-intuitif entre action et intention évitera bien des confusions à celles et ceux qui veulent construire de nouveaux modes d’organisation.

Pour l’entraide, nous sommes arrivés à un point où le « bon sens populaire » ne suffit plus. 

La taille de nos sociétés et l’uniformisation des modes d’organisation (sans parler de leur indigence) ne permettent pas de compter sur le « bon fond » des plus altruistes.

Si nous voulons créer une véritable culture de l’entraide, il peut être intéressant de rendre ces processus intelligibles et cohérents. (**plus démocrates, plus éthiques où il y a un respect réciproque de toutes les parties concernées, je fais allusion à nos chers politiciens et à une communauté européenne de plus en plus décadente et autoritaire, et qui n'écoutent plus les cris des citoyens face aux multiples crises créent par une mondialisation qui démontre presque trente ans après, que nos gouvernements n'ont tenu aucun engagements et ont fait profiter l'installation de grands groupes mondiaux, monopolistiques et spéculatifs qui eux-même sont coupables présentement, des crises actuelles et d'une inflation galopante et dangereuse qui touchera de plus en plus de gens si rien ne change dans le court terme ! )

Le chemin vers de meilleurs modes d’organisation passe nécessairement par des comportements exemplaires de la part des personnes vues comme haut placées (les personnes légitimées politiquement, intellectuellement et spirituellement, ou les riches, qui servent aujourd’hui de modèles pour une majorité de la population).

« La sélection des meilleures stratégies doit être intentionnelle, car nous ne pouvons nous permettre d’attendre que la sélection naturelle agisse, et il n’y a pas de processus de sélection de planète qui favorise les meilleures organisations à l’échelle planétaire . »

Si l’entraide, l’altruisme, la bonté et la générosité (re)deviennent des normes sociales fortes, ils se convertiront progressivement en habitudes, puis en automatismes !

Nous avons très probablement les capacités pour renverser la tendance qui ronge actuellement nos sociétés (c’est bien un rapport de force !), et les souvenirs des dégâts que cause une planification d’entraide généralisée et uniforme à très grande échelle, imposée avec autorité par une clique d’autocrates zélés, sont encore présent dans nos mémoires.

Pour finir, nous ne pouvons passer sous silence un dernier élément dans notre recherche : 

nous avons été profondément touchés par la finesse et la beauté infinies de ce monde.

L’entraide humaine met en jeu des capacités d’empathie, de réciprocité, d’évaluation des besoins du groupe, de mémorisation des comportements, de détection des émotions, de calcul, d’aversion à l’égard de l’inégalité, d’obéissance, d’amour, de compassion, d’amitié, de confiance, de compréhension...

L’écriture de ce livre nous a fait ressentir notre participation intense à une vague 

« qui redéfinit en douceur ce que l’on est, et donc ce que l’on peut être ! »

Pour nous, le concept même d’individu a commencé à perdre un peu de son sens, comme si aucun être vivant n’avait jamais existé, n’existe ni n’existera seul. 

Notre liberté semble s’être construite à travers cette toile d’interactions, grâce à ces liens qui nous maintiennent **courageusement debout depuis toujours !
Notre liberté semble s’être construite à travers cette toile d’interactions, grâce à ces liens qui nous maintiennent **courageusement debout depuis toujours !

Épilogue 

Pour Quel Monde ? 

« Il nous faut entrer en relation, en empathie, avec ce qu’il y a d’unique, de singulier, de merveilleux, de fragile et de menacé dans chaque être humain, et dans la nature qui nous entoure. Et nous demander ce que nous pourrions faire pour protéger, préserver, réparer, soigner, et empêcher de disparaître. [...] Dans le respect de l’extraordinaire vulnérabilité de ceux qui nous ont fait naître, de ceux qui nous entourent, et de ceux qui nous survivront. »

Jean Claude Ameisen, Dans la lumière et les ombres, 2008.

Allons-nous nous entre-tuer ?  Voilà la grande interrogation qui a guidé, ces derniers mois, nos pérégrinations autour de la question de l’effondrement des civilisations, la collapsologie !

Allons-nous nous entre-tuer ?

Voilà la grande interrogation qui a guidé, ces derniers mois, nos pérégrinations autour de la question de l’effondrement des civilisations, la collapsologie !

Au cours d’un débat – que ce soit dans une grande
salle de conférence ou en petit comité dans un bistro –, les préoccupations climatiques et énergétiques se heurtent à une culture qui croit dur comme fer que la nature est foncièrement mauvaise, émerge toujours cette même idée : l’entraide n’est plus envisageable, faut-il se préparer au chaos social et à la violence extrême ?!

Or cette croyance contredit l’impression générale qui se dégage de ce livre :

Les humains possèdent de réelles dispositions à l’entraide, mais un milieu hostile ou et compétitif favorise ne favorisent nullement la guérison écologique de notre chère planète !

Un effondrement politique et social ne serait-il pas l’occasion d’enterrer les vieilles haches de guerre que nous traînons depuis tant d’années ? 

Comment résoudre ce paradoxe ? 

Quelle version croire ?

Voici donc une proposition un peu plus complexe qui réconcilie les deux visions grâce à une clé : un axe temporel.

Nous avons effectivement vu qu’une catastrophe soudaine et ponctuelle favorisait les comportements d’entraide, de calme et d’auto-organisation, car la plupart d’entre nous vivons au sein de cadres sociaux relativement soudés et dans des sociétés très structurées.

Cependant, nous avons aussi vu que l’entraide dans un groupe pouvait rapidement s’effondrer si la réciprocité n’était pas renforcée (récompense, punition et réputation), et si les trois sentiments fondamentaux n’étaient pas réunis (sécurité, égalité, confiance).** Je rajoute la démocratie citoyenne.

Par conséquent, il est logique de penser que, dans un premier temps, de graves catastrophes provoqueront l’émergence d’actes prosociaux (solidarité, altruisme, entraide), mais que, quelque temps plus tard, si aucun mécanisme institutionnel (même précaire) n’est mis en place, un chaos social s’installera.

Prenons maintenant du recul, et demandons-nous ce qui pourrait arriver si ce chaos généralisé se prolongeait ?

Des groupes se formeront, s’organiseront, et plus que probablement les plus cohésifs et coopératifs d’entre eux survivront, comme c’est le cas depuis des millions d’années.

Comment serait-il possible d’éviter ou de raccourcir ce passage chaotique ?

Pour répondre à cette question, il faut ajouter un autre paramètre : la Culture !

L’accumulation de biens matériels, tout comme les niveaux d’accaparement et d’inégalités, franchissent alors les seuils de démesure. La richesse accumulée maintient les personnes « hors sol », dans une bulle de confort qui les éloigne du monde vivant, ouvrant la possibilité d’une destruction bien plus aisée du milieu de vie.

L’accumulation de biens matériels, tout comme les niveaux d’accaparement et d’inégalités, franchissent alors les seuils de démesure. La richesse accumulée maintient les personnes « hors sol », dans une bulle de confort qui les éloigne du monde vivant, ouvrant la possibilité d’une destruction bien plus aisée du milieu de vie.

Chronique d’une mort annoncée, la culture de l’égoïsme corrode lentement la société de l’intérieur, ** elle engendre des insécurités, des inégalités, des crises économiques, des guerres, une méfiance, une prise de pouvoir dominante des politiques sur les peuples...

Par le passé, un monde hostile et pauvre a fait émerger une culture de l’entraide (sinon, nos ancêtres n’auraient pas survécu !) 

Présentement, cette culture de l’entraide a changé le rapport au monde, favorisant l’innovation et la création d’abondance ; ce monde d’abondance a fini par créer une culture de l’égoïsme !

Cette culture de l’égoïsme détruit, recréant un monde hostile et pauvre (exploitations injustes et irrationnelles des ressources).

Peut-être est-il possible d’éviter l’amplitude de ce genre de cycles malsains en créant une société basée sur une culture de l'entraide ( ** de renforcer l'entraide entre-nous ), et du respect des autres qu’humains, comme ont déjà pu le faire d’autres sociétés ( nos ancêtres ) disparues ou en voie de disparition ?

Les guerres qui éclatent ( en ce moment ) pour l’accaparement des dernières ressources accéléreront le chaos et précipiteront notre monde dans un grand tourbillon de sang et de poussière !
Les guerres qui éclatent ( en ce moment ) pour l’accaparement des dernières ressources accéléreront le chaos  et précipiteront notre monde dans un grand tourbillon de sang et de poussière !

**pour moi le prétexte à faire la guerre, et d'abord, d'installer un climat de terreur (de peurs collectives); et c'est légitime qu'on puisse avoir peur de toutes ces émergences de violences accrues à nos portes depuis environ 2017, lors du premier mandat de Macron en France. Le mouvement démarrait bien, et il y a fallu une crise sanitaire ? Pour que le mouvement se disloque même en Belgique. Parce que ce problème n'est pas exclusivement français, Ces crises touchent toutes les personnes précarisées ou en devenir. Les guerres et les crises dites économiques rapportent beaucoup de fric aux riches (ceux, même qui créent les conflits dans le monde depuis des décennies...) Les guerres et les crises engendrent aussi plus d’égoïsme et de nombreuses distensions entre-nous ! 

Cette culture de l’égoïsme et de la compétition est particulièrement toxique lorsqu’elle infiltre les élites politiques, économiques, et intellectuelles, **puisque devenues autoritaires, dirigistes et irrespectueuses envers les populations, ils ne sont plus des élus représentatifs du peuple !

Au contraire, ce dont nous avons besoin en cas de catastrophe, ce sont des hommes et des femmes capables de réagir vite... dans le sens du bien commun !

La culture de la peur et de la préparation à la violence – qui est le résultat de tant d’années de mythologie de la compétition et de la « loi de la jungle » – entretient un climat de violence et de défiance tout à fait défavorable à l’entraide.

Elle ne participe pas à un mouvement de préparation aux catastrophes, mais bien à une accélération de celles-ci. 

Il est donc des mythes dont il faut se défaire dès aujourd’hui.

L’idée qu’une société peut fonctionner toute seule, sans que personne n’ait le souci du bien commun, est l’un des thèmes majeurs de l’économie, remarque David S. Wilson.

Cette idée est aussi un grand défi à la notion d’altruisme, car, si elle se révélait vraie, elle suggérerait que l’altruisme (en termes de pensée et de sentiments) n’a pas besoin d’exister, et peut-être même ne devrait pas exister. 

Heureusement, le voile se lève : l’altruisme existe, et une société ne peut fonctionner sans souci du bien commun.

De nos jours, les récits dominants parlent de technologie surpuissante, d’ingéniosité humaine sans limites, de compétition apportant la prospérité, d’une loi du plus fort qui permet de « réussir » sa vie, de l’implacable marche en avant linéaire du progrès, ou au contraire d’une apocalypse brutale et violente.

Ces mythes sont toxiques ; en particulier, le mythe de la
compétition n’est adapté ni à notre vie en société ni à notre planète.

Les nouveaux riches (grands patrons, Cac40, Mondialistes, politiques...) deviennent pathologiquement égoïstes et développent des comportements d’incivilité ahurissants.

Les étudiants qui passent par les écoles d’économie (et de politiques) et de business sont égoïstes à l’entrée, mais le deviennent encore plus à la sortie !

Les élites économiques et politiques sont devenues cyniques (et on appris à le montrer), car elles vivent effectivement en vase clos dans une arène artificielle et institutionnelle impitoyable qu’elles se sont elles-mêmes créée.

Les élites économiques et politiques sont devenues cyniques (et on appris à le montrer), car elles vivent effectivement en vase clos dans une arène artificielle et institutionnelle impitoyable qu’elles se sont elles-mêmes créée.

« Que le meilleur gagne » est non seulement une piètre interprétation de la théorie de l’évolution, mais surtout une très mauvaise idéologie pour maintenir la cohésion d’un groupe, et a fortiori la vie sur terre !

Pourquoi vouloir écraser l’autre ?

Pourquoi chercher à ce point la solitude, la division et l’aliénation ?

Ce mythe ne serait-il pas en réalité un puissant instrument de domination ?

La victoire culturelle de cette idéologie ne s’est pas faite en un claquement de doigts ; elle a mobilisé pendant des décennies des forces et des sommes d’argent considérables.

Peut-être est-il encore temps de prendre le chemin inverse ?

Chaque génération se raconte ses propres récits mythologiques, qui donnent un sens à son monde et l’aident à comprendre la réalité. Les récits sont des manières de lier des groupes, de faire naître des identités collectives pour former des communautés de destin.

Connectez-vous à un moment de votre vie où vous avez ressenti la chaleur de l’entraide, un moment exceptionnel, peut-être difficile, où vous avez reçu un coup de pouce, senti une main sur votre épaule, un regard de gratitude ou le frisson d’un groupe !

Comme le résume le psychologue Jonathan Haidt : 

« nous ne sommes pas des saints, mais nous sommes parfois de bons équipiers ».

L’entraide est en chacun de nous ; il faut simplement arriver à y croire. **le cultiver

Il est aujourd’hui important non pas de chercher une nouvelle morale en prenant exemple sur les plantes ou les animaux, mais de changer notre imaginaire en nous inspirant du fonctionnement du monde vivant, en reconnaissant notre inscription dans une longue filiation bâtie sur un socle de coopération depuis l’apparition du vivant.

Les mythes de la compétition et de la séparation nature/culture sont sacrément ébranlés ; ils ne tiendront plus très longtemps !

Des brèches s’ouvrent. Ces nouvelles manières de voir l’entraide donneront peut-être confiance à celles et ceux qui n’osaient pas exprimer tout haut leurs intuitions de peur de passer pour utopistes ou naïfs.

Elles n’invitent pas à croire aux chimères d’un grand soir ou d’un quelconque paradis perdu, mais en la possibilité que des institutions (moins grandes) et des normes sociales efficaces et bienveillantes puissent maintenir une certaine cohésion, et, pourquoi pas, une certaine sagesse ?!

Les nouveaux récits ne feront évidemment pas disparaître les catastrophes de notre horizon, mais nous feront entrer dans l’Anthropocène avec une trousse à outils mieux fournie !

Au-delà de l’humanité

L’ultra socialité humaine a été à l’origine de notre phénoménale expansion, mais a aussi posé les bases de notre possible disparition. 

Pour avoir une chance de rester longtemps sur terre, il n’y a pas de secret : il nous faut nous adapter aux principes du vivant et bien nous entendre avec les autres être !

Sans aucun doute, cela mènera à de nouveaux modes d’organisation !

Le chemin passera par l’extension de l’entraide et de la compassion aux autres êtres vivants, en développant une conscience étendue du soi, c’est-à-dire en étendant la « membrane de sécurité » au-delà de l’humanité.

Le slogan « Remettre l’humain au centre », si pertinent soit-il dans les luttes sociales, traduit donc un imaginaire qui prend une mauvaise direction !

Il n’y a pas assez de place pour une humanité qui se referme sur elle-même et s’oppose au reste du monde.

Il est impossible d’ignorer que notre survie en tant qu’espèce dépend tout autant des interactions que nous entretenons avec les autres espèces que de la richesse des interactions qu’elles tissent entre elles.

Comment recréer des liens de réciprocité, de confiance, de sécurité et d’équité avec ce(ux) qui nous entoure(nt) ?

Voilà le grand chantier qui arrive. 

Cela ne se fera pas en effaçant les identités que chacun de nous a forgées aux niveaux « inférieurs » (ville, région, pays, parti, entreprise, club, etc.), mais au contraire en les acceptant, en les multipliant et en faisant en sorte qu’aucune ne devienne radicalement excluante ou aveuglante,**autoritaire et même narcissique.

Le défi est d’apprendre à jongler avec cet entrelacement d’identités afin de traverser les tempêtes sans se noyer dans les manifestations politiques de la tristesse, de la peur ou de la colère. **et de la haine !

C’est une étrange constatation, mais accepter notre propre vulnérabilité et recommencer à croire dans notre interdépendance avec les autres humains redonne de la joie, de la force et du courage !

Fin  

laisse encore une petite chance à des « groupes » – ou à des « groupes de groupes » – de se coordonner, de mettre en place des normes sociales et de tisser un nouveau récit commun... en lien avec les autres habitants de la Terre.

À lire aussi :

Partie 1 Au siècle dernier, notre monde est devenu extrêmement performant en matière de mécanismes de compétition.

Partie 2 Les mécanismes du groupe La tendance spontanée des individus à l’entraide, si surprenante et solide soit-elle, ne suffit pas à expliquer toute la complexité de l’entraide humaine, et encore moins à faire société !

Partie 3 L’esprit du groupe Cette revue des mécanismes qui font émerger l’entraide au sein d’un groupe (réciprocité, récompense, punition, réputation, normes,...) peut nous laisser une légère impression de manque. Tout semble trop mécanique, trop formel, bien éloigné des passions de la vie de tous les jours, des mystères du « sentiment collectif » ou des moments « magiques » qui font naître des dynamiques de groupe incroyables.

Partie 4 La question est maintenant de comprendre ce qui se passe à l’extérieur du groupe. Pour cela, il reste deux angles morts à éclaircir : quel rôle joue le « reste du monde » dans l’entraide à l’intérieur d’un groupe ? Et, surtout, quelles sont les conditions pour que des groupes s’entraident ?

Partie 5 Qui aura survécu à tout cela ? Quels mécanismes auront permis à certains humains de survivre (ou pas) ? L’entraide humaine telle que nous la décrivons aujourd’hui, dans toute sa complexité, nous permettra-t-elle de maintenir notre existence sur terre ?

Aperçu du livre

 « 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐛𝐥𝐨 𝐒𝐞𝐫𝐯𝐢𝐠𝐧𝐞

 

 




** les commentaires et remarques viennent de moi, ce ne sont que mes points de vue !

Le sujet est vaste, je vous invite si vous avez lu cet article, jusqu'au bout, de débattre et de commenter ci-dessous, merci !

Eddy Vonck

Rédacteur bénévole de Psycho'Logiques

Eddy Vonck  Rédacteur bénévole de Psycho'Logiques

 

 























 

 
 






















 









 


 
 




 

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