𝗣𝗵𝗶𝗹𝗼𝘀𝗼𝗽𝗵𝗶𝗲 - 𝗹𝗮 « 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗹𝗹𝗲 𝘀𝗼𝗰𝗶𝗼𝗯𝗶𝗼𝗹𝗼𝗴𝗶𝗲 »
la « nouvelle sociobiologie »
Sources : Pablo Servigne -
Où l’on apprend que la sociobiologie des années 1970-1980 a bien changé ; où l’on donne quelques détails sur ce changement de paradigme ; et où l’on décrit finalement les forces évolutives qui expliquent aujourd’hui l’apparition des comportements sociaux.
Plus de trente ans après, la très controversée « sociobiologie » fait encore parler d’elle.
Les débats autour des origines des comportements coopératifs dans le monde vivant ont été ravivés par le récent revirement scientifique de son père fondateur lui-même, Edward O. Wilson.
Renversant carrément le paradigme, celui-ci ne voit plus l’origine de la socialité dans la proximité génétique entre individus, mais dans les conditions du milieu.
Le choc est rude : plusieurs générations de sociobiologistes qui ont bâti leur carrière sur l’ancienne sociobiologie « génétique » subissent la puissance médiatique et scientifique de E.O. Wilson. Voici l’histoire d’un paradoxe, d’une trahison et d’un changement de paradigme.
Les mécanismes de la sélection naturelle sont assez évidents à saisir.
On comprend spontanément pourquoi les girafes ont des longs cous, les poissons des formes si profilées, les prédateurs des dents si acérées. C’est une question de survie et d’adaptation.
Il faut surprendre la proie, échapper au prédateur, s’adapter aux conditions du milieu... pour finalement prolonger la vie.
Les individus ayant les bons atouts ont simplement laissé plus de descendance que leurs congénères moins bien pourvus.
Mais, selon cette logique, il est beaucoup moins évident de saisir pourquoi certains animaux, et même les humains, ont développé des comportements coopératifs et altruistes, allant jusqu’à se sacrifier pour leurs pairs au détriment de leur propre survie ?
Pourquoi ces individus « naïfs » n’ont-ils pas été éliminés par la sélection naturelle ?
Cet altruisme, si fréquent dans le monde animal, était pour la théorie darwinienne comme un caillou dans la chaussure : il n’empêchait pas d’avancer, mais il gênait. Voilà pour le paradoxe.
À l’époque déjà, Darwin proposa une explication : l’apparition de ces traits coopératifs était la résultante d’une survie des groupes les plus aptes, et non des individus les plus aptes.
Autrement dit, les groupes dont les individus interagissent bien ensemble ont un avantage sur les groupes moins coopératifs. Ainsi, l’idée était née. La sélection naturelle pourrait agir à plusieurs niveaux : sur les individus et aussi sur l’ensemble d’un groupe.
Plus d’un siècle et demi plus tard, les modèles et les expériences donnent amplement raison à Darwin.
Mais cela n’a pas été sans heurts. Ce que l’on nomme aujourd’hui la sélection de groupe, ou sélection multi-niveaux, a eu une histoire tourmentée, parsemée de bannissements, de mauvaise foi, de ressentiments et de trahisons !
Comme le note à juste titre le journaliste Jonah Lehrer dans un remarquable article du New Yorker , il y a une certaine ironie à voir tous ces chercheurs se quereller... sur les origines de la coopération !
À la fin des années 1970, un professeur de l’université Harvard, Edward O. Wilson, crée la sociobiologie , une
nouvelle discipline scientifique qui se propose d’étudier les comportements sociaux en utilisant des méthodes
issues de l’éthologie, de la génétique et de la science de l’évolution.
Outre une synthèse de l’état des connaissances expérimentales, il cimente son propos par une simple équation mathématique supposée expliquer l’évolution des comportements sociaux et empruntée à un jeune et brillant étudiant britannique, William Hamilton.
L’idée est simple, mais il fallait y penser : un individu qui se sacrifie pour son frère transmet quand même une partie de ses gènes via son frère, puisqu’ils partagent de nombreux gènes.
Plus généralement, un individu a tout intérêt à aider d’autres individus proches de lui génétiquement, car c’est finalement une garantie de la bonne diffusion de ses gènes.
Les comportements altruistes ne seraient donc qu’une façade dissimulant un égoïsme génétique. C’est ce que l’on a appelé la sélection de parentèle (kin selection).
La conjonction de plusieurs facteurs explique le succès de cette hypothèse sociobiologique dans les laboratoires de biologie du monde entier dès les années 1970 :
la simplicité de l’équation de Hamilton, l’aura et la puissance
académique d’Edward O. Wilson, l’ampleur médiatique de la polémique autour de la sociobiologie, et la publication au même moment du très influent best-seller Le Gène égoïste, de Richard Dawkins.
Ainsi se sont ouvertes quatre décennies d’hégémonie de ce qu’on pourrait appeler la sociobiologie génétique !
Deux ou trois générations de chercheurs se sont donc appliquées à mettre en évidence les corrélations génétiques entre des individus qui coopéraient.
Dans l’euphorie des débuts, croyant tenir là une équation universelle, certains éthologues et anthropologues ont tiré le fil jusqu’à oser expliquer les comportements altruistes humains par ces arguments de proximité génétique, puis, dans une confusion de liens de causalité, à en déduire que l’altruisme était naturellement réservé aux personnes génétiquement proches.
On voit aisément pourquoi l’extrême droite (la Nouvelle Droite) s’est emparée d’une telle théorie (elle pensait tenir enfin les preuves scientifiques de l’origine et de la valeur des inégalités et du racisme), et pourquoi les sciences humaines et les militants d’extrême gauche se sont indignés en critiquant violemment la sociobiologie.
Mais la polémique médiatique et idéologique n’a nullement freiné l’enthousiasme des chercheurs dans leurs laboratoires : ils ont continué à étudier les comportements sociaux du monde animal avec cette vision essentiellement centrée sur le gène et l’individu.
Cette période d’hégémonie génétique a été marquée par le rejet radical et brutal de la théorie de la sélection de groupe dans les années 1960-1970.
D’abord initiée par Darwin, puis acceptée comme l’un des niveaux de sélection par les architectes de la nouvelle synthèse de la théorie de l’évolution dans les années 1950 (Haldane, Wright, Huxley, Simpson, Mayr, etc.), la sélection de groupe a été défendue ardemment après la guerre par un ornithologue du nom de Vero Copner Wynne-Edwards (1906-1997).
Malheureusement, sa vision quelque peu naïve de la sélection de groupe s’est avérée fatale à une époque où le gène prenait le pouvoir en biologie avec une incroyable arrogance.
Ainsi, la sélection de groupe a purement et simplement disparu des manuels universitaires !
Un bannissement scandaleux pour le paléontologue Stephen J. Gould :
« J’ai été trois fois le témoin de dogmes généralisés dans ma carrière d’évolutionniste, et rien en science ne me dérange plus que cette attitude ignorante et ridicule basée uniquement sur le désir ou sur la prétendue nécessité de suivre une mode. La première fois a été le renvoi hululant de Wynne-Edwards et de la sélection de groupe durant les années 1960 et 1970 . »
En réalité, depuis les années 1970, quelques rares chercheurs ont continué à travailler discrètement sur l’hypothèse de la sélection de groupe.
Bien sûr, ils n’avaient pas accès aux revues prestigieuses et faisaient l’objet d’un certain mépris de la part de la sociobiologie dominante. Parmi ces rebelles figurait un certain évolutionniste du nom de David S. Wilson (à ne pas confondre avec Edward O.).
Pendant ce temps, l’autre Wilson (Edward O., donc), le père fondateur de la sociobiologie, émet quelques doutes sur la sélection de parentèle, mais n’écrit pas d’articles, car il n’a pas de preuves, juste des intuitions.
Jusqu’à ce qu’en 2004 il lance un premier pavé dans la mare en exposant ses doutes dans un petit article publié par une revue à l’impact assez modeste pour les biologistes.
Un an plus tard, associé à son ami entomologiste Bert Hölldobler (une légende lui aussi), il publie un autre article dans la prestigieuse revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences USA), à laquelle il a facilement accès grâce à son statut de membre de l’Académie des sciences des États-Unis.
Ils exposent une nouvelle hypothèse sur l’apparition de la socialité, réhabilitant la sélection de groupe et critiquant sévèrement la sélection de parentèle, qui selon eux n’a jamais démontré le lien de causalité entre proximité génétique et socialité (juste démontré des corrélations).
Parallèlement, Edward O. Wilson s’associe à David S. Wilson, qui a amassé depuis trente ans quelques preuves expérimentales solides de la sélection de groupe et fabrique des modèles mathématiques de plus en plus convaincants.
Ensemble, ils publient dans une autre revue prestigieuse (The Quarterly Review of Biology) un très long article décrivant sur un ton défensif et légèrement amer l’histoire tumultueuse de la sélection de groupe ainsi que les principes de la nouvelle sociobiologie.
Les deux compères, par ailleurs talentueux écrivains, occupent le champ médiatique en publiant simultanément dans les plus importantes revues de vulgarisation scientifique.
Les sociobiologistes patentés, partagés entre dédain et incompréhension, peinent à se faire entendre. Les réactions restent donc confinées à des revues scientifiques mineures et totalement invisibles pour le grand public et les médias.
L’idée principale de cette « nouvelle sociobiologie » est que la sélection de groupe est loin d’être une force négligeable.
Le rejet de la théorie de la sélection de groupe était basé sur l’idée que la sélection au sein d’un groupe (entre les individus) était toujours plus forte que la sélection entre les groupes – autrement dit, que si la sélection de groupe existait, elle était totalement négligeable par rapport à la sélection individuelle.
De manière générale, l’entraide apparaît dans un groupe lorsque la sélection au niveau supérieur (intergroupe) prévaut sur la sélection entre les individus (intra groupe).
Voici comment D.S. Wilson et E.O. Wilson résument la nouvelle
sociobiologie :
« L’égoïsme supplante l’altruisme au sein d’un groupe. Les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes. Tout le reste n’est que commentaire. »
Cet épisode est un cas d’école en sociologie des sciences.
On y apprend comment retourner un paradigme en un temps record et en utilisant tous les moyens médiatiques, académiques ou éditoriaux imaginables. E.O. Wilson dispose d’une rare autorité dans le champ de la biologie et d’une puissance éditoriale monstrueuse.
Professeur à Harvard, brillant entomologiste, talentueux écrivain, responsable du succès du terme « biodiversité » dès la fin des années 1980, créateur de deux disciplines (la sociobiologie et la biogéographie), il a été considéré en 1995 comme l’un des 25 Américains les plus influents par Time Magazine, et en 2005 comme l’un des 100 plus importants intellectuels par Foreign Policy. Il a reçu tous les prix qu’un biologiste peut espérer recevoir...
Au début du XXe siècle, il n’y avait que la théorie de Darwin (et ses intuitions) pour penser l’évolution de l’entraide.
L’essentiel de la science consistait à réunir des observations et à essayer de les faire entrer dans le cadre conceptuel de la sélection naturelle.
Au milieu du siècle, la théorie synthétique de l’évolution a permis d’agrandir et de préciser le cadre darwinien. La théorie de l’évolution s’est alors vue renforcée par la génétique, la paléontologie, les modèles mathématiques, la dynamique des populations, etc.
La biologie a fait un bond en avant considérable, mais l’évolution de l’entraide et de la socialité animale semblait encore floue. Leur apparition restait un mystère pour la science anglo-saxonne, largement basée sur une vision du
monde vivant égoïste et impitoyable, essentiellement centrée sur les gènes.
Ce n’est que dans les années 1970 que l’étude systématique des sociétés animales a réellement démarré, sous l’impulsion d’Edward O. Wilson et du livre de Richard Dawkins Le Gène égoïste.
Au début, la sociobiologie se fonde sur deux postulats :
- 1) les comportements animaux sont déterminés génétiquement ;
- 2) un comportement peut être assimilé à n’importe quel trait morphologique (comme la taille, la couleur de peau ou le groupe sanguin), et peut donc être sélectionné par l’évolution lorsqu’il augmente les chances de succès reproducteur. Dès lors, logiquement, les chercheurs se sont mis à chercher des gènes de l’entraide (de l’altruisme, de la coopération, etc.), inventant des hypothèses (histoires, scénarios) qui racontaient comment ces gènes avaient pu procurer un avantage reproductif aux individus qui en étaient porteurs. L’idée sous-jacente était que tout individu au comportement altruiste (dans les faits) ne faisait qu’obéir à une « stratégie » – une ruse – de la part de ses gènes, alors considérés comme « égoïstes » (puisqu’ils ne cherchaient qu’à maximiser leur propre reproduction).
Telles étaient les bases de la sélection de parentèle, appuyée par la petite équation mathématique du jeune Hamilton :
il y a évolution de l’entraide lorsqu’il y a proximité génétique.
Des centaines de biologistes, pendant des décennies, ont donc réalisé des expériences pour montrer que plus des individus étaient proches génétiquement, plus ils s’entraidaient.
C’est très bien documenté chez les animaux : il y a souvent une corrélation entre proximité génétique et entraide. Mais, comme mentionné ci-dessus, le lien de causalité n’a jamais été démontré !
Chez l’espèce humaine, étrangement, les études sur la sélection de parentèle sont très rares !
Peut-être est-ce simplement dû au fait qu’une grande partie des relations d’entraide entre humains ont lieu entre non-apparentés (c’est un fait indiscutable), ce qui rend absurde une théorie qui voudrait expliquer l’apparition de l’entraide par la proximité génétique.
Par ailleurs, au sein des familles où chacun sait que l’entraide est très fréquente et puissante –, il est difficile de différencier les effets de la proximité génétique de ceux de la réciprocité directe.
Cela étant posé, dans une des rares études sur le sujet, il se révèle qu’il n’y a pas eu de corrélations observées entre les degrés d’altruisme et la proximité génétique !
Si la théorie de la sélection de parentèle était valable pour expliquer l’apparition de l’entraide et de l’altruisme chez les animaux au cours de l’évolution (ce qui doit encore être démontré), on pourrait très bien imaginer que, chez l’humain, elle aurait été une force évolutive majeure il y a des millions d’années, au début de l’hominisation (et même avant).
Pourquoi pas ?
Mais ce qui est clair, c’est qu’elle n’explique absolument pas l’entraide humaine d’aujourd’hui (la réciprocité étendue et la réciprocité invisible). De plus, et parallèlement, les chercheurs ont accumulé depuis quarante ans nombre d’observations d’entraide entre animaux non apparentés.
Il fallait donc trouver d’autres explications, d’autres hypothèses, d’autres cadres théoriques que la sélection de parentèle...
C’est au sociobiologiste Robert Trivers que l’on doit la théorie – publiée dans les années 1970 – de l’altruisme réciproque, qui tente d’expliquer pourquoi il y a chez les animaux des comportements de réciprocité entre individus non apparentés.
Trivers postule que deux conditions sont nécessaires à l’apparition de la réciprocité animale :
- 1) un système cognitif assez développé pour permettre la reconnaissance des « tricheurs » (= un individu qui recevrait sans jamais donner) ;
- 2) un ratio coût/bénéfice suffisamment faible (inférieur à 1) pour que l’avantage de l’altruisme soit significatif. Nous devons l’exemple le plus célèbre de réciprocité à l’éthologue Gerald Wilkinson, qui étudie les vampires d’Azara (Desmodus rotundus) depuis près d’un demi-siècle. Il s’agit d’une espèce sociale de chauves-souris tropicales qui sucent le sang de certains mammifères et dont les individus qui reviennent à la colonie gavés de sang peuvent le partager avec ceux qui sont rentrés bredouille. Détail particulièrement bien vu : la quantité de sang qui est échangée ne fait perdre que 6 heures de vie à un vampire rassasié, alors qu’elle en fait gagner 18 au vampire affamé que le coût pour le donneur. Autrement dit, le bénéfice de ce don est plus grand.
Les premiers sociobiologistes conçurent dès le début de leur discipline des modèles évolutionnaires afin de comprendre les mécaniques plus fines de leurs théories.
Par exemple, la théorie des jeux (créée durant la guerre froide pour contrer les stratégies de l’ennemi soviétique) a été abondamment utilisée par les économistes, les informaticiens, les mathématiciens et les biologistes depuis un demi-siècle pour tester les tendances à la coopération et à l’altruisme.
L’un des résultats les plus marquants et les plus influents a été la découverte dans les années 1980 de la stratégie du « donnant-donnant » (tit-for-tat) par le chercheur en sciences politiques Robert Axelrod.
Cette stratégie très simple s’est révélée la plus efficace à long terme pour faire émerger la coopération dans un groupe, surtout lorsque les interactions sont répétées (comme dans la vie réelle).
Elle se résume ainsi :
je coopère au premier contact et ensuite j’imite ce que tu fais (si tu coopères, alors je coopère, sinon, j’arrête).
Remarquez à quel point elle ressemble furieusement au double mécanisme qui compose l’heuristique sociale vue (l’entraide spontanée au premier contact) suivie par l’obligation de réciprocité que nous décrivons (je te redonne, car tu m’as donné).
Le modèle informatique du « donnant-donnant » et bien d’autres qui ont suivi montrent comment la réciprocité directe (le nom récent donné à l’altruisme réciproque) représente une force évolutive puissante chez notre espèce (et au passage comment l’évolution a sélectionné des comportements d’entraide spontanée.)
D’autres modèles et expériences montrent également que les interactions répétées sont primordiales à l’apparition de l’entraide :
« Les gens apprennent à plus coopérer lorsque la probabilité d’interaction future est plus élevée ! »
Comme chez les humains, il existe chez les animaux une forme assez rudimentaire de réputation, autrement dit de réciprocité indirecte (= aider n’importe qui tant qu’on est aidé en retour par n’importe qui d’autre au sein de la même espèce). C’est par exemple le cas chez le labre nettoyeur, un petit poisson tropical dont la fréquence des comportements altruistes augmente avec le nombre de ses petits camarades qui regardent la scène. Voilà un poisson qui soigne sa réputation !
On signale aussi chez le rat un phénomène baptisé réciprocité généralisée, qui consiste à avoir plus tendance à aider un rat inconnu (+20 %) après avoir reçu de l’aide d’un autre rat inconnu. Ici, ce système de réciprocité n’a même plus besoin de système cognitif complexe, ce qui laisse penser qu’il est probable que ce ne soit pas le seul cas dans le monde animal...
Même si des phénomènes de réputation existent chez les singes ou les poissons, cela n’a rien à voir avec ce qui se passe chez nous !
Dans notre espèce, les interactions peuvent être asymétriques (lorsqu’on n’a pas la possibilité de rendre la pareille) ou fugaces (lorsqu’on se ne rencontre qu’une seule fois).
La réputation est ce qui sert, dans ces cas de figure, à la fois de marqueur pour rendre un service à une personne inconnue que l’on sait coopérative, et d’incitant à se comporter de manière prosociale.
De plus, il y a deux raisons pour lesquelles on coopère volontiers avec une personne à la bonne réputation :
- parce qu’on la considère comme plus fiable ;
- et parce que, à son contact, nous améliorons notre réputation !
Les évolutionnistes ont découvert une autre voie d’apparition de l’entraide, qu’ils ont nommée sélection spatiale et dont le fonctionnement repose sur le grégarisme des individus, qui se comportent de manière semblable.
En effet, d’habitude, par souci de simplification, les modèles de génétique des populations posent pour hypothèse que les populations sont homogènes et composées d’individus qui se déplacent librement (ce qui est rarement le cas dans le monde réel).
En ajoutant aux modèles un paramètre de « viscosité » (la difficulté pour les individus de se déplacer), ils ont remarqué que les individus coopérateurs avaient tendance à se regrouper entre eux, favorisant des « agrégats » ou des « réseaux » d’entraide bien plus résistants à l’invasion de « tricheurs » ou de « profiteurs », et qu’ils se répandaient ainsi dans la population entière bien plus facilement que dans une population homogène (et, finalement, peu importe que la transmission soit génétique ou culturelle.)
Il s’agit donc d’un mécanisme évolutif qui ne fait appel ni à la réputation ni à la réciprocité, qui a été observé expérimentalement chez des microbes, et qui semble également à l’œuvre chez les humains !
Vers une sociobiologie plus ouverte et plus complexe, nous avons vu que les deux forces évolutives majeures de l’apparition des comportements altruistes (et, par extension, de la socialité animale et humaine) étaient la sélection de groupe hostile et l’influence d’un milieu !
Nous comprenons ici que chaque modèle a ses limites, et que c’est l’ensemble des théories qui permet d’expliquer les évolutions de l’entraide.
Les nombreuses voies d’apparition de l’entraide dépendent fortement du contexte et des espèces concernées, et mènent finalement à cette formidable symbio-diversité (l’ensemble des mécanismes d’entraide présents dans l’éventail du vivant.)
Le développement des dynamiques d’évolution culturelle semble avoir récemment (depuis au moins 70 000 ans) inhibé l’influence des facteurs génétiques dans l’apparition de l’entraide humaine.
Sources : « 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐛𝐥𝐨 𝐒𝐞𝐫𝐯𝐢𝐠𝐧𝐞 et de Gauthier Chapelle
À lire aussi :
Le sujet est vaste, je vous invite si vous avez lu cet article, jusqu'au bout, de débattre et de commenter ci-dessous, merci !
Eddy Vonck
Rédacteur bénévole de Psycho'Logiques


Commentaires
Enregistrer un commentaire