Liste des mots clés des articles

Avc1 Bernard Werber6 Bessel van der Kolk37 Borderline1 Boris Cyrulnik1 Burn out19 Byron katie1 CGJung25 CNV3 Carl Gustaaf Jung35 Causes Psychologiques41 Chemin De Vie4 Christian Jacq4 Christophe Piauton1 Clean coaching1 Clean language1 Coaching Génératif4 Collapsologie2 Communication5 Communication non violente8 Crise d'asthme1 Crises économiques14 Cyril tarquini1 Daan van Kampenhout1 Daniel Batson1 Daniel Keyes1 Daniel Scimeca1 Darwin6 Diagnostic de stress-post-traumatique26 Dualisme5 Dépersonnalisation1 Déscolarisation1 Entraide1 Exercice1 Exercices de Coaching3 Frank Lopvet6 Freud5 Gauthier Chapelle6 Gilles Vervisch3 Henri Bergson1 Henri Gougaud1 Homéostasie1 Hypnose1 Individuation2 Inspiration du Jour4 Intelligence collective1 Ivan Pavlov1 James Redfield8 Janie Aschieri1 Johann Chapoutot4 Jostein Gaarder3 Joëlle Macrez Maurel1 Kropotkine2 L'inconscient1 Laurent Gounelle5 Le Voyage Du Héros2 Lecture35 Lise Bourbeau1 Loi d'attraction1 Lyesl1 Marshall Rosenberg1 Matthieu Ricard1 Michael J. Sandel1 Michel Odoul1 Myriam Brousse3 Mário Raul de Morais Andrade1 Médecine Alternative10 Médecine Chinoise1 Neuroception1 Neuroscience15 Nicolas proupain1 Niveaux de conscience3 Noam Chomsky1 Ocytocine1 Olivier Clerc1 Osho2 PNL psychologie Neuro Linguistique5 Pablo Servigne7 PabloNeruda1 Parasympathique1 Paul El Kharrat1 Persona1 Pervers Narcissiques5 Pier Bonacina1 Pierre Daco1 Pierre Rabhi3 Pleine Conscience1 Politique Sociale27 Polyvagal1 Psycho3 Psycho Synthèse35 PsychoSynthèse9 Psychologie humaniste4 Psychologie+++4 Psychopathologie10 Psychopathologique1 Reportage ARTE1 Robert Desoille3 Robert Dilts5 Roberto Assagioli23 Rudolf Steiner2 Samuel Churin1 Samuel Hahnemann1 Shiatsu1 Sociobiologie2 Socrate1 Soi amoureux1 Solidarités Nouvelles Face au Chômage5 Sous-personnalités1 Spectre du trouble autistique12 Stephen Gilligan2 Stephen Porges1 Symbiogenèse1 Symptômes somatiques1 Syndrome de stress post-traumatique34 Système limbique1 TCC2 Tal Ben-Shahar1 Test de Rorschach1 Théorie Polyvagale1 Thérapie Comportementale3 Thérapie psycho-corporelle1 Tony Attwood11 Trauma36 Traumatisme36 Traumatisme infantile20 Trouble de la personnalité borderline1 Volonté1 antroposophie1 asperger15 autisme asperger10 coach9 coaching23 course à pied1 dépression23 développement personnel37 guérison4 heuristique sociale2 holistique4 homéopathie4 hypomaniaque1 jung21 la Dualité8 le Bien et le Mal2 le Conscient3 le Diagramme Assagiolien de l'étoile1 le Monde De Sophie1 le Soi transpersonnel1 méditation5 nutrition1 philosophie138 philosophie des Pharaon1 platon2 politique4 psychanalyse117 psychologie65 running1 santé14 social21 société16 spiritualité37 spirituel27 sport2 stress1 syndrome Asperger14 thérapeute13 thérapie24 traumatisme transgénérationnel21 Écologie4 Écriture automatique1 Égypte Ancienne1 Épigénétique2 Épuisement professionnel6 économie sociale21 égypte1
Plus d'éléments

La Communauté Psycho'Logiques

𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 Philosophique - « 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » de Pablo Servigne et de Gauthier Chapelle partie 4 - Au-delà du groupe

 

𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 Philosophique « 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐛𝐥𝐨 𝐒𝐞𝐫𝐯𝐢𝐠𝐧𝐞 et de Gauthier Chapelle partie 4

𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 Philosophique « 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐛𝐥𝐨 𝐒𝐞𝐫𝐯𝐢𝐠𝐧𝐞 et de Gauthier Chapelle


À lire aussi :

Partie 1 Au siècle dernier, notre monde est devenu extrêmement performant en matière de mécanismes de compétition.

Partie 2 Les mécanismes du groupe La tendance spontanée des individus à l’entraide, si surprenante et solide soit-elle, ne suffit pas à expliquer toute la complexité de l’entraide humaine, et encore moins à faire société !

Partie 3 L’esprit du groupe Cette revue des mécanismes qui font émerger l’entraide au sein d’un groupe (réciprocité, récompense, punition, réputation, normes,...) peut nous laisser une légère impression de manque. Tout semble trop mécanique, trop formel, bien éloigné des passions de la vie de tous les jours, des mystères du « sentiment collectif » ou des moments « magiques » qui font naître des dynamiques de groupe incroyables.

Les mécanismes du groupe La tendance spontanée des individus à l’entraide, si surprenante et solide soit-elle, ne suffit pas à expliquer toute la complexité de l’entraide humaine, et encore moins à faire société !


Au-delà du groupe

Poursuivons notre enquête. Jusqu’ici, nous avons vu comment l’entraide pouvait émerger à partir d’actes individuels spontanément altruistes, puis comment elle s’était déployée dans les petits et les grands groupes grâce à différents niveaux de réciprocité. (voir au début de cet article, les liens des 3 premières parties.)

La question est maintenant de comprendre ce qui se passe à l’extérieur du groupe. Pour cela, il reste deux angles morts à éclaircir : quel rôle joue le « reste du monde » dans l’entraide à l’intérieur d’un groupe ? 

Et, surtout, quelles sont les conditions pour que des groupes s’entraident ?

Le principe du grand Méchant Loup


Pour souder une équipe, c’est bien connu, rien de tel qu’une menace extérieure. L’idéal est qu’elle soit clairement identifiable et qu’elle représente un réel danger pour le groupe. 

Schématiquement, il existe deux types de menaces
extérieures :
 

les autres groupes et un milieu hostile

Dans les deux cas, il s’agit pour le groupe de s’unir et de se coordonner pour mieux s’adapter à la menace : résister, combattre, innover, etc.

La compétition avec d’autres groupes

En 1961, le grand psychologue turc Muzafer Sherif publiait les résultats d’une expérience devenue célèbre, « l’expérience de la caverne des voleurs ». 

Pendant trois semaines, dans un camp d’été (au Robbers Cave State Park, dans l’Oklahoma, aux États-Unis), les chercheurs ont rassemblé 22 garçons de 11 à 12 ans (sociologiquement semblables, mais qui ne se connaissaient pas) et les ont répartis en deux groupes similaires. 

Pendant cinq à six jours, chaque groupe (séparément, sans savoir qu’il y avait un autre groupe) a pu faire émerger un sentiment d’identité (ils se sont donné un nom) et une hiérarchie grâce à des activités qui leur donnaient un objectif commun.

Dans un deuxième temps, les groupes ont été mis en compétition à travers plusieurs jeux (sports, activités en pleine nature, etc.), avec récompenses à la clé pour les gagnants. 

Les chercheurs ont observé deux choses pendant cette deuxième phase :   une augmentation nette de la motivation des participants et, simultanément, l’apparition de comportements altruistes et coopératifs à l’intérieur d’un groupe, ainsi que l’apparition d’attitudes négatives et hostiles envers les membres du groupe oppos

Les chercheurs ont observé deux choses pendant cette deuxième phase : 

une augmentation nette de la motivation des participants et, simultanément, l’apparition de comportements altruistes et coopératifs à l’intérieur d’un groupe, ainsi que l’apparition d’attitudes négatives et hostiles envers les membres du groupe opposé (par exemple, ils se charriaient, s’évitaient ou entonnaient des chants guerriers lorsqu’ils se réunissaient tous à la cantine le soir). 

Ces réactions devenaient particulièrement agressives
lorsque les deux groupes luttaient pour obtenir la même récompense ! 

Ce résultat s’est révélé généralisable à de nombreuses conditions (conflits réels, expériences à l’échelle d’un pays ou d’un petit jeu économique, etc.), au point de devenir une sorte de principe de base : 

un contexte de conflits inter-groupes renforce les relations intra groupes (l’entraide, l’altruisme, la solidarité, etc.) et provoque une plus forte identification des membres d’un même groupe !

Mais la compétition est coûteuse en énergie, car elle fait émerger des émotions fortes, comme la colère, la haine ou la culpabilité. 

Mais la compétition est coûteuse en énergie, car elle fait émerger des émotions fortes, comme la colère, la haine ou la culpabilité.

La « magie » cohésive de la compétition est de permettre aux membres d’un groupe de prendre conscience explicitement de leurs intérêts communs, et donc de s’aligner sur un même objectif. 

Cet effet est très puissant et aussi très sensible, puisqu’il apparaît même dans des groupes qui ne durent qu’un tour de jeu (sans possibilité de punition ni de réputation**.)

**cela me fait penser, à une expérience lors de candidatures un peu forcées pour faire une formation dans le cadre de mon insertion, la punition serait ici à titre d'exemple, qu'après un test de connaissances générales qui valide ou pas une connaissance sur la formation, voire même d'expliquer pourquoi je veux faire cette formation. La punition est ici, une sélection, il faut savoir que pour cette institution de la Région Bruxelloise, il y a un ratio d'environ 70/100 postulants à chaque fois que je candidate, mais, il n'y a que 13 places. Dans ce cas, il y a plus de rejets que d'entrées. Souvent, je réussissais mon test, puis devais me présenter motiver devant un jury qui lui juge ma réputation (test 2). Mais sa vision sur moi et mon parcours pro, ce discute en dix bonnes minutes, ses questions pinces, parce que Monsieur (ou madame) le formateur n'a qu'une vision de productivité, il ne me voit pas devant lui une personne talentueuse, courageuse, mais un mec de 56 ans. C'est déjà, un premier point d'exclusion. En général, il y a 80% de jeunes entre 20 et 30 ans et 20% des plus de 40 ans; et moi, je suis presque senior. Pour l'organisme de formation, leur choix est facile. Ils vont choisir plus des personnes jeunes pour lesquels, il sera plus facile qu'ils trouvent un job dès la fin de la formation. Il suffit de lire les rapports de l'association Solidarités Nouvelles Face au Chômage pour comprendre qu'il n'y a pas ou peu d'emplois à promouvoir aux plus de 50 ans même si les politiques souhaitent allonger l'âge de la retraite. **

https://snc.asso.fr/reseau-snc/publications

Avoir un bon ennemi sous la main est un moyen facile de faire naître la cohésion dans votre groupe. 

 

Avoir un bon ennemi sous la main est un moyen facile de faire naître la cohésion dans votre groupe

Mais comment fabrique-t-on un ennemi ?

Dans son livre au titre on ne peut plus explicite, La Fabrication de l’ennemi, ou comment tuer avec sa conscience pour soi, le spécialiste des affaires stratégiques et militaires Pierre Conesa montre bien comment l’ennemi est avant tout une construction (idéologique, stratégique, politique, etc.) qui joue un rôle primordial dans les sociétés humaines !

De nombreux penseurs ont théorisé cette dynamique, comme l’influent juriste et philosophe nazi Carl Schmitt, pour qui la fonction même du politique était d’établir une distinction entre ami et ennemi, c’est-à-dire de construire une identité contre un « autre. » L’ennemi, précise Conesa en analysant la pensée de Schmitt, « rend de multiples services.

Il fait fonction notamment d’anxiolytique par sa responsabilité
(réelle ou imaginaire) dans nos angoisses collectives. 

La fabrication d’un ennemi peut cimenter la collectivité, peut être une échappatoire pour une autorité en difficulté sur le plan intérieur ». Schmitt, comme tous les penseurs, est bien un produit de son époque !!

L’étape préliminaire à la fabrication d’un ennemi est la séparation

Avant d’aller guerroyer, il faut se construire un imaginaire du « nous et eux », fabriquer un épouvantail, « un autre soi-même qu’il faut “altériser”, noircir et rendre menaçant, afin que l’usage de la violence puisse apparaître légitime. »

Tout est bon ; la mythologie, les mots, les histoires, les théories anthropologiques, les idéologies, etc.

Le discours sur l’état de l’Union de George Bush, le 29 janvier 2002, désignant unilatéralement les trois pays de l’“axe du mal”, est un exemple contemporain de production artificielle d’ennemis par la plus puissante démocratie du monde. Depuis, cette grande puissance a pu s’inventer un épouvantail théorique global, la « lutte contre le terrorisme », à la fois pour justifier les guerres de prédation et pour favoriser sa cohésion nationale.

Dans de nombreuses sociétés, le sacrifice aidait le groupe à « dévier la violence collective vers un homme ou un animal. Le sacrifice préserverait ainsi l’unité du groupe. »

C’est le même rôle que jouent les boucs émissaires ou l’ennemi. 

La guerre, poursuit Conesa, « peut être analysée comme un rituel sacrificiel qui maintient, voire reconstitue, l’unité de la collectivité, qu’elle soit nation, camp, église, alliance ou groupe ethnique ». 

L’ennemi devient la victime sacrificielle qui soude le groupe.


Un environnement hostile 

Cependant, construire un ennemi pour exister n’est pas une fatalité ; c’est une facilité.

Des conditions environnementales difficiles ou des catastrophes naturelles peuvent provoquer le même effet de cohésion. La grande différence, quand on fabrique un ennemi humain, c’est qu’on ne joue pas la carte de la vengeance, c’est-à-dire de la réciprocité négative.

 

Des conditions environnementales difficiles ou des catastrophes naturelles peuvent provoquer le même effet de cohésion. La grande différence, quand on fabrique un ennemi humain, c’est qu’on ne joue pas la carte de la vengeance, c’est-à-dire de la réciprocité négative.     Mais il s’agit toujours de s’organiser, de résister et de se battre contre quelque chose.

Mais il s’agit toujours de s’organiser, de résister et de se battre contre quelque chose

En cas de coup dur, les bénéfices du groupe sont absolument vitaux. 

S’unir paraît indispensable, car il devient impossible de vivre seul. Collecte de nourriture, économies d’échelle, chaleur partagée, division du travail, garde des enfants, défense du groupe, etc. : les individus ont besoin les uns des autres !

 Dans les grands groupes (les pays, par exemple), la résistance à des conditions difficiles se traduit par un durcissement des normes sociales et rend les institutions beaucoup plus strictes.  

 
Un objectif commun à atteindre

Les menaces extérieures ont le mérite de définir clairement un objectif commun au groupe (détruire l’ennemi, survivre à une catastrophe, reconstruire, etc.). 

Très récemment, une équipe de psychologues et d’évolutionnistes a montré à travers une expérience que l’entraide au sein des groupes pouvait très bien être stimulée uniquement par la mise en place d’un objectif global commun... sans la présence de menace ni de compétition !

Les chercheurs ont donné à un groupe un objectif à atteindre, mais sans compétition avec d’autres groupes, et ont obtenu les mêmes effets de cohésion qu’avec la compétition.

Pour cela, il fallait que le défi mette en jeu un seuil à franchir (que l’objectif soit visible et quantifiable), de telle sorte, analysent les chercheurs, que les joueurs soient fortement motivés individuellement par ce défi (et pas forcément mus par une motivation collective !)

Le grand avantage de ce mécanisme, par rapport à la compétition, est qu’il évite les effets d’antagonisme (stress, mécanique identitaire, dénigrement des autres, etc.), car les joueurs sont motivés par le prix à gagner, et non par le désir d’enfoncer l’autre.

Il conviendrait désormais de revoir les dizaines d’études précédentes réalisées en conditions de compétition pour vérifier quelle est vraiment la nature de la motivation des joueurs (gagner le prix ou détruire l’autre ?), et d’analyser les éventuelles différences entre les individus, entre les cultures, entre les types d’éducation, entre les genres, etc. 

Une « super entraide » au sein d’un groupe n’est donc pas obligatoirement dépendante d’un sentiment de haine à l’égard des autres groupes. 

Il est tout à fait possible d’obtenir de bons niveaux d’entraide sans détériorer le regard ou les actes que l’on porte sur les membres des autres groupes. 

Les groupes peuvent-ils s'entraider ?

Revenons un instant sur l’expérience de la caverne des voleurs (le camp d’été). Après avoir forgé un esprit d’équipe, puis mis les groupes en compétition, les expérimentateurs ont demandé aux groupes rivaux de cesser la compétition et de coopérer pour résoudre des problèmes communs. 

Résultat ? Le simple contact entre les anciens groupes rivaux s’est révélé insuffisant pour réduire les attitudes négatives...

** c'est une attitude de concurrence entre ceux qui vont réussir (une mission, un objectif) et ceux qui pourraient le réussir mais à qui on ne donnera pas leurs chances pour une histoire de cv, de réputation, de sélections, de standing, de code postal, de genres...

Dépasser la compétition entre les groupes

Dans la dernière partie de son essai, Pierre Conesa se demande si l’on peut « déconstruire » un ennemi. ??

La réponse est positive, mais les manières qu’ont eues les humains de le faire sont variables, avec des succès mitigés :

réconciliation d’ennemis « héréditaires », création de commissions d’historiens à propos de génocides, expiation, amnistie, aveu, justice internationale, etc.

Schématiquement, pour déconstruire la rivalité entre deux groupes et les faire passer de la réciprocité négative (loi du talion) à la réciprocité positive (don et contre-don), il existe deux voies : 

  • soit l’un des deux prend les devants, 
  • soit chacun avance vers l’autre.

La manière unilatérale est plus facile, mais moins rapide : « Un changement de discours est une manière intéressante de déconstruction d’une hostilité. Mais les relations apaisées se tissent avec le temps, avec des rapports politiques plus qu’avec des déclarations. » 

 
La voie de réconciliation bi- ou multi-latérale est bien plus efficace, mais plus laborieuse.

L’exemple de l’Europe de l’après-guerre offre un cas de réconciliation à plusieurs (avec un lourd passé !) qui s’est fait dans un climat exempt de menace extérieure commune. L’Europe s’est bâtie très lentement, autour d’un consensus, dans un environnement d’abondance et de confort, sans environnement hostile. Un vrai défi !

** j'ai du mal avec les termes de l'auteur, pour moi, L'union Européenne est pro-capitaliste, elle est coupable en outre de complicités intra-politiques et de pratiques scandaleuses qui ont engendré depuis près de 30 ans déjà, une décadence économique infernale pour une grosse partie des citoyens dits européens. Je ne valide donc pas les mots 'abondance' et 'confort', je pense aux nombreuses personnes précaires qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, et au plus, il y a des crises comme cette dernière sur les augmentations scandaleuses des prix des énergies qui ont engendré une augmentation des prix des denrées alimentaires. Cette crise défavorise les petits indépendants comme les boulangers mais favorise de plus en plus la mal-bouffe et les multi-nationales internationales agro-alimentaires monopolistiques qu'au retrouve dans tous les hypermarchés qui prônent le bien manger ?**

Revenons une dernière fois sur l’expérience de la caverne des voleurs. La seule voie qui a permis aux deux groupes rivaux de basculer vers des relations coopératives a été le fait de trouver une raison d’être supérieure à eux tous : 

un nouvel ennemi/ concurrent** commun, des conditions difficiles ou un objectif partagé dans lequel chaque équipe pouvait bénéficier du résultat de l’entraide (co-construction).

Ces expériences montrent deux choses

D’abord, des groupes au passé conflictuel peuvent renoncer à leur rivalité : oui, c’est possible ! 

Ensuite, cela ne se fait pas tout seul ; il faut faire appel à des mécanismes qui ressemblent étrangement à ceux que nous avons décrits pour les relations entre individus.

Les mêmes mécanismes qu’au niveau inférieur

Ainsi émerge l’idée que les groupes (super organismes) réagissent comme des individus (organismes) : 

ils ont besoin de partager un sentiment de sécurité, de confiance et d’égalité/équité, d’assurer la stabilité de la réciprocité, etc. Ils sont même capables de se parler pacifiquement, de coopérer, de constituer des alliances (des groupes de groupes) ou carrément de former des « super-super organismes ».

L’un des points clés des relations entre les groupes, et qui n’est pourtant jamais discuté, est celui de l’égalité/ équité entre les membres

Pour les pays, c’est particulièrement criant. 

Selon l’économiste et juriste Leopold Kohr, ce qui fait la stabilité et la cohésion d’un pays comme la France est la taille relativement similaire de ses régions et de ses départements.

Selon cette théorie, la cause principale de la faiblesse de l’Europe serait la différence de taille entre les pays membres, laissant la possibilité aux quelques grands pays de dominer les autres (ce qui est profondément inéquitable pour une alliance comme l'Union Européenne).

En 1992, Freddy Heineken (le patron de la marque de bière) s’est mis en tête, pour éviter le retour de guerres fratricides absurdes, de diviser l’Europe en 75 régions de taille similaire en se basant sur les idées de Leopold Kohr – un projet qu’il nomma Eurotopia !

Mais le problème des grands groupes (ici, les pays) est bien évidemment leur démesure. 

Peut-on agrandir la taille des groupes à l’infini ? 

Peut-on faire coopérer toujours plus de groupes ? 

Un superorganisme peut-il croître indéfiniment ?

Une limite de taille

À la question des limites de taille, la biologie a déjà répondu depuis longtemps. 

Savez-vous pourquoi il n’existe pas de fourmis de six mètres de long, d’oiseaux de vingt mètres d’envergure ou de girafes de trois grammes ? 

Parce que, dans le monde réel, la taille des organismes se heurte à des contraintes physiques. Chaque organisme se développe dans des limites de taille bien précises et possède une échelle appropriée.

Par exemple, chez les oiseaux, la portabilité des ailes diminue au carré de leur taille : plus les ailes sont grandes, moins elles portent. Un grand oiseau devrait avoir d’immenses ailes, ce qui le rendrait trop lourd, d’autant plus qu’il aurait besoin de muscles surdéveloppés, ce qui n’arrangerait pas son poids...

C’est physiquement impossible.

Pour voler activement sans dépenser trop d’énergie, un oiseau doit donc être petit et léger. Comment font les condors et les albatros ? Ils rusent, ils ne battent presque pas des ailes et planent grâce aux courants ascendants.

L’idée n’est pas d’être petit à tout prix (cela aussi crée des problèmes), mais proportionné, à la bonne échelle. Au-delà et en deçà d’une taille optimale, il y a dysfonctionnement.

Ce principe est-il applicable aux groupes et aux sociétés ?

Certains penseurs répondent par l’affirmative !

Leopold Kohr est de ceux-là, tout comme Ivan Illich (La Convivialité), Ernst F. Schumacher (Small Is Beautiful) ou encore, aujourd’hui, Olivier Rey (Une question de taille). 

Kohr a constaté que les petites nations et les petites économies sont les plus paisibles, les plus prospères et les plus créatives.

Pour lui, tous les types de système politique et économique (socialisme, anarchisme, capitalisme, démocratie, etc.) sont susceptibles de fonctionner... à condition qu’ils soient à la bonne échelle, une échelle où les gens peuvent continuer à avoir une influence sur eux, d’autant plus que ces systèmes gouvernent leurs vies. 

Au-delà d’un certain seuil (dit « de convivialité »), toutes les organisations et les idéologies deviennent tyranniques.

Il en tire le principe que la taille d’une population est l’élément décisif des misères dont elle souffre, et résume cela en une phrase : 

« Dès qu’il y a un problème, c’est que quelque chose est trop grand ! 

Illich explique cela en ces termes :

« En chacune de ses dimensions l’équilibre de la vie humaine correspond à une certaine échelle naturelle. Lorsqu’une activité outillée dépasse un certain seuil défini par l’échelle ad hoc, elle se retourne d’abord contre sa fin, puis menace de destruction le corps social tout entier. [...] Si nous voulons pouvoir dire quelque chose du monde futur, dessiner les contours théoriques d’une société à venir qui ne soit pas hyper industrielle, il nous faut reconnaître l’existence d’échelles et de limites naturelles. L’équilibre de la vie se déploie dans plusieurs dimensions ; fragile et complexe, il ne transgresse pas certaines bornes. Il y a certains seuils à ne pas franchir. »

L’autre problème de taille se situe au niveau du coût énergétique et de la complexité sociale croissante.

En effet, le coût n’augmente pas de manière proportionnelle : chaque augmentation de taille et de complexité coûte proportionnellement plus cher que les précédentes. 

Dans une grande société interconnectée, les coûts d’administration, de distribution, de transport, de défense ou de communication sont devenus démesurés !

Gérer tout cela devient très difficile, voire impossible, pour une autorité centrale, laquelle réagit en renforçant son contrôle et son autorité, sans savoir que c’est précisément cela qui provoque sa perte...

Gérer tout cela devient très difficile, voire impossible, pour une autorité centrale, laquelle réagit en renforçant son contrôle et son autorité, sans savoir que c’est précisément cela qui provoque sa perte...

Plus la taille du groupe augmente, plus ses institutions doivent être solides, et plus elles deviennent aliénantes et « froides ».

Elles perdent leur taille humaine et souffrent de symptômes de leur démesure :

Prise du pouvoir par un petit nombre, échec de
la gestion
centralisée de la complexité croissante, apparition de l’indifférence et de relations utilitaristes entre les individus... 

Mais alors, si tout fonctionne mieux en petits groupes bien proportionnés, est-il encore possible d’envisager une entraide mondialisée à l’heure des grandes catastrophes ?

L’opportunité des catastrophes globales 

La question climatique est particulièrement intéressante, car elle met au défi notre capacité à coopérer à l’échelle du globe, ce qui constitue un moment unique dans l’histoire de notre espèce.

C’est une sorte de jeu économique à très grande échelle où les participants sont les grandes organisations humaines (États, multinationales, communautés, ONG, etc.). Sauf que, cette fois, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre !

Malgré le fait que nous connaissions les risques, les menaces et les enjeux, l’action coordonnée et efficace a été reportée depuis des décennies. 

Les acteurs des négociations n’ont pas réussi à créer un climat de confiance, d’équité et de sécurité, ni à créer des normes sociales et des institutions qui permettent de se coordonner en vue de la réalisation d’un objectif commun.

Le climat est typiquement un cas de dilemme social : le coût individuel des mesures à prendre est très grand comparativement aux bénéfices collectifs, perçus comme lointains et globaux.

Or, aujourd’hui, nos sociétés fonctionnent sur la logique – très problématique – des bénéfices individuels (privés) et des coûts collectifs (publics). 

Pour lutter contre le réchauffement, on compte sur l’exact inverse : des coûts individuels (pour chaque État ou chaque citoyen) et des bénéfices collectifs (une stabilisation du climat et un mieux-être global). Et l’on s’étonne que cela ne fonctionne pas !

Si, par exemple, notre pays s’engage dès aujourd’hui dans de courageuses et coûteuses mesures pour réduire l’extraction et la combustion d’énergies fossiles, mais que les autres pays ne suivent pas, les effets bénéfiques globaux seront ridicules, et les coûts pour notre pays seront immenses.

À l’inverse, si tous les pays agissent, sauf le nôtre, nous aurons les bénéfices... sans les coûts ! 

Dans ce cas de figure, le meilleur choix stratégique rationnel à court terme est d’attendre (que les autres agissent). Au risque d’attendre longtemps...

Premièrement, chacun voit le problème climatique à sa manière !

Certains croient encore qu’on peut « s’en sortir », d’autres ne croient plus en rien, d’autres se préparent activement ; certains développent un certain ressentiment alors que d’autres ont peur de savoir ou d’agir, etc. ** certains s'en foutent complètement !

L’imaginaire (la représentation du futur) est donc très différent selon les régions où l’on vit et selon les classes sociales. 

Nous sommes loin d’avoir un récit commun, première étape dans l’élaboration d’une membrane de sécurité et la mise en mouvement dans la même direction. La « raison d’être » d’un éventuel super-super organisme n’existe pas encore.

Deuxièmement, les négociations climatiques ont ceci de particulier que toutes les parties prenantes ne sont pas assises à la table des négociations. Il manque les « autres qu’humains » (animaux, plantes, champignons, bactéries, etc.), qui sont pourtant concernés au premier plan ; les humains qui ne sont pas représentés par des États, des multinationales ou des ONG (les peuples premiers, les habitants des pays non démocratiques ou oligarchiques, etc.) ; et, surtout, les générations futures !

L’économiste Partha Dasgupta, dans une synthèse sur le rôle de la confiance dans les négociations, concluait que « les chances que l’humanité soit capable de contrôler la concentration de carbone dans l’atmosphère dans des limites temporelles raisonnables ne sont pas grandes ». 

Toutefois, l’absence de conflits globaux majeurs laisse encore une petite chance à des « groupes » – ou à des « groupes de groupes » – de se coordonner, de mettre en place des normes sociales et de tisser un nouveau récit commun... en lien avec les autres habitants de la Terre.

laisse encore une petite chance à des « groupes » – ou à des « groupes de groupes » – de se coordonner, de mettre en place des normes sociales et de tisser un nouveau récit commun... en lien avec les autres habitants de la Terre.

 

Fin de la partie 4 

À lire aussi :

Partie 1 Au siècle dernier, notre monde est devenu extrêmement performant en matière de mécanismes de compétition.

Partie 2 Les mécanismes du groupe La tendance spontanée des individus à l’entraide, si surprenante et solide soit-elle, ne suffit pas à expliquer toute la complexité de l’entraide humaine, et encore moins à faire société !

Partie 3 L’esprit du groupe Cette revue des mécanismes qui font émerger l’entraide au sein d’un groupe (réciprocité, récompense, punition, réputation, normes,...) peut nous laisser une légère impression de manque. Tout semble trop mécanique, trop formel, bien éloigné des passions de la vie de tous les jours, des mystères du « sentiment collectif » ou des moments « magiques » qui font naître des dynamiques de groupe incroyables.

Aperçu du livre

« 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐢𝐝𝐞, 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐧𝐠𝐥𝐞 » 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐛𝐥𝐨 𝐒𝐞𝐫𝐯𝐢𝐠𝐧𝐞

 


 

 


 

** les commentaires et remarques viennent de moi, ce ne sont que mes points de vue !

Le sujet est vaste, je vous invite si vous avez lu cet article, jusqu'au bout, de débattre et de commenter ci-dessous, merci !

Eddy Vonck

Rédacteur bénévole de Psycho'Logiques

Eddy Vonck  Rédacteur bénévole de Psycho'Logiques

 

 










Commentaires