𝐉𝐞 𝐦𝐞 𝐬𝐮𝐢𝐬 𝐝𝐞𝐦𝐚𝐧𝐝𝐞́ 𝐬𝐢 𝐥𝐞𝐬 𝐫𝐮𝐦𝐢𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐬𝐮𝐢𝐜𝐢𝐝𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐦𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐭𝐢𝐞𝐧𝐭𝐬, 𝐪𝐮𝐞 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐚𝐯𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐫𝐨𝐠𝐞́𝐬 𝐚𝐯𝐚𝐢𝐭 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐜𝐞́ 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐞𝐧𝐟𝐚𝐧𝐜𝐞 ? Bessel van der Kolk
- Je me suis demandé si les ruminations suicidaires de mes patients, que nous avions interrogés avait commencé dans leur enfance ?
Au bout de trois ans de thérapie, deux tiers d'entre eux allaient nettement mieux !
Nous étions alors confrontés à la question suivante :
Quels étaient les sujets de notre étude auxquels la thérapie avait fait du bien, et ceux qui étaient restés au stade - autodestructeurs - et/ ou suicidaire ?
Nous avons trouvé quelques pistes en comparant leur comportement à l'âge adulte avec leurs réponses à notre questionnaire sur les ' antécédents traumatiques !'
Ceux qui étaient restés ' autodestructeurs ' m'avaient dit ne pas se rappeler s'être sentis en sécurité avec quelqu'un dans leur enfance : ils avaient été abandonnés, ballottés de foyer en foyer et, de manière générale,livrés à eux-mêmes !
J'en ai conclu que, si on se souvient d'avoir pu compter sur un proche rassurant dans ses premières années, les traces de cette affection antérieure peuvent être réactivées par des relations harmonieuses à l'âge adulte, que ce soit dans la vie quotidienne ou par le biais d'une bonne thérapie !
Mais, s'il nous manque l'impression profonde d'avoir été aimé et protégé, les récepteurs du cerveau qui réagissent à la gentillesse humaine peuvent ne pas se développer !
Si tel est le cas, comment peut-on apprendre à se calmer et à se sentir ancré dans son corps ?
Encore une fois, cela a de grandes conséquences sur la thérapie !
Notre étude a aussi confirmé qu'il existait une catégorie de traumatisés assez distincte des victimes d'accident et des vétérans pour lesquels le diagnostique du syndrome de stress post-traumatique avait été créé !
Certains patients, que j'avais étudié, y compris des enfants ne se rappellent pas forcément de leur traumatisme !
Ou du, moins, ils ne sont pas préoccupés par des souvenirs (**enfouis) précis de ce qu'ils ont subi, mais continuent à se conduire comme s'ils étaient toujours en danger !(** il y a aussi, l'inverse - ne pas voir le danger et en faire un déni - tout va bien, n'est-ce pas ?**
Les patients de cette catégorie, passent d'un extrême l'autre, ont du mal à rester concentrés, et ne cessent de s'en prendre à eux-mêmes ou et à leur entourage.
Leurs problèmes sont analogues, jusqu'à un certain point, avec ceux des anciens combattants; mais ils en différent aussi beaucoup du fait, que leur ' traumatisme infantile ' les a empêchés de développer certaines facultés mentales dont les soldats jouissaient avant d'être traumatisés !
les expériences traumatiques tombent souvent dans l'oubli, masquées par le temps, la honte, le secret et le tabou social ! Vincent FelittiJe suis chargé d'une nouvelle étude sur 525 patients adultes en cinq endroits des USA, pour voir si certaines populations souffraient de différents faisceaux de problèmes !
Nos patients se divisaient en trois groupes :
- les personnes qui, dans leurs enfances, avaient été abusées sexuellement ou maltraitées par leurs parents;
- les victimes de violences familiales récentes;
- et les gens qui avaient été traumatisés depuis peu par une catastrophe naturelle.
Il existait des différences claires entre ces groupes - notamment entre ceux placés au deux extrémités du spectre :
- les maltraitances infantiles
- et les rescapés de catastrophe naturelle.
Les membres du premier groupe avaient des problèmes :
- de concentration,
- se plaignaient d'être toujours à cran
- se dégoûtaient profondément !
- Ils avaient énormément de mal à négocier les relations intimes et oscillaient souvent des rencontres insatisfaisantes ou et à haut risque,
- d'une absence de rapports sexuels !
- Ils avaient tous des trous de mémoire importants,
- un comportement autodestructeur
- et beaucoup de soucis de santé !
Nous avions travaillé sur un nouveau diagnostic pour les victimes de traumatisme interpersonnel : le ' syndrome de stress post-traumatique complexe.' À notre grande surprise, ce diagnostic que nous avions fait approuvé à une écrasante majorité n'a pas été intégré dans la nouvelle édition du DSM.
Elle privait de très nombreux patients d'un diagnostic précis, et empêchait les chercheurs de développer scientifiquement des traitements adaptés à leur état : on ne peut pas créer un traitement pour un mal qui n'existe pas !?
L’absence de diagnostic plaçait les ' thérapeutes ' face à un grand dilemme : comment soigne-t-on les patients confrontés aux retombées de la maltraitance, de la trahison et de l'abandon quand on est forcé de coller d'autres étiquettes - dépression, trouble panique, bipolaire ou personnalité borderline - qui ne correspondent pas vraiment à leur mal être ?
Les séquelles de la maltraitance et de la négligence parentales sont bien plus courantes et complexes que celles des accidents de la route !
Plus les gens se sentent isolés et en danger, plus la mort leur paraît la seule issue ! Vincent FelittiPourtant, les décideurs qui ont forgé le système de diagnostic aux Usa, ont choisi de méconnaître cette évidence !
Platon exprimait :
qu'une société qui a besoin de bons médecins est une société malade, car si tout le monde était en bonne santé, il n'y a personne à soigner !
Mais ALORS à qui PROFITE le crime d'être ou pas malade ? **
Enfin, les scores élevés de Vincent Felitti et de son enquête sur les ' expériences négatives de l'enfance ' conduit à l'âge adulte à une longue liste de conduites à haut risque :
- tabagisme,
- obésité,
- grossesses non désirées,
- maladies sexuellement transmissibles, (partenaires sexuels multiple),
donc un nombre graves de problèmes de santé sont saisissant :
- la bronchite obstructive chronique,
- la maladie coronarienne,
- maladies hépatiques,
- cancers,
- emphysème,
- stress chronique...
Felitti attire l'attention sur le fait que ' l'obésité ', qui passe pour un grave problème de santé, peut être une solution pour bien des gens ! Pensez aux conséquences : si on confond une solution qu'un patient a adoptée avec un problème à supprimer, le traitement risque non seulement d'être inefficace - comme souvent dans les cures de désintoxication - mais de créer d'autres problèmes !
La recherche sur les effets des sévices infantiles raconte une autre histoire : les mauvais traitements ont un impact négatif durable sur le développement cérébral. Notre cerveau est sculpté par nos premières expériences, et la maltraitance le burine pour qu'il encaisse les coups, mais au prix de blessures profondes ! La maltraitance infantile n'est pas une chose qu'on surmonte ! C'est un mal que nous devons reconnaître et affronter si nous voulons lutter contre le cycle de violence dans ce pays ! Docteur Martin Teicher - Usa
Et l'étude sur les ' expériences négatives de l'enfance ' de conclure :
Il est particulièrement difficile de renoncer à une forme d'adaptation (comme fumer, boire, grossir, ou se droguer...), même si elle est largement considérée comme mauvaise pour la santé.
On tient assez peu du fait que beaucoup de symptômes nocifs à long terme peuvent être bénéfiques dans l'immédiat ! Les patients nous ont souvent parlé des bienfaits de - ces facteurs de risques ! -
L'idée qu'un problème puisse être une solution - même si, on le comprend, dérange bien des gens - et reflète la coexistence fréquente des forces opposées dans les systèmes biologiques... Bien dès fois, le problème apparent est seulement un marqueur du vrai problème qui est enfoui dans le passé, camouflé par la honte, le silence, voire l'amnésie du patient - et souvent, par la gêne du médecin !
Des recherches complémentaires continuent à paraître dans le monde entier, mais la réalité quotidienne des enfants maltraités aux Usa n'a presque pas changé (**idem en France et en Belgique !)
À ceci près, qu'ils se voient désormais administrer de fortes doses de psychotropes, ce qui les rend :
plus malléables mais nuit à leur aptitude au plaisir, à la curiosité, à se développer émotionnellement et intellectuellement, et à devenir des membres humains à part entière de la société !
Il existe des centaines de milliers d'enfants pareil à ceux que je vais décrire, et leur traitement absorbe des sommes énormes, souvent sans amélioration notable ! Ils finissent par remplir les hôpitaux, les listes des assistés sociaux ou et les prisons. Pour la plupart des gens, ils ne sont que des statistiques.
Des dizaines de milliers d'enseignants, d'éducateurs judiciaires, de travailleurs sociaux (souvent très mal rémunéré pour ce job en France et en Belgique**), de juges et de professionnels de la santé mentale passent leurs journées à tenter parfois de les aider, et c'est le contribuable qui paie la note !
Face à des problèmes aussi envahissant et à des parents aussi perturbés, on serait tenté d'attribuer (un peu vite**), leur état psychique dysfonctionnel à de mauvais gènes !
L'évolution des techniques donne toujours de nouvelles orientations à la recherche et, dès que les ' tests ADN ' ont été mis au point, la psychiatrie s'est efforcée de trouver des causes génétiques aux diverses maladies dites mentales. Cela semblait particulièrement pertinent pour la ' schizophrénie ' qui est une affection grave assez courante (touchant 1% de la population), une forme peu compréhensible de maladie et qui semble être d'origine familiale ! Pourtant, trente ans après des recherches très coûteuses, on n'a trouvé aucune empreinte génétique probante de la schizophrénie, ni, d'ailleurs, d'autres maladies psychiatriques.
Certains de mes collègues ont aussi beaucoup œuvré pour découvrir des facteurs génétiques prédisposant au stress traumatique ! Jusqu'à présent, ils n'ont pas donné de résultats tangibles !
Plus encore, les gènes ne sont pas fixes : des événements de la vie peuvent déclencher des signaux biochimiques qui activent ou inhibent leur expression via la ' méthylation ', un phénomène qui consiste à attacher des groupes d'atomes de carbone et d'hydrogène à leur partie externe, ce qui les rend plus ou moins sensibles aux messages du corps !
Mais si les événements de la vie peuvent changer le comportement du gène, ils n'altèrent pas sa structure fondamentale. Les profils de méthylation peuvent toutefois être transmis à un enfant par un processus dit ' épigénétique '.
Encore une fois , - les coups - s'inscrivent dans le corps, aux niveaux les plus profonds de l'organisme !
Nous commençons juste à comprendre que le ' stress ' affecte également l'expression des gènes chez les humains !
On a ainsi observé plus de changements épigénétiques chez des enfants dont les mères, lorsqu'elles étaient enceintes, avaient été coincées longtemps dans des maisons sans chauffage, en comparaison, des mères qui possédaient un logement chauffé !
Les disparités sociales et de classes peuvent être aussi associées à des profils épigénétiques nettement différents.
Des changements corporels majeurs peuvent être créés non seulement par des substances chimiques et des toxines, mais aussi par la manière dont le ' monde social ' parle au monde programmé ! Moshe Szyf
Avoir un système biologique qui produit sans cesse des ' hormones du stress ' face à des menaces, (réelles ou imaginaires), est la cause de problèmes physiques :
- troubles du sommeil,
- maux de tête,
- hypersensibilité au son et ou au toucher...
Être fortement agité ou très refermé empêche ces enfants de se concentrer !
Pour apaiser leur tension, ils se balancent, ou se font souffrir ( en se mordant, en se coupant, en se frappant ou en se brûlant).
Ils ont aussi des difficultés de coordinations motrice et de traitement du langage.
Comme ils dépensent toutes leur énergie à se contrôler, ils ont souvent du mal à prêter attention à des activités sans rapport direct avec la survie - tels les devoirs scolaires - et leur hyper excitation, les rend facilement distraits !
Avoir été trop souvent ignorés ou abandonnés, les pousse à s'accrocher aux autres - même à leurs bourreaux ! -
Comme, ils ont été - battus - violés - et de manière générale, maltraités, il ne peuvent d'empêcher de se considérer comme nuls et déficients.
Parfois, il y a une haine de soi en raisons de ces sentiments de nullité et d’insuffisance.
Faut-il s'étonner, que ces enfants traumatisés ne fassent confiance à personne ?
En plus, ils ont du mal à se faire des amis !
**alors, je vais répondre, lorsque j'étais assistant scolaire auprès d'enfants différents, (je n'aime pas ce terme handicapé), il y a plusieurs facteurs qui sont valables dans le monde des enfants mais aussi dans le monde des adultes. 1) l'équipe pédagogiques ne fait pas grand-chose pour inclure ses enfants problématiques; 2) les enfants sont dures, par peur, souvent mes élèves (ceux que j'avais en charge de 2014 à 2015), n'intégraient pas ces enfants dysfonctionnels dans leurs groupes d'amis. **
Pour ces enfants, à force de chercher sans cesse un réconfort, ils n'étaient pas joueurs ni explorateurs, de sorte en grandissant, ils n'étaient guère aventureux et pouvaient se montrer très nerveux.
La négligence ou et les brimades parentales précoces (** parfois aussi des enseignants) sont prémices de problèmes de comportement scolaires, annonciatrices de conflits avec les autres élèves (y compris les adultes) !
Malheureusement, ces enfants perturbateurs souvent incompris sont impopulaires, ils sont encore plus rejetés et punis (injustement), non seulement par leurs parents, mais également par leurs camarades et leurs enseignants !
Pour nouer de vraies relations, il faut pouvoir considérer les autres comme des êtres distincts, chacun avec ses propres motivations. Il est, certes, nécessaire de se défendre lorsque cela est urgent et utile pour soi; mais il faut arriver aussi à reconnaître que les autres (y compris la société civile**) ont leurs propres objectifs personnels de survie !
Sources : Bessel van der Kolk
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Le sujet est vaste, je vous invite si vous avez lu cet article, jusqu'au bout, de débattre et de commenter ci-dessous, merci !
** mes interventions et commentaires perso !
Eddy Vonck
Rédacteur bénévole de Psycho'Logiques







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