𝗔𝗻𝘁𝗼𝗻𝗶𝗼 𝗗𝗮𝗺𝗮𝘀𝗶𝗼 𝗻𝗼𝗺𝗺𝗲 ' 𝗣𝗿𝗼𝘁𝗼-𝗦𝗼𝗶 ', 𝗰𝗲𝘀 𝘇𝗼𝗻𝗲𝘀 𝗱'𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲𝘁𝗶𝗲𝗻 𝗰𝗲́𝗿𝗲́𝗯𝗿𝗮𝗹𝗲𝘀 𝗽𝗮𝗿𝗰𝗲 𝗾𝘂'𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗰𝗿𝗲́𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗮 𝗰𝗼𝗻𝗻𝗮𝗶𝘀𝘀𝗮𝗻𝗰𝗲 𝗻𝗼𝗻 𝘃𝗲𝗿𝗯𝗮𝗹𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝘀𝗼𝘂𝘀-𝘁𝗲𝗻𝗱 𝗹𝗲 𝘀𝗲𝗻𝘁𝗶𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗰𝗶𝗲𝗻𝘁 𝗱𝘂 𝗺𝗼𝗶 !
J'ai rencontré, dans un petit groupe de réflexion à Harvard, le neurologue Antonio Damasio, qui dans une série de livre, et d'articles brillants, a mis en lumière le lien entre les états corporels, les émotions et la survie !
Après avoir soigné des centaines de cérébro-lésés, il était fasciné par la conscience et par l'identification des zones du cerveau nécessaires à la connaissance des sensations, et il a consacré sa carrière à dresser la carte des zones responsables de l'expérience du moi.
Le ' sentiment même de soi ' à mon avis son livre majeur, a été pour moi une révélation. Damasio, commence à souligner le grand fossé entre le sentiment de soi et la vie sensorielle du corps !
Comme, il l'explique de façon poétique :
Parfois, nous utilisons notre esprit, non pas pour découvrir des faits, mais pour les cacher, en transformant en écran un recoin de l’Âme ! Une des choses que cet écran masque le plus efficacement est le corps, notre corps - j'entends par là ses profondeurs. Tel un voile jeté sur la peau pour protéger sa pudeur, il couvre en partie les états intérieurs du corps, ceux qui forment le cours de la vie dans ses pérégrinations quotidiennes !
En s'appuyant sur les travaux de William James un siècle auparavant, Damasio, affirme que le noyau de la conscience de soi repose sur les sensations physiques qui indiquent les états intérieurs du corps :
les sentiments primordiaux offrent une expérience directe du corps vivant, muet, sans ornement, qui est purement liée à la simple existence. Ces sentiments primordiaux reflètent l'état actuel du corps dans des dimensions diverses... Sur l'échelle qui va du plaisir à la douleur, et trouvent leur origine plutôt au niveau du tronc cérébral que du cortex. Toutes les émotions sont des variations musicales complexes de sentiments primordiaux !
Notre monde sensoriel commence à prendre forme dans le ventre maternel ! Nous sentons le liquide amniotique contre notre peau, entendons les bruits tenus de la circulation sanguine, tanguons et roulons au gré des mouvements de notre mère !
Après notre naissance, nos sensations physiques définissent notre relation aux autres et à nous même !
Nous commençons par être ' notre faim ', notre satiété et notre envie de dormir !
Une cacophonie de sons et d'images incompréhensibles afflue dans notre système nerveux encore vierge !
Même après l'acquisition de la ' conscience ' et du ' langage ', notre système de détection corporel nous renvoie à chaque instant un - feed-back - essentiel quant à notre état !
Son bourdonnement constant, nous transmet des fluctuations :
- dans nos muscles,
- nos membres,
- ou nos viscères
qui signalent la douleur et le bien-être, et des envies irrépressibles comme la faim et la soif !
Ce qui se passe autour de nous affecte nos émotions - un morceau de musique, une sirène - ou sentir un changement de température : tout cela déplace notre attention et amorce, à notre insu, nos pensées et nos actes ultérieurs !
La tâche du cerveau consiste : à surveiller et à écouter en permanence ce qui se passe en nous et autour de nous !
Ses évaluations sont transmises par des messages - chimiques dans la circulation sanguine, électriques dans les nerfs - qui entraînent des variations subtiles ou spectaculaires dans tout notre organisme !
En général, ces changements ont lieu de manière totalement inconsciente, les régions sous-corticales sont étonnamment efficaces pour réguler :
- la respiration,
- le rythme cardiaque,
- la digestion,
- les sécrétions hormonales
- et le système immunitaire !
Mais ces systèmes physiologiques peuvent être débordés si l'on est exposé à une menace continuelle, voire à la perceptions d'un danger.
Cela explique l'étendue de la gamme des ' troubles somatiques ' que les chercheurs ont relevés chez les personnes traumatisées !
Pourtant, le ' Moi conscient ' joue aussi un rôle vital dans le maintien de l'équilibre interne ! On a besoin de percevoir ses sensations et d'agir en fonction pour garder son corps en sécurité.
- Se rendre compte que l'on a froid incite à enfiler un pull;
- un creux à l'estomac pousse à prendre un en-cas;
- la pression d'une vessie pleine conduit aux toilettes !
Si toutes les structures cérébrales qui enregistrent les sensations profondes sont situées près des zones qui contrôlent les fonctions d'entretiens élémentaires :
- respiration,
- appétit,
- élimination
- et cycles veille / sommeil,
observe Damasio :
C'est parce que les effets des émotions et de l'attention sont entièrement liés à la tâche fondamentale de gérer la vie dans l'organisme... Il n'est pas possible de remplir cette fonction ni de maintenir l'équilibre ' homéostatique ' sans données sur l'état du corps !
Damasio nomme ' Proto-Soi ', ces zones d'entretien cérébrales parce qu'elles créent la connaissance non verbale qui sous-tend le sentiment conscient du moi !
En 2000, Antonio Damasio, dans un article publié dans ' science ', lui est ses collègues ont établi que revivre une forte émotion négative était source de changements importants dans les zones du cerveau qui reçoivent des signaux des muscles, de l'intestin et de la peau - des zones cruciales pour la régulation des fonctions corporelles de base !
Des scanners montrant que le rappel d'un événement émotionnel conduit à éprouver de nouveau les sensations viscérales endurées lors du choc traumatique initial.
Chaque type d'émotion provoquait une réaction caractéristique, différente des autres. Par exemple : telle partie du tronc cérébral était active sous l'effet de la tristesse et de la colère, pas du bonheur ni de la peur ! Toutes ces aires cérébrales sont situées sous le système limbique, celui auquel les émotions sont attribuées traditionnellement.
Pourtant, on perçoit leur intervention chaque fois qu'on utilise une formule qui associe au corps une émotion forte, comme l'expression - j'ai la gorge nouée !
Le système élémentaire du moi, dans le tronc cérébral et le système limbique, est massivement activé face à une menace d'anéantissement entraînant une terreur, doublée d'une excitation physiologique intense !
Pour les gens qui survivent à travers un traumatisme, ils sont coincés dans une situation de vie ou de mort; dans une peur paralysante ou même dans une colère parfois aveugle ou et retenue.
Leur esprit et leur corps sont souvent excités, comme s'ils couraient à travers un danger imminent ou intemporel. Ils sursautent au plus léger bruit et une (légère) irritation les contrarie. Parfois, ils souffrent de troubles du sommeil chroniques et ne prennent plus de plaisir en outre de manger. Un tel état est signe de grand désespoir !
Le terme ' autonomie ' désigne le sentiment d'avoir une certaine maîtrise sur sa vie : savoir où l'on se trouve, qu'on a son mot à dire dans ce qui nous arrive !
Certains traumatisés sont des hommes et des femmes qui autrefois étaient sûrs d'eux / d'elles mais depuis et souvent après un incident de vie traumatique perdent la boussole ! Et deviennent parfois coincés, impuissants, déboussolés, dans un cycle oscillant entre frénésies et immobilité !
Savoir ce qu'on ressent est le premier pas, pour savoir pourquoi on éprouve une telle impression !
Si on est conscients des changements constants qui ont lieu en soi et hors de soi, on peut mobiliser de l'énergie afin de réguler les impressions y compris les sensations désagréables qui se présentent à soi ! Mais on peut le faire que si la tour de guet alias le ' cortex préfrontal médian ', apprend à observer ce qui se passe en soi.
Notre instinct nous dit ce qui est sûr, protecteur ou menaçant, même si nous ne pouvons pas tout à fait expliquer pourquoi nous éprouvons certaine impression donnée !
Notre intériorité sensorielle nous envoie constamment des messages subtils sur les besoins de notre organisme !
Notre instinct nous aide aussi à évaluer ce qui se passe autour de nous ! Il nous met en garde contre un quelqu'un on ton sinistre, ou, nous souffle qu'une pièce exposée à l'ouest, entourée de lys, nous apportera un sentiment de sérénité !
La crainte entretient l'escalade jusqu'à ce que l'état d'urgence finisse par envahir tout le corps ! La peur naît des réactions primitives à / aux menace(s), lorsque soit la fuite est impossible ou même qu'on se sente impuissant à résoudre quelque chose consciente qui nous dérange et souvent, nous ronge jusqu'à ne plus savoir, comment s'en sortir !
La peur tiendra notre vie en ' otage ' tant que notre expérience viscérale n'aura pas changé (guérie !)
** je le rappelle, si dans votre milieu relationnel, vous n'êtes pas pris au sérieux lorsque vous vous permettez d'exprimer votre mal-être aux autres. L'exclusion sociétale existe, c'est un sujet très tabou dans notre société codifiée y compris dans certaines familles où on ne peut pas avouer ' que nous allons pas bien ! ' **
Ignorer ou déformer les messages de son corps a un prix : on devient incapable de détecter ce qui est vraiment dangereux pour soi !
L'autorégulation repose sur l'entretien d'une ' relation amicale ' avec son corps.
Sans elle, on doit s'appuyer sur une régulation extérieure :
- médicament,
- drogue,
- réassurance constante,
- et ou soumission compulsive aux désirs des autres ou et de soi-même !
Un grand nombre de mes patients réagissent au stress non en la voyant ou et en la nommant, mais par l'expression corporelle du corps qui lui s'exprime à travers nous :
- par des migraines,
- des crises urticantes dermatologiques,
- des crises d'asthme...
Un exemple :
Sandy, une infirmière quinquagénaire, m'a dit que, dans son enfance, elle se sentait délaissée, terrifiée, avait l'impression d'être invisible pour ses parents. Elle avait composé ce manque en développant une prévenance envers tous les gens dont elle dépendait (y compris moi, son thérapeute.) Mais chaque fois que son mari lui parlait avec un certain irrespect - durement- Sandy faisait une ' crise d'asthme ' Quand elle s'apercevait qu'elle était en train de suffoquer, il était trop tard pour recourir à un aérosol et il fallait l'emmener aux urgences !
Étouffer les appels à l'aide de son corps n'empêche pas les hormones du stress de le mobiliser !
Sandy avait beau ignorer ses problèmes relationnels en refoulant ses signaux de détresse, qu'ils se manifestaient autrement des symptômes criants !
Sa thérapie a consisté à repérer le lien entre ses émotions et ses sensations, et je l'ai poussée à faire de la boxe française. Pendant les trois ans où je l'ai suivie, elle n'est plus retournée aux urgences !
Les ' symptômes somatiques ' sans cause physique flagrante sont omniprésentes chez les traumatisés, autant chez les adultes comme pour les enfants :
- migraines,
- fibromyalgie,
- problèmes digestifs,
- dyspnée,
- cervicalgie, ou lombalgies chroniques...
la liste est longue !
Chez les enfants traumatisés, le taux d' 'Asthme ' est cinquante fois plus élevé que chez les autres ! Des études ont montré que le nombre des personnes asthmatiques et qui succombaient régulièrement à des crises, n'avaient jamais eu conscience d'avoir des problèmes de respiration !
** Je connais bien ce terrain, je l'ai fortement vécu entre de mes 6 ans à grosso modo 44 ans. Pour moi, les crises d'asthme font partie des maladies pulmonaires. Le docteur et psychiatre décrit très bien et maîtrise les sujets du traumatisme. Comme Sandy, je me sentais harcelé ou plutôt mes bronches saturées indiquaient une expression de douleur qui ne pouvait sortir de ma bouche vis-à-vis de mes parents et de ce qu'ils m'avaient infligé inconsciemment peut-être pendant plus de 40 ans d'existences où je n'avais pas la capacité thérapeutique, de comprendre, pourquoi j'étais souvent malade des bronches où qu'arrivaient des quintes de toux qui progressivement étaient devenues chroniques et même un inhalateur ne devenait plus efficaces. Dans un précédent article, je vous ai expliqué, que tous les médecins traitants de famille ne traitaient que le symptôme (ici, les toux) mais pas le terrain principal de ce symptôme (la violence verbale de mon père sur moi et plus !) Les maladies pulmonaires y compris les crises asthmatiques sont des signes d'une ' vie malheureuse ' non conscientisée ! Logique, un enfant de six ans ne peut faire un diagnostic que son père est un homme violent !**
Ma tante, qui avait un passé traumatique, était devenue, dans son veuvage, une troisième ' grand-mère ' pour nos enfants ! Venant souvent nous voir, elle parlait très peu et ses visites étaient marquées par de grande activité - elle faisait des rideaux, rangeait les étagères de la cuisine, cousait des vêtements pour nos petits !
Elle avait toujours envie de faire plaisir, mais, on n'avait du mal à savoir ce qui lui plaisait à elle !
Après quelques jours, d'échanges et de civilités, la conversation se tarissait et j'avais toutes les peines du monde à meubler les silences !
Quant, je la ramenais à l'aéroport, elle m'étreignait avec raideur, et mettais ses larmes sur le compte du vent !
Son corps éprouvait la tristesse que son esprit ne pouvait pas ressentir au moment où elle quittait les plus proches parents qui lui restaient !
Les psychiatres nomment ce phénomène l' ' Alexithymie ' - un mot qui désigne - l'incapacité à exprimer ses émotions !
Beaucoup de traumatisés ne peuvent simplement pas dire ce qu'ils éprouvent parce qu"ils n'arrivent pas à comprendre leurs sensations :
- ils peuvent avoir l'air furieux, mais nier qu'ils sont en colère !
- paraître terrifiés mais prétendre qu'ils vont très bien !
Incapable de discerner ce qui se passe dans leur corps, il ne sont pas en contact avec leurs besoins et peuvent avoir des difficultés à les satisfaire, qu'il s'agisse de manger au bon moment ou d'avoir leur dose de sommeil !
Comme ma tante, les alexithymiques remplacent le langage émotif par un remplacement parfois addictif d'actions - de faire des choses - parfois inconscientes - juste pour refouler - nier - que certains besoins plus personnels ne sont pas joyeux ou n'emplissent pas la vie de ma tante en tant que tel !
Au lieu d'avouer se sentir triste ou même colère, ils éprouvent une douleur musculaire ou tout autre symptôme d'origine non conscientisée comme dans mon exemple où l'enfant Eddy de 6 ans ne pouvaient ni conscientiser, ni comprendre les raisons de sa maladie.
Environ, trois quarts des ' anorexiques ', et plus de la moitié des ' boulimiques ' sont déroutés par leurs émotions et peinent à le décrire - ** pour les décrire, il faudrait déjà apprendre dès l'enfance, comment comprendre les émotions de notre organisme **
Refouler leurs émotions, leur avait permis de vaquer aux affaires du monde, mais ils l'avaient payé cher en apprenant à étouffer celles qui les avaient jadis bouleversés, au point parfois, de ne plus reconnaître ce qu'il peuvent à ce propos parfois ressentir lors de la venue d'une souche de flash-back que parfois, d'une main, on refuse de revoir ! Tellement, le flash-back peut-être très violent !
Le chercheur Paul Frewen, de l'université de Western Ontario, a pratiqué une série de scanners cérébraux sur des traumatisés alexithymiques.
' je ne sais pas ce que je ressens ', lui a dit l'un d'eux.
C'est comme si ma tête et mon corps n'étaient pas liés.
Je vis dans un brouillard, quoi qu'il arrive !
Comme beaucoup de traumatisés ont du mal à sentir ce qui se passe dans leur corps, ils ne peuvent pas réagir à la frustration de façon nuancée !
Confronté au stress, ils sombrent soit dans un état second, soit dans une colère folle !
Apprendre à discerner le rapport entre ses sensations et ses émotions est le seul moyen de guérir d'une alexithymie, de même qu'un daltonien ne peut accéder au monde des couleurs qu'en s'exerçant à distinguer les nuances de gris !
Comme ma tante et les patients, les alexithymiques répugnent d’ordinaire à le faire ! La plupart semblent avoir décidé inconsciemment qu'il vaut mieux multiplier les consultations et les traitements de maladies ' inguérissables ' que de s'attaquer à une - autre réalité - d'affronter la dure tâche de renouer avec les démons du passé !
Sources : Bessel van der Kolk
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Le sujet est vaste, je vous invite si vous avez lu cet article, jusqu'au bout, de débattre et de commenter ci-dessous, merci !
** mes interventions et commentaires perso !
Eddy Vonck
Rédacteur bénévole de Psycho'Logiques







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