๐ฃ๐ฎ๐ฟ๐ฎ๐บ๐ฒ̀๐๐ฟ๐ฒ๐ ๐ฑ๐ฒ ๐น๐ฎ ๐ฐ๐ผ๐ป๐๐ฐ๐ถ๐ฒ๐ป๐ฐ๐ฒ ๐ฒ๐ป ๐ฃ๐๐๐ฐ๐ต๐ผ๐๐๐ป๐๐ต๐ฒ̀๐๐ฒ ๐ฑ๐ฒ ๐ฅ๐ผ๐ฏ๐ฒ๐ฟ๐๐ผ ๐๐๐๐ฎ๐ด๐ถ๐ผ๐น๐ถ (partie 7) - (Connaissance de soi)
๐ฃ๐ฎ๐ฟ๐ฎ๐บ๐ฒ̀๐๐ฟ๐ฒ๐ ๐ฑ๐ฒ ๐น๐ฎ ๐ฐ๐ผ๐ป๐๐ฐ๐ถ๐ฒ๐ป๐ฐ๐ฒ ๐ฒ๐ป ๐ฃ๐๐๐ฐ๐ต๐ผ๐๐๐ป๐๐ต๐ฒ̀๐๐ฒ ๐ฑ๐ฒ ๐ฅ๐ผ๐ฏ๐ฒ๐ฟ๐๐ผ ๐๐๐๐ฎ๐ด๐ถ๐ผ๐น๐ถ - partie 7
๐ซ avant de lire cette partie 5, il est impรฉratif que vous lisiez ร votre aise, les chapitres prรฉcรฉdent 1&2&3&4&5&6 Eddy
๐(partie 2) - (niveaux de conscience / sur la voie du centre)
๐(partie 3) - (Ouverture ร l’inconscient)
๐(partie 4) - (Fonctions psychologiques.)
๐(partie 5) - (Rรดle de la Volontรฉ)
๐ (partie 6) - (Cadre Systรฉmatique)
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Psychosynthรจse : Bien plus fondamental que la dรฉcouverte de l'espace cosmique est celle de notre identification et potentiel, donnant lieu ร l'รฉlargissement de la conscience.
Le prรฉsent chapitre concerne directement les items quatre, cinq et six du diagramme de l'ลuf prรฉsentรฉ, c’est-ร -dire le champ de la conscience et ses niveaux, et le centre mรชme de cette conscience nommรฉ le moi personnel ou alors le Soi transpersonnel, y considรฉrant respectivement les domaines personnel et transpersonnel.
4. Le champ de la conscience
5. Le moi conscient ou soi personnel
6. Le Soi supรฉrieur, spirituel ou transpersonnel
les autres items sont
1. L'inconscient infรฉrieur
2. L'inconscient moyen
3. L'inconscient supรฉrieur ou supraconscient
7. L'inconscient collectif
๐ Le classement et les nomenclatures des niveaux de conscience varient selon les diffรฉrentes รฉcoles et auteurs en Psychosynthรจse.
La rรฉfรฉrence ร des niveaux ou stades de conscience ne doit pas รชtre comprise dans le sens linรฉaire du terme. Il ne s'agit pas d'une localisation ร proprement dite. On peut cependant imaginer le domaine conscient comme un spectre dont le rayonnement se prรฉsente avec des couleurs et intensitรฉs diffรฉrentes !
C'est dans cette perspective que l'on doit considรฉrer les niveaux distinctement identifiรฉs en psychosynthรจse par le biais du diagramme de l'ลuf oรน il est question des domaines conscient et inconscient ร des niveaux et dimensions distincts.
Le fait de considรฉrer diffรฉrentes prises de conscience plus ou moins amples ou et intenses et toujours passibles de modification ! Il y a, chez n’importe qui, possรจde des domaines ou stades plus ou moins conscients dont on doit tenir compte. Mais il ne serait pas correcte d'exprimer qu'il y aurait des individus, les uns conscients et les autres dรฉpourvus de conscience ???
Celle-ci est commune ร tous, quoique les degrรฉs soient diffรฉrents concernant la prise de conscience de chacun !
๐ซ avant de lire cette partie 5, il est impรฉratif que vous lisiez ร votre aise, les chapitres prรฉcรฉdent 1&2&3&4&5&6 Eddy
๐(partie 2) - (niveaux de conscience / sur la voie du centre)
๐(partie 3) - (Ouverture ร l’inconscient)
๐(partie 4) - (Fonctions psychologiques.)
๐(partie 5) - (Rรดle de la Volontรฉ)
๐ (partie 6) - (Cadre Systรฉmatique)
Ici, commence la partie 7
La Connaissance de soi
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
L’appel ร la connaissance de soi, est un requis fondamental pour l’identification et l’รฉpanouissement de l’รชtre humain, mais, cet appel est fort loin de constituer une nouveautรฉ !
Que l’on pense par exemple : aux mystรจres d’รleusis dans l’antiquitรฉ grecque ou ร la tradition alchimique trรจs florissante du Moyen-รge... oรน l’accent sur l’รฉpanouissement et au dรฉveloppement personnel semblent ร cette รฉpoque-lร , dรฉjร axรฉs sur la question de l’identitรฉ humaine.
Pourtant, il y a eu aussi, par la suite, des rรฉticences qui pรจsent dans le manque ou le peu d’attention pour la connaissance de soi qui รฉtait dรฉjร dispensรฉ.
Peut-รชtre, par rรฉaction surtout contre le gnosticisme, et en rapport avec l’idรฉalisme et un certain moralisme subsรฉquent.
Il y a eu une sorte d’aversion, voire un tabou historique gรฉnรฉralisรฉ envers l’objectif d’approfondir la connaissance de soi, d’oรน la remarque de Carl Gustaaf Jung :
« La nรฉcessitรฉ d’une connaissance de soi-mรชme est impopulaire ร l’extrรชme ! »
Jung y voit alors un sujet que : « la morale tourne en dรฉfinitif autour de cette ombre psychologique, que l’on s’efforce de nier et dont, ร tout le moins, personne ne parle volontiers ! »
Le caractรจre รฉsotรฉrique de certaines รฉcoles de pensรฉe, plus ou moins indรฉpendantes de l’orthodoxie prรฉdominante, ont parfois rendu suspicieux leur accent mis sur la connaissance de soi, y incluant plus spรฉcifiquement la question au sujet de notre identification, le : ‘qui suis-je ?’, de mรชme que l’injonction classique du : ‘connais-toi toi-mรชme !’
Toutefois, un tel questionnement et pareille directive s’avรจrent universels, en revenant toujours et partout !
La connaissance,
ou cognition, comme telle est bonne et libรฉratrice.
L’orthodoxie ou l’hรฉtรฉrodoxie concernant les diffรฉrentes gnoses restent l’objet controverse face aux diffรฉrentes perspectives, approches et croyances !
Il y a toute une variรฉtรฉ de concepts et d’attitudes par rapport ร la «gnose» en grec 'gnosis', que l’on traduit par connaissance.
Lorsqu’on parle de gnosticisme, il est question plutรดt du suffixe : «isme» qui dรฉnote une position extrรชme, oรน il y
a, par rapport ร la connaissance humaine, une absolutisation qui devient effectivement une forme de rรฉduction de la connaissance, ce qui se trouve souvent attribuรฉ aussi aux courants thรฉosophiques.
Hervรฉ Masson :
« le thรฉosophe connaรฎt Dieu de l’intรฉrieur et possรจde la Gnose immรฉdiate par quoi la divinitรฉ et l’univers n’ont plus de secret pour lui ! »
Pourtant, le fait de prendre globalement la ' gnose ' comme une hรฉrรฉsie du savoir correspond ร jeter le bรฉbรฉ avec l’eau du bain !
Avec Jacques Languirand et tout en suivant Raymond Ruyer :
« la gnose a รฉtรฉ, autrefois, une philosophie religieuse, mรฉlangรฉe de judaรฏsme, de christianisme et de tradition orientale, qui mettait l’accent sur la connaissance – une connaissance dรฉpassant les limites du rationnel-logique ! »
L’aspect le plus controversรฉ de la gnose a รฉtรฉ historiquement l’accent mis sur l’autosuffisance humaine concernant la connaissance, aussitรดt que l’on oublie ses aspects prรฉ-rationnel et trans-rationnel.
Par contre, il y a lร un aspect existentiel qui n’รฉcarte pas le souci d’une rรฉvรฉlation que l’on peut oui ou non trouver, mais qui ne dispense pas le recours ร toutes les virtualitรฉs du potentiel humain.
De pair avec maintes limitations que l’on puisse attribuer ร ses approches, la pensรฉe gnostique a eu le mรฉrite de prendre au sรฉrieux la connaissance de soi, tout en y voyant le fondement d’une philosophie de vie faisant appel ร une expรฉrience รฉsotรฉrique, c’est ร dire intรฉrieure et profonde !
Le souci manifestรฉ par rapport ร la connaissance de soi est effectivement commun ร toutes les cultures.
Selon le Confusionnisme, l’homme ne connaรฎt pas l’homme tant qu’il ne dรฉcouvre pas la bontรฉ de la nature humaine.
Lร -dessus, Confucius aurait ainsi exprimer :
« Il ne me dรฉrange pas que je ne soit pas connu; ce qui me tourmente c’est de pas me connaรฎtre moi-mรชme ! »
ร l’intรฉrieur de l’hindouisme, la connaissance de soi est fort prรฉconisรฉe.
Pour y arriver, il y a tout un systรจme รฉducative d’action et de concentration, le yoga respectivement adressรฉ :
- au corps (hatha-yoga),
- ร l’รขme (raja yoga),
- ร la connaissance (jnana yoga),
- au sentiment (bhakti yoga),
- et ร la volontรฉ (karma yoga ).
Dans le Bouddhisme, il y a la conviction de la bontรฉ humaine identifiรฉ ร la nature de Bouddha, prรชte celle-ci ร se manifester, en termes de connaissance de soi, par l’illumination.
Lao Tsรช Ching disait :
« Celui qui connaรฎt les autres est un sage; celui qui se connaรฎt soi-mรชme est un illuminรฉ ! »
Dans le Christianisme, la question ‘qui suis-je?’ se pose constamment comme nรฉcessaire et fondamentale chez bien de philosophes et mystiques, notamment ร partir d’Augustin.
Celui-ci remarque que :
« les gens s’en vont loin pour s’รฉmerveiller des hauts des montagnes, des ondes immenses de la mer, des larges courants des fleuves, de l’immensitรฉ de l’ocรฉan, des mouvement des รฉtoiles – mais ils ne s’aperรงoivent pas d’eux-mรชmes ! »
Augustin se manifeste รฉtonnรฉ de l’ignorance par
rapport ร nous-mรชmes :
« Il est quelque chose de l’homme qui ne connaรฎt pas : c'est l’esprit de l’homme qui est en lui ! »
Depuis la Renaissance et grรขce ร la mise en place progressive de nouvelles mรฉthodes scientifiques, on assiste en Occident ร un phรฉnomรจne croissant de distanciation concernant la faรงon traditionnelle d’envisager la nature, puis aussi en ce qui concerne l'humain !
De mรชme que le scientifique sent le besoin d'un certain retrait par rapport ร ses objets d'รฉtudes pour mieux les comprendre.
L'humaniste, qu'il soit anthropologue, sociologue, psychologue ou autre... se place face ร l'alternative d'accepter passivement certains modรจles dรฉpassรฉs, ou de remettre en question non seulement l'hรฉritage socioculturel mais ses lรฉgataires eux-mรชmes.
Les grands mouvements de libรฉration et d'รฉmancipation des derniers siรจcles tรฉmoignent bien d'un processus de prise de distance en vue d'une autonomie permettant une identification supรฉrieure, autant d'un passage d'une identification nรฉgative ร une identification positive, cette derniรจre รฉtant dรฉjร considรฉrรฉe comme une dรฉmarche vers l’auto-identification !
Un tel processus peut prendre place aussi bien dans une collectivitรฉ que chez un individu, et il se trouve conditionnรฉ par les motivations et dรฉmotivations inhรฉrentes ร chaque individu, ร chaque sociรฉtรฉ, ร chaque culture, ร chaque รฉpoque et ร chaque discipline !
Pour ce qui concerne la psychologie moderne, c’est ร noter que mรชme chez Freud la connaissance de soi semble รชtre la question fondamentale.
Tel que remarquรฉ par Abraham Maslow :
« la plus grande dรฉcouverte de Freud est celle-ci :
La grande cause des difficultรฉs psychiques est la peur de se connaรฎtre soi-mรชme, de connaรฎtre ses รฉmotions, ses pulsions, ses souvenirs, ses capacitรฉs, ses possibilitรฉs, sa voie ! »
Carl Gustaaf Jung fait voir que :
« la conscience individuelle ou conscience de moi est une conquรชte tardive de l’รฉvolution ! »
D’abord c’est la conscience de groupe qui prรฉdomine, laquelle, de nos jours, s’avรจre encore prรฉdominante !
ร son avis :
«notre conscience contemporaine n’est qu’un petit enfant qui commence ร peine ร dire ‘je’ ! »
En consacrant tout une de ses ลuvres ร la ' connaissance de l’รชtre humain ', Alfred Adler tient compte des implications touchant les rapports sociaux... tout en considรฉrant que :
« les hommes mรจneraient entre eux une vie bien meilleure si la connaissance de l’homme รฉtait plus grande ! »
Et se dรฉgage, selon lui :
« la nรฉcessitรฉ est le devoir, pour la collectivitรฉ, d’acquรฉrir et d’approfondir la connaissance de l’homme ! »
Celle-ci devient en mรชme temps une dรฉcouverte et un dรฉfi, une rรฉvรฉlation qui implique une transformation.
Alors, ce mรชme auteur est portรฉ ร conclure : que le plus difficile pour l'รชtre humain est de se connaรฎtre et de se transformer !
Roberto Assagioli, le fondateur de la psychosynthรจse pense que :
« la connaissance de l'homme est le point de dรฉpart pour toute la connaissance humaine ! »
On peut dire qu'une telle connaissance a รฉtรฉ effectivement le grand objectif de sa vie, voire sa grande passion !
En fait preuves, ses recherches et ses activitรฉs รฉtendues aux domaines :
- de la philosophie,
- de la mรฉtaphysique,
- de la spiritualitรฉ,
- de l'anthropologie,
- de la religion,
et surtout :
- de la mรฉdecine,
- de la psychologie
- et de l'รฉducation.
En 1907, Assagioli รฉcrivait :
Nous accueillons avec ardeur l'admonition sรฉvรจre gravรฉe
au dessus de la porte du temple de Delphes : ' connais-toi toi-mรชme ! '
En plus d’un simple accueil, il fait voir qu’il y est question d’en faire l’objet d’une orientation et expรฉrience existentielle :
« Cela ne veut pas dire tout simplement : ‘analyse tes pensรฉes et sentiments, examine tes actions’; il signifie aussi et avant tout ‘รฉtudie ton Soi le plus intime, dรฉcouvre ton vrai รชtre, apprends ton pouvoir merveilleux’ ! »
En 1910, tout au dรฉbut de sa carriรจre de psychiatre, Assagioli insiste sur le sujet avec conviction que : la connaissance de soi est le commencement et la fin de toute la sagesse humaine !
Plus tard, en 1922, il y revient plus spรฉcifiquement avec son travail intitulรฉ : L’รฉtude de soi !
Convaincu que :
« nous nรฉgligeons de chercher ร savoir ce que nous sommes et qui nous sommes, de chercher ร nous connaรฎtre nous-mรชmes et ร nous possรฉder ! »
Dans une de ses notes personnelles, on trouve cette
remarque :
« Nous vivons en รฉtrangers par rapport ร nous-mรชmes. Nous ne nous connaissons pas. Nous ignorons la partie la plus haute et la plus prรฉcieuse de nous-mรชmes : notre รขme ! »
Il remarque, en plus : combien une telle ignorance nous place ร l’รฉcart de nous-mรชmes :
« Gรฉnรฉralement, nous sommes 'hors de nous-mรชmes', hors de notre รชtre rรฉel, distraits par mille sensations, impressions, prรฉoccupations, souvenirs, projets d'avenir ! »
C’est notre responsabilitรฉ d’รชtre รฉgal ร nous-mรชmes et cela doit รชtre notre premier objectif !
Mais Assagioli ne se contente pas de soulever le problรจme de l'identitรฉ humaine, et moins encore de regretter l'affligeante rรฉalitรฉ de l’ignorance de l'รชtre humain, face ร la question cruciale de l'identitรฉ de soi.
Il fait de la psychosynthรจse une psychologie de l'รชtre guidรฉe par le postulat de la connaissance de soi !
Au moyen de son approche, Assagioli se range parmi les
pionniers de la psychologie humaniste et existentielle reprรฉsentรฉe surtout en Amรฉrique du Nord, notamment par Gordon Allport, Abraham Maslow et Eric Fromm dont les ลuvres sont caractรฉrisรฉes par l'attention tant ร l'expรฉrience
d'identification qu'ร son concept.
L’approche assagiolienne devient une expression originale et un certain aboutissement du mouvement humaniste existentiel reliรฉ ร une nouvelle prise de conscience sur l’identification humaine, auparavant moins facilitรฉe par l'รฉtat de la culture, tout en contribuant ร une prise de conscience et une รฉmancipation de nos jours plus fortement gรฉnรฉralisรฉe, quoique parfois superficiellement enracinรฉe !
1 - Anthropologie sous-jacente
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Le fait de la bontรฉ ontologique de la nature humaine est devenu une thรจse philosophiquement et psychologiquement dรฉfendue ou plus moins rejetรฉe, autant dans la pensรฉe orientale que dans la pensรฉe occidentale.
Ainsi, le confucianisme tel que prรฉsentรฉ dans la philosophie de Mencius, fait appel ร la moralitรฉ :
« non pas parce qu'il faut que nous soyons bons, mais
parce que notre nature (humaine), est la dimension fondamentale de l’humanitรฉ, spontanรฉment s’exprime en termes de bontรฉ ! »
Contrairement ร Mencius, Hsun Tzu considรจre fondamentalement mauvaise la nature humaine, tandis
que Kao Tzu la considรจre ni bonne ni mauvaise en tant que telle !
Alors que l’รฉcole de Chuang Tzu prรดne que la nature humaine est au delร du bien et du mal.
Tu-Way-ming fait voir que dans la philosophie traditionnelle du confucianisme :
« les รชtres humains ne sont pas tout simplement des animaux rationnels; ils sont des รชtres qui intรจgrent dans un tout esthรฉtique, politique, social, historique et le mรฉtaphysique ! »
Roberto Assagioli, de pair avec Abraham Maslow, Carl Rogers, et les principaux reprรฉsentants de la psychologie humaniste en gรฉnรฉral, importe ร son approche psychologique ' La Psychosynthรจse ' une conception optimiste axรฉe sur une philosophie qui prรดne la bontรฉ et la beautรฉ fonciรจres du genre humain !
Assagioli n’oublie pas pour autant l'existence de forces conflictuelles :
« Prendre en considรฉration seulement les cรดtรฉs positifs, en nรฉgligeant les aspects nรฉgatifs de la nature humaine, est insuffisant - et cela justifie l'hostilitรฉ qui rencontrent souvent les conseils superficiellement optimistes sur le moyen de parvenir ร la paix de l'esprit ! »
L’optimisme reconnaรฎt le mal lร oรน il existe, mais il le fait dans une attitude positive !
La bonne ou la mauvaise utilisation de notre potentiel provient de la libertรฉ et fait appel ร la responsabilitรฉ !
Cela ne contrarie pas le principe scholastique de : l’esse qua esse bonum est = ' l’รชtre en tant que tel est bon ! ', la bontรฉ essentiel de l’รชtre, รฉtait d’ailleurs dรฉjร proclamรฉe
dans le Confucianisme, par Mencius, plusieurs siรจcles avant l’รจre chrรฉtienne !
Dans la pratique, il n’est pas toujours question de tout ร fait remplacer un dรฉfaut par sa vertu opposรฉe.
Dans un degrรฉ ou l’autre, l’un et l’autre sont souvent prรฉsents au niveau de la personnalitรฉ, plus ou moins รฉgoรฏste et orgueilleuse, mais en mรชme temps on reste altruiste et l’humble, au moins au niveau du Soi transpersonnel.
L’important, c’est de reconnaรฎtre les deux polaritรฉs, tout en y considรฉrant la possibilitรฉ des qualitรฉs de nos dรฉfauts, aussi bien que des dรฉfauts dans nos qualitรฉs, tout en essayant de rรฉduire le mal et progresser dans le bien !
Assurรฉment, une conception positive de la nature humaine ne doit pas constituer prรฉtexte pour minimiser la tendance du mal chez l’รชtre humain !
Jung considรจre une telle tendance :
« infiniment plus lourde qu’il n’y paraรฎt ! »,
tout en รฉtant :
« ร tort qu’elle est sous-estimรฉe ! »
Cela fait appel ร la dรฉcouverte de l’aspect ombreux de la personnalitรฉ destinรฉ ร รชtre รฉclairรฉ et intรฉgrรฉ, d’oรน sa remarque :
« Nous n’atteindrons jamais notre totalitรฉ si nous n’endossons pas les obscuritรฉs qui sont (vivent) en nous ! »
Cependant, on pourra utiliser une mรฉtaphore de mine actuelle et dire que l’ordinateur (le centre de conscience) est correct, mรชme quand les programmes (les contenus bio-psychiques) peuvent faillir.
Kahlil Gibran s’exprime :
« Vous รชtes bons lorsque vous รชtes un avec vous-mรชmes. Pourtant, lorsque vous n’รชtes pas un avec vous-mรชmes, vous n’รชtes pas mauvais ! »
Il ajoute encore la remarque suivante :
« Vous n’รชtes pas nรฉcessairement mauvais
lorsque vous n’รชtes pas bons ! »
Par contre, Assagioli n’a pas explicitement dรฉveloppรฉ un cadre thรฉorique soutenant une anthropologie particuliรจre.
Toutefois, il y a une anthropologie sous-jacente ร sa pensรฉe caractรฉrisant son systรจme psychologique. Elle mรฉrite d’รชtre identifiรฉe pour des raisons de clartรฉ, faute de quoi son systรจme psychosynthรฉtique risque de se perdre dans la
confusion de l'arbitraire.
Au prime abord, on peut avoir l’impression ou mรชme conclure que la psychosynthรจse est axรฉe sur un modรจle dualiste.
En fait, les dรฉsignations et distinctions systรฉmatiquement utilisรฉes en termes ou ressemblance de polaritรฉs et opposรฉs, tels que :
- moi et Soi,
- personnel et transpersonnel,
- conscient et inconscient,
se prรชtent, au moins d’emblรฉe, ร une telle perception.
Ce modรจle semble caractรฉriser plutรดt une phase รฉlรฉmentaire de la psychosynthรจse !
Effectivement, tant que prรฉdominent les รฉlรฉments de ce
qu’Assagioli nomme “ la personnalitรฉ ordinaire”, il y a la tendance ร sentir et ร rรฉagir non seulement en termes de dualitรฉ, mais de dualisme pratique !
Plus caractรฉristique encore de la pensรฉe assagiolienne et donc de son approche psychologique semble, au prime abord, un modรจle hiรฉrarchique.
Dans le ' diagramme de l’ลuf ' prรฉsentรฉ au cours du premier chapitre, il y est question de :
- ' Soi supรฉrieur '
et de ' moi infรฉrieure ',
ainsi que des niveaux :
- infรฉrieurs,
- moyens
- et supรฉrieurs
et autant de la conscience que de l’inconscient.
Assagioli y offre une sorte d’axe centrale ou ' รฉchelle de Jacob ' qui devient l’attirance et le dรฉfi permanents de toute la dรฉmarche psychosynthรฉtique !
Tout en considรฉrant les composantes humaines :
- corps,
- รขme
- et esprit,
le systรจme Assagiolien s’avรจre particuliรจrement hiรฉrarchique, donnant :
ร l’รขme une supรฉrioritรฉ sur le corps,
ce qui est trรจs commun non seulement dans la philosophie orientale, mais aussi dans ร la pensรฉe chrรฉtienne en Occident !
Cela semble cependant toucher la forme plutรดt que la pensรฉe.
C’est un modรจle intรฉgrateur, celui qui caractรฉrise effectivement le systรจme psychosynthรฉtique.
Avec Riane Eisler, il faut bien faire la distinction entre les hiรฉrarchies de domination et les hiรฉrarchies d’actualisation, celles-ci toujours en rapport avec l’inclusion en tant que terme de la ' diffรฉrentiation ' et de ' l’intรฉgration '.
L’รฉchelle y est pour que nous puissions nous en servir et non pas pour y voir une gradation qualitative !
Si au lieu d’une รฉchelle on illustre les diffรฉrentes composantes de l’humain par des cercles concentriques, il y aura alors le sens de l’intรฉgration dans le tout, plutรดt que celui d’une hiรฉrarchie discriminatoire.
Cela va effectivement ร la rencontre du sens originel du
mot hiรฉrarchie composรฉ des termes yeros (sacrรฉ) et arch (autoritรฉ), au sens d’un pouvoir qui pรฉnรจtre tout et intรจgre en mรชme temps !
Il n’y est pas question de confondre la bontรฉ avec
la perfection, mais d’affirmer l’intรฉgritรฉ ontologique de la nature humaine !
Cela fait penser ร la doctrine nรฉoplatonicienne, laquelle malgrรฉ sa teneur dualiste fait preuve d’un optimisme radical au sujet de la partie supรฉrieure de l’รขme jamais affectรฉe par le mal !
La conception anthropologique soutient l'approche psychologique d'Assagioli, on peut voir avec Sebastiano Tilli, des inspirations ou une affinitรฉ, avec les concepts philosophiques d'Edmund Husserl et de Martin Heidegger.
C'est de considรฉrer encore l'effet initialement subi sous l’influence des travaux d’Edward Carpenter, Hermann Keyserling, Evelyn Underhill et de Richard Bucke, aussi bien que les apports plus ou moins directs provenant de la
pensรฉe orientale.
C’est ร considรฉrer en plus l’appartenance hรฉbraรฏque du
thรฉoricien du systรจme psychosynthรฉtique et donc l’impact de la pensรฉe juive dans sa conception anthropologique !
Compte tenu de la spรฉcificitรฉ du Soi et du caractรจre bio-psycho-spirituel de la nature humaine caractรฉristiques ร l’approche assagiolienne,
Laura Boggio Gilot y voit une anthropologie ร la fois :
holistique : oรน la nature humaine et universelle sont identiques et se trouvent en interaction;
holographique : ayant des niveaux diffรฉrentiรฉs mais fondamentalement identiques;
hiรฉrarchique : y incluant des degrรฉs complรฉmentaires d’organisation et d’expression ;
transcendante : oรน la vie est le fruit d’un principe transpersonnel.
En termes de psychosynthรจse, il faut comprendre le principe de la complรฉmentaritรฉ des domaines :
- individuel,
- interindividuel
- social,
- et universel,
y considรฉrant le niveau personnel et le niveau transpersonnel.
Le fait d’isoler ces รฉlรฉments les uns des autres ou de les opposer priverait l’approche psychosynthรฉtique de donnรฉes constitutives et propres ร sa spรฉcificitรฉ anthropologique.
L'homme Assagiolien vรฉhicule une
conception 'holistique'
ou
systรฉmique qui s’intรจgre
au sein de la sociรฉtรฉ et de l'univers.
Bruno Caldironi cite :
« cet homme, bien qu'unique et ineffable dans son individualitรฉ, ne peut vivre isolรฉ, puisqu'il entretient des rapports d'interdรฉpendance et de subordination avec d'autres individus, avec la sociรฉtรฉ, et avec la propre vie universelle ! »
ร la hauteur du Soi transpersonnel, l’individualitรฉ et l’universalitรฉ se rencontrent sans confusion ni exclusion !
Limiter la psychosynthรจse ร la pathologie c’est faire du rรฉductionnisme; exclure le pathologique c’est embarquer dans l’idรฉalisme !
La foi dans le Soi est dรฉjร une lueur de sa lumiรจre, quoique la voie ร parcourir reste parsemรฉe de creux plus ou moins obscures.
Nรฉanmoins, la conviction de la bontรฉ essentielle et la conscience du potentiel humain, deux caractรฉristiques de l'anthropologie assagiolienne semblent constantes et ont tendance ร prรฉvaloir autant dans l’รฉducation que dans la rรฉรฉducation psychosynthรฉtique.
La conception positive de l’รชtre humain fonciรจrement
reliรฉe ร celle du Soi, dont la rรฉalitรฉ est simultanรฉment perรงue comme individuelle et collective, particuliรจre et universelle, rende insรฉparables et conjointement positives, avec l’anthropologie, autant dans la sociologie que dans la cosmologie.
La psychosynthรจse fondamentale syntonise ainsi, avec la mรชme dynamique, les dimensions individuelle, sociale et universelle.
Dans cette perspective, Assagioli considรจre son approche comme รฉtant rรฉvolutionnaire, dynamique et crรฉatrice !,
Le systรจme Assagiolien apporte un regard hautement positif de l’humain accompagnรฉ de la perspective et de l’exigence d’un rapport harmonieux entre l’individuel, le social et l’universel !
2 – L’รฉnigme de l’identification
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Grande serait la tรขche en vue d’un exposรฉ sur la pensรฉe des principaux auteurs donnant origine aux modรจles de l’identification humaine.
Il semble cependant important d'offrir un fil historique, un sommaire de donnรฉes portant ร mieux comprendre la pensรฉe d’Assagioli, tout en situant ainsi son ' approche psychologique ' dans un contexte plus vaste.
Cela apportera au ' modรจle psychosynthรฉtique ', conjointement des clarifications et une plus grande cohรฉrence et consistance, au moins en termes d'un cadre conceptuel !
Tout ce qui vient d’รชtre prรฉsentรฉ au sujet de la connaissance et des voies se revรชt d’implications majeures, lorsqu’il y est question de traduire conceptuellement : l’identitรฉ humaine.
Deux grands modรจles s’รฉmanent de diffรฉrents courants de la pensรฉe, qui mรฉritent d’รชtre รฉtudiรฉs, dans la mesure oรน ils tendent ร conditionner, favorablement ou non, la connaissance de soi !
Il s’agit :
du modรจle dichotomique ou binaire,
et
du modรจle trichotomique ou trinitaire,
lesquels on passe ร considรฉrer dans leur genรจse et en rapport avec la psychosynthรจse !
2. 1 Modรจle dichotomique: corps-รขme.
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
L’hรฉritage culturel se trouve plein d’ambivalences en ce qui concerne les concepts, l’origine, les rapports, aussi bien que les attitudes consรฉquentes envers la dyade รขme-corps.
La plupart du temps, elle s’y trouve associรฉe aux polaritรฉs esprit-matiรจre.
Le modรจle dichotomique ' corps-รขme ' prรฉvaut surtout dans la philosophie orientale en gรฉnรฉral, et parfois, il y est affirmรฉ
comme dualisme radical, en particulier dans le manichรฉisme. La tradition vรฉdique de l’Orient tends ร dรฉvaloriser le corps jusqu’au mรฉpris, par rapport ร l’รขme y considรฉrรฉe, elle seule, la source de l’identification humaine.
Au-delร des apparences et des doctrines plus รฉlรฉmentaires il y a la conscience, ce n'est pas une disparition, mais plutรดt d’une transformation donnant lieu au ' corps de lumiรจre ' !
C’est bon de noter la limite, le bouddhisme prรดne le
dรฉpassement de la dualitรฉ et rejette le dualisme, lorsqu’il prรฉsente comme but : l’affranchissement de toutes les oppositions menant ร l’expรฉrience ultime de l’unitรฉ rรฉelle.
Bouddha aurait parlรฉ ร ses disciples d’un corps incorruptible crรฉรฉ ร partir du corps corruptible, tout en รฉtant alors le corps
incorruptible douรฉ de facultรฉs transcendantales !
La philosophie du Hatha-Yoga (le Yoga de la terre) promeut l’union avec le Soi transpersonnel par le biais du corps physique, alors conรงu comme un moyen et non pas comme un obstacle ร l’รฉvolution de l’esprit !
En Occident, la pensรฉe grecque est fortement marquรฉe par une vision dualiste, contrairement ร la pensรฉe juive caractรฉrisรฉe par une conception plus unitaire, tandis que la tradition chrรฉtienne s’avรจre inspirรฉe de toutes les deux.
On trouve le modรจle binaire chez des auteurs occidentaux,
nommรฉment dans les philosophies de Platon, dans le nรฉo-platonisme.
La pensรฉe chrรฉtienne a progressivement valorisรฉ le modรจle ou conception dichotomique.
La mystique islamique tend รฉgalement ร considรฉrer le corps comme une simple robe de l’รขme, voire le lieu de son exile. Il y a toute une spiritualitรฉ qui glisse dans le spiritualisme dualiste, portant alors ร considรฉrer l’รขme comme un oiseau renfermรฉ dans le cachot de la matiรจre !
Carl Gustav Jung, bien informรฉ sur la pensรฉe occidentale et orientale, remarque : « combien, on a รฉtรฉ รฉduquรฉ ร voir dans le corps non plus un ami douteux ! »
Toutefois, malgrรฉ la portรฉe de la tendance dualiste, Jung se montre convaincu que :
« personne aujourd’hui ne pourrait oser fonder une psychologie sur l’hypothรจse d’une รขme autonome et indรฉpendante du corps ! »
La psychologie, surtout dans le courant transpersonnel, rรฉagissant contre le monisme matรฉrialiste, semble parfois
fort teintรฉe du dualisme gnostique.
Une fois prise ร la lettre, la formule assagiolienne de dรฉsidentification :
« j’ai un corps,
mais je ne suis pas mon corps ! »,
souvent utilisรฉe, en un exemple !
Une telle dรฉsidentification concernant le corps peut tomber dans une ambiguรฏtรฉ, ou dรป moins, dans un ' dualisme utilitariste '.
Assagioli ne semble pas loin d’une telle position, lorsqu’il se sert de la mรฉtaphore suivante :
« L’automobile peut รชtre facilement considรฉrรฉe - on pourrait presque dire vรฉcue- comme symbole du corps et aussi de toute la personnalitรฉ, donc le moi conscient peut utiliser. »
C’est de mรชme quand il conรงoit le corps comme :
« un instrument prรฉcieux d’action et d’expรฉrience du
monde extรฉrieur, mais seulement un instrument qui en fin de comptes - n’est pas moi-mรชme ! »
Ailleurs, tout en insistant de ne pas nous identifier avec notre corps et de le considรฉrer “comme un instrument”, Assagioli finit ร faire l’appel ร une attitude indulgente !
Pourtant, le concepteur de la psychosynthรจse rejette clairement le matรฉrialisme organiciste. Dรฉjร en 1929, il s’attaquait aux prรฉjugรฉs matรฉrialiste du siรจcle dernier, selon lequel la psychรฉ, l’รขme, n’รฉtait qu’une simple sรฉcrรฉtion du corps !
John Firman fait remarquer l’influence sur Assagioli des systรจmes de la pensรฉe nรฉoplatonicienne et gnostique ร travers le courant thรฉosophique.
Il y voit toute une tendance commune ร :
“considรฉrer la personne humaine comme un ‘soi avec un corps’, plutรดt que d'une ‘unitรฉ soi-corps’ ร caractรจre holistique.”
Cela porte Firman ร voir chez l’auteur de la psychosynthรจse une propension vers une conception nettement dualiste ร caractรจre gnostique, au point de considรฉrer : “ dรฉpourvue du fondement ontologique l’unitรฉ corps et soi.”
En effet, il semble avoir dans le langage Assagiolien une nette coloration dualiste qui se reflet dans son systรจme psychosynthรฉtique, notamment au sujet du processus de
dรฉsidentification.
Cela peut plaire ร une conception plus ou moins gnostique de la nature humaine !
Cependant, on peut relativiser un tel langage.
Le dualisme chez Assagioli semble en effet plus proche du vocabulaire utilisรฉ que du cลur de sa pensรฉe en disant :
«C'est de la nature de l'Esprit d'รชtre au dessus de tout dualisme et conflit. Il est Unitรฉ. L'esprit renouvelle, coordonne, harmonise et unifie, lร oรน il est prรฉsent et actif ! »
La charniรจre du problรจme n’est pas au niveau de la distinction entre corps et รขme, mais dans leur sรฉparation ontologique.
Nous sommes toujours par nature l’un et l’autre, indรฉpendamment d’en avoir ou non autant la conscience que de l'accepter.
Tant que l’on fait la distinction entre l’รขme et l’esprit, tout en prenant celui-ci comme synonyme du Soi, il y aura de la place aussi pour le processus de dรฉsidentification et auto-identification concernant notre รขme.
C’est dans ce sens que l’on peut prendre distance par rapport ร l’รขme !
Dans le processus qui mรจne ร l’auto-identification, la phase de dรฉsidentification par rapport au corps, ou ร n’importe quelle composante ou rรดle au niveau de personnalitรฉ, nous aide ร รฉviter le piรจge d’une identification parcellaire.
Toutefois, l’objectif final c’est l’auto-identification au niveau de la synthรจse รขme et corps.
La dรฉsidentification par rapport au corps se fait en vue d'une intรฉgration supรฉrieure, jamais en fonction d'une exclusion quelconque.
Selon Assagioli :
« se dรฉsidentifier du corps ne veut aucunement dire le tuer ou le nรฉgliger ! Il faut que nous vivions ร tous les niveaux une immanence complรจte ร tous les niveaux de transcendance. »
En rรฉalitรฉ, corps et รขme constituent deux รฉlรฉments ontologiquement insรฉparables, ร la fois nรฉcessaires et รฉgalement valables en termes d’identification humaine.
Quoique distincts, ils sont ontologiquement indissociables.
La psychosynthรจse s’occupe de l’รชtre humain historiquement
considรฉrรฉ, oรน il ne peut pas avoir sรฉparรฉment des expรฉriences exclusivement corporelles ou seulement spirituelles.
L’รชtre humain y est toujours caractรฉrisรฉ par les composantes corps et รขme !
Nous sommes intรฉgralement : un et l’autre !
รme et corps participent insรฉparablement ร n’importe quelle expรฉrience humaine.
Ils sont alors conjointement sujet
et objet du vรฉcu humain.
Il s’agit assurรฉment de deux composantes d’un seul tout.
Sans le corps, de mรชme que sans l’รขme, il n’a pas d’entitรฉ humaine telle qu’il nous est donnรฉ de l’identifier dans l’espace et dans le temps.
Ce n’est pas dans le corps, mais plutรดt par le corps que nous vivons.
Au niveau de l’esprit, autant le corps que l’รขme participent ร l’expรฉrience dite du sommet ou mystique.
Celle-ci est au-delร du dualisme.
Au niveau du Soi, il n’y a plus de place pour l’exclusion. Tant qu’on est au niveau de la personnalitรฉ, il y a toujours un certain degrรฉ de schizophrรฉnie existentielle.
Toutes les conceptions ou mรฉthodes รฉducatives qui crรฉent une parenthรจse soit pour le corps, soit pour l’รขme, deviennent aliรฉnantes !
Le thรฉoricien de la ' psychosynthรจse ' distingue corps et รขme, non pas pour les opposer, mais pour les harmoniser dans l’expรฉrience de leur synthรจse.
Celle-ci dรฉbute au niveau personnel et peut atteindre le domaine et caractรจre transpersonnel, au niveau du Soi spirituel.
Sans prรดner l’incompatibilitรฉ entre รขme et corps, Assagioli semble cependant parfois attirรฉ par des concepts hiรฉrarchiques et prisonnier au moins d’un certain dualisme.
il exprime aussi en 1925 :
« Selon la nouvelle mystique, le corps n'est pas un ennemi de l'esprit; tout au contraire, il est ou doit devenir son instrument prรฉcieux, son serviteur fidรจle et son temple ! »
Toutefois, il ne semble pas du tout inclinรฉ ร y voir un principe dualiste basรฉ dans l’incompatibilitรฉ esprit-matiรจre, lorsqu’il affirme :
« L’esprit et la matiรจre, apparemment et relativement ‘ennemis’, peuvent et doivent s’unir harmonieusement dans une synthรจse dynamique et dans l’unitรฉ de la vie ! »
Le fait d’entrer ou d’รชtre centrรฉs en nous-mรชmes, n’a pas une connotation d’espace physiquement mesurable ou dรฉfinissable !
Autant dans le corps que dans l’รขme humaine, il y a l’appel et la possibilitรฉ de la synthรจse au niveau de l’esprit, c’est-ร -dire du Soi, qui selon Assagioli est : ' synthรจse et unitรฉ '.
ร ce niveau, Assagioli les voit comme :
« des notes diffรฉrentes non plus en opposition,
mais complรฉmentaires
et
qui s’harmonisent l’une avec l’autre !»
รme et corps constituent et font appel en mรชme temps ร une synthรจse plus รฉvoluรฉe, toujours en provenance du Soi, la source de leur unitรฉ essentielle et de leur expression particuliรจre.
Autant le corps que l'รขme sont ร la fois รฉlรฉments constitutifs de l'identitรฉ humaine et vรฉhicules de l'auto-conscience supรฉrieurement rรฉvรฉlรฉe au niveau du Soi spirituel, tout en รฉtant celui-ci pareillement un รฉlรฉment constitutif de la mรชme et seule identitรฉ.
De par sa propre conception bio-psycho-spirituelle, la
psychosynthรจse prรฉconise une acceptation de toutes les composantes de l'รชtre humain, y compris toutes les manifestations et fonctions psychosomatiques !
Inspirรฉ de la lรฉgende des centaures : Ken Wilber tient que l’รชtre humain, tout loin de considรฉrer son corps comme un animal sauvage ร maรฎtriser par l’esprit, est effectivement un cavalier en contrรดle de son cheval, mais aussi un conducteur qui est un avec son cheval !
Ce n'est pas une psychรฉ divorcรฉe qui contrรดle le soma, mais une unitรฉ psychosomatique en maรฎtrise de soi et en gouvernement de soi !
Pire que de perdre le contact avec le corps, remarque-t-il, c’est de : « perdre le contacte avec l’unitรฉ corps-esprit ! »
Une telle dichotomie nous porterait ร considรฉrer le corps comme quelque chose non seulement extรฉrieure, mais aussi infรฉrieure, oรน il y a un geste d’impatience de l’รขme soucieuse de se dรฉbarrasser de son chaรฎnage physique.
Le mรฉpris envers le corps peut atteindre des formes pathologiques de la somatophobie qui vont dรจs le gรชne
jusqu’au masochisme.
Cela affecte le rapport non seulement avec nous-mรชmes, mais aussi avec autrui, dans la mesure oรน le physique doit-รชtre en mรชme temps prรฉsence et participation.
Le corps est un amplificateur et non pas pas un rรฉducteur de la conscience.
Sans la valorisation et l’inclusion du corps, on ne peut pas avancer dans les sentiers de l’esprit !
Assagioli remarque :
« Dans le passรฉ, l'approche religieuse et mystique a mis
indรปment l'emphase sur la dualitรฉ; cela a eu une fonction utile, mais a crรฉรฉ aussi un conflit exagรฉrรฉ (qui, en termes psychiatriques, peut รชtre appelรฉ schizophrรฉnie) entre l'esprit et la matiรจre, entre la personnalitรฉ et l'รขme.
Les mystiques ont parlรฉ de 'tuer' la personnalitรฉ, de 'tuer' le dรฉsir, et ainsi de suite... Cela n'est pas sain et n'est plus dรฉsormais acceptable par la mentalitรฉ moderne. De nos jours, un tel langage n'รฉveille plus l'intรฉrรชt ! »
Tout en tenant compte du domaine religieux, il observe :
« Dans la religion, la conception pessimiste de la nature humaine et l'idรฉe de 'sauver les รขmes', couplรฉes ร l'รฉpouvantail de la damnation รฉternelle et l'obsession du pรฉchรฉ ont tourmentรฉ un trรจs grand nombre d'รชtres humains
et produit toutes sortes de troubles nerveux et psychiques ! »
Un tel pessimisme survient notamment au cours de la chrรฉtientรฉ au sujet de la nature humaine considรฉrรฉe fondamentalement dรฉchue !
Note : Pour la pensรฉe chrรฉtienne la mort est considรฉrรฉe non pas une sรฉparation dรฉfinitive de l'รขme d'avec le corps, mais plutรดt une expรฉrience mystรฉrieuse de dรฉsidentification ouverte sur la synthรจse dรฉsignรฉe : la rรฉsurrection, celle-ci en rapport ร ce qu’on nomme le corps glorieux et aussi le corps psychique.
Augustin maintient que le corps, comme l’esprit, partage de la gloire du Paradis (DeGenesi ad Litt. VIII, I). Il faut d’ailleurs noter que la thรฉologie chrรฉtienne de la rรฉsurrection du corps est fondamentalement positive ร son รฉgard, quoique mystรฉrieusement voilรฉe et soumise ร des interprรฉtations variรฉes.
Ce qui รฉtait la nรฉcropole (citรฉ des morts) pour les Grecs, devient pour la chrรฉtientรฉ le cimetiรจre (le dortoir).
En effet le corps y reste toujours ร part entiรจre, de pair avec l’รขme, tous les deux considรฉrรฉs comme expression substantielle de l’identitรฉ humaine. La rรฉsurrection traduit une intรฉgration jamais transcendance par rapport au corps physique. C’est ร partir de la conscience du corps, que l’on peut dรฉcouvrir et ouvrir le cลur souvent considรฉrรฉ le logis de l’รขme.
Ken Wilber tient compte d’un รฉtat de maturitรฉ caractรฉrisรฉ par une trans-diffรฉrentiation dans laquelle corps et รขme donnent lieu ร l’intรฉgration idรฉal.
Contrecarrant la fragmentation dualiste, remarque-t-il ailleurs :
« l’individu ne peut plus s’accrocher ร ‘la moitiรฉ’ du vieux dualisme, tel que, par exemple, son รขme et non pas son corps. »
Tout en soulignant la responsabilitรฉ que l’on a d’inclure dans le processus d’identification les activitรฉs organiques, il tient que :
« peu de gens ont perdu leur mental, mais la plupart ont dรฉjร perdu leur corps ! »
La dรฉsidentification par rapport au corps a pour objectif l'intรฉgration ร un niveau supรฉrieur; jamais le rejet, ni l'exclusion ou l'opposition.
Au niveau du moi personnel, il y a lieu pour l’intรฉgration, mais c’est au niveau du Soi que la personnalitรฉ est รฉlevรฉ au niveau de l’identification transpersonnelle, c’est-ร -dire l’auto-identification qui traduit l’union et l’harmonie avec soi-mรชme, avec les autres et avec l’univers.
C’est ร noter que l’identification au niveau du Soi constitue l’expรฉrience par excellence d’un vrai chez-nous, ร ne pas confondre avec celle de se sentir bien dans sa peau.
En d’autres mots : la preuve d’une bonne identification n’exclut pas les รฉpreuves et malaises de la vie !
Certains auteurs, tels que Meister Eckhart et Hildegarde de Bingen, prรฉfรจrent l’idรฉe de concevoir :
le corps ร l’intรฉrieur de l’รขme au lieu de voir l’รขme ร l’intรฉrieur du corps !
En rรฉalitรฉ : corps et รขme ne sont pas des domaines juxtaposรฉs et moins encore des opposรฉs, mais des manifestations d’un seul principe vital.
Dans l’identification au niveau du Soi, ce qui est exclu n’est pas le physique, mais le conflit entre corps et รขme. Il serait un contresens d’imaginer, par rapport au corps, une sรฉparation, un jugement de valeur et encore pire, une attitude de supรฉrioritรฉ et de mรฉpris venant du Soi, le synonyme de l’รขme ou ร mieux dire de l’esprit.
Une telle conception et attitude ne se trouvent qu’ร certains niveaux des diffรฉrentes philosophies et croyances !
Certes, il faut bien noter que telles thรฉories, spรฉculations et doctrines concernant la vie aprรจs la vie dรฉpassent le domaine spรฉcifique de la psychosynthรจse qui s’occupe de l’รชtre humain dans l’ici et maintenant.
Pourtant, elle ne doit pas se dispenser de prรชter attention ร l’impact rรฉel de chaque croyance dans les situations concrรจtes du vรฉcu de chacun, et donc en rapport รฉtroit avec la connaissance de soi !
Tout en faisant la liaison entre l'expรฉrience sensorielle et l'expรฉrience mystique chez les cultures dites primitives, Mircea Eliade met en รฉvidence la supรฉrioritรฉ d'une situation primordiale et supรฉrieure des shamans dont les extases se caractรฉrisent par l'ascension autant du corps que de l'รขme, sans l'exclusion donc des donnรฉes sensorielles.
Il y a la permanence de la totalitรฉ de l’รชtre humain et subsรฉquemment l’impossibilitรฉ de la dichotomie corps-รขme.
La conception cartรฉsienne d'une union ร peine accidentelle entre corps et รขme semble compromettre une telle idรฉe de l'humain.
La sรฉparation et plus encore l'opposition entre corps et รขme signifient, par consรฉquent, un recul sur la voie de la synthรจse.
Celle-ci fait appel non pas seulement ร leur complรฉmentaritรฉ, mais encore ร leur union permanente, sous peine de mettre en cause la vraie identitรฉ humaine.
L’union radicale corps-รขme donne lieu ร la remarque de Louis Lavelle :
« Le problรจme est de savoir comment l’รขme et le corps peuvent se sรฉparer, et non pas comment ils peuvent s’unir ? »
La croyance ร la rรฉsurrection du corps est reliรฉe au principe de leur unitรฉ essentielle, faisant appel ร une union substantielle qui va bien plus loin qu’une sorte de lien fonctionnel et occasionnel.
Tout ce qui affecte le corps a son impact dans l’รขme aussi, et vice versa !
Corps et รขme, une fois considรฉrรฉs ร la lumiรจre de l'esprit, loin de constituer des รฉlรฉments antagoniques et en lutte, deviennent, ร part รฉgale, des manifestations distinctes et un fondement insรฉparablement complรฉmentaire de l'identification humaine.
Pour Augustin : le corps est l'รฉpoux de l’รขme !
Celle-ci ne semble jamais menacรฉe face ร la mort physique, lorsqu'on accepte la corporรฉitรฉ dans son sens le plus global, tout en ayant des expressions autres que l’aspect physique ou et somatique.
Les croyances selon lesquelles le corps comprend, en plus du cรดtรฉ physique les dimensions :
- รฉthรฉrique,
- astrale,
- mentale,
- causale,
- bouddhique ou christique,
- et atmique,
se prรชtent ร une conception et attitude moins rรฉductionnistes !
La mort et la sรฉparation du corps physique, de mรชme que le remplacement permanent des cellules, n’est pas synonyme de la perte du corps, tout court.
Celui-ci est conjointement รฉlรฉment constitutif de ce qu’on est plutรดt que quelque chose que l’on a ! Ce qui en mรชme temps valorise et relativise la formule assagiolienne de la dรฉsidentification concernant le corps physique.
On peut dรจs lors accepter, avec Ken Wilber : le fait d’allier chaque รฉtat de conscience ร un corps correspondant, parmi ceux que l’on vient de nommer.
Lorsque l’on propose la dรฉsidentification par rapport au corps, on doit le faire en fonction d’une vraie identification qui l’intรจgre dans le vรฉcu en toutes ses รฉtapes et manifestations.
La doctrine chrรฉtienne concernant l’รฉtat final en perpรฉtuitรฉ d’un corps glorieux semble offrir un appui ร cette perspective.
Ce corps de gloire n’exclut pas le corps physique, dรจs que l’on y admet une sorte de mรฉtamorphose !
La position de Roberto Assagioli semble, au prime abord, plutรดt ambiguรซ, lorsqu’il y est question de dรฉsidentification par rapport ร la composante physique.
John Firman n’hรฉsite pas ร voir dans la formule assagiolienne de dรฉsidentification :
« j’ai un corps mais je ne suis pas mon corps !» :
comme une manifestation morphologique : la peur de la forme. Cela s'accentue en plus par les formules de dรฉsidentification concernant les รฉmotions et le mental.
Une telle dรฉsidentification de toute la dimension psycho-somatique porte ร concevoir et rรฉduire l’รชtre humain ร une sorte de pur esprit dรฉpourvu d’immanence et alors dรฉshumanisรฉ.
Par contre, Assagioli manifeste aussi une attitude morphologique ร cet รฉgard, tout en clarifiant :
« la dรฉsintensification corporelle ne veut pas dire mรฉpris. Le corps est notre instrument prรฉcieux, il est ici le moyen nรฉcessaire pour l’expรฉrience. Il est ร considรฉrer comme une rรฉalitรฉ vivante, intelligente, imprรฉgnรฉe d’activitรฉ psychique.»
Souvent, il y a la tension entre l’idรฉe d’avoir un corps et d’รชtre un corps. De toute faรงon, c'est une conception ร la fois d’immanence et de transcendance qui porte ร clarifier que le fait d’รชtre un corps inclut et dรฉpasse la simple possession d’un organisme physique !
Celui-ci constitue รฉlรฉment intรฉgrant et permanent de l’identitรฉ humaine.
La dรฉcomposition des cellules qui accompagne la vie et qui culmine avec le dรฉcรจs, est loin de constituer une sรฉparation, elle reste une composition qui fait le lien avec l’univers, en termes de co-identification.
Quelle est, effectivement la position fondamentale d’Assagioli ?
Si l'on reprend comme un postulat sa formule de dรฉsidentification :
« J’ai un corps, mais je ne suis pas mon corps ! »,
on ne prรชte pas alors ร la psychosynthรจse une coloration typiquement dualiste !
Au prime abord, et tel que rรฉfรฉrรฉ, sa pensรฉe semble plutรดt ambivalente ร cet รฉgard.
En mรชme temps qu’il dรฉclare l’inclusion totale du corps en psychosynthรจse, Assagioli promeut son acceptation en termes qui parfois s’avรจrent ouvertement rรฉductionniste par rapport mรชme ร son approche.
Si l’on s’attache par exemple ร cette rรฉflexion de lui faite dans les termes suivants :
« Si nous considรฉrons le corps comme un prรฉcieux et valable instrument d’expression de notre รชtre intรฉrieur, nous pouvons l’aimer, le dรฉvelopper, et en prendre soin, justement comme un Arabe aime son cheval et un Amรฉricain aime son car, comme une extension du soi, mais non pas comme le vrai Soi. Je ne suis pas le car. Je ne suis pas mon corps. Le soi dรฉtachรฉ est comme le conducteur de l’automobile. On peut dire ‘mon corps’ comme quelque chose d’extรฉrieur, d’objectif, en tant qu’instrument du vrai รชtre ! »
Une telle conception et une telle attitude plus ou moins teintรฉes de dualisme, peuvent bien biaiser toute la thรฉorie et la pratique du processus de dรฉsidentification et d’auto-identification, laquelle est incompatible avec une chosification de l’humain, mรชme que partielle. Lorsque le concepteur de la psychosynthรจse utilise pour le corps physique l’image d’un scaphandre dont l’รขme s’en sert, il semble tout simplement le chosifier !
Mais Assagioli y voit aussi un autre rรดle :
« celui d’รชtre transmutรฉ, peu ร peu envahi et transfigurรฉ par l’รขme ! »
Ken Wilber tient compte du : ' niveau de l’ego ' qui ignore la totalitรฉ psychosomatique, oรน :
« l’homme imagine qu’il a un corps, dont il est en possession de la mรชme faรงon qu’il possรจde un car ou une maison. »
En effet – remarque-t-il :
« l'homme applique des droits de propriรฉtรฉ ร des aspects de son organisme, tout en rรฉduisant alors, ร ses propres yeux, sa propre valeur ! »
Dans la triade humaine corps-รขme-esprit : on peut parler de vibrations de l’รฉnergie en frรฉquences diffรฉrentes, mais
jamais d’entitรฉs sรฉparรฉes !
Lorsque Assagioli prรดne pour la dรฉsignation de la " bio-psychosynthรจse ", il semble bien tenir compte d'une synthรจse des รฉlรฉments autant physiques que psychiques.
Il remarque, le danger de l'extrรชme oรน les identifications au monde รฉmotionnel ou au monde intellectuel prennent tellement de place que le corps est effectivement nรฉgligรฉ et mรชme regardรฉ comme une limitation ร peine tolรฉrable.
Tandis que l'รฉcole organiciste prรฉsente la psychรฉ comme un produit du mรฉtabolisme cรฉrรฉbral vรฉhiculรฉ par le systรจme nerveux.
Le concepteur de l’approche psychosynthรฉtique, avec Tusques, John Eccles, Kare Raimund Popper, et Sherrington entre autres...
Distingue certes le corps et l'รขme, mais pour les considรฉrer comme effectivement insรฉparables dans le processus d'intรฉgration et d'auto-identification !
Nonobstant des nuances ร considรฉrer : la psychosynthรจse considรฉrant certains termes utilisรฉs par son fondateur, cependant, elle n'est pas ร l'abri d'une interprรฉtation et d'une pratique consรฉquente ร teneur dualiste, eu รฉgard ร la dรฉsidentification par rapport au corps.
Comment maintenir la formule assagiolienne suivante :
« J'ai un corps, mais je ne suis pas mon corps ! »,
sans renforcer la vieille antinomie du corps et de l'รขme ?
Ne reste-t-il pas le Soi, soit-il synonyme de l’รขme ou de l’esprit, la seule source d'identification vรฉritable ?
Le mot 'psychosynthรจse’, n'รฉvoque-t-il plutรดt pas une synthรจse essentiellement psychique ?
L’appel au processus conjoint de dรฉsidentification et d’auto-identification semble contredire pareille dรฉviance qui demeure cependant toujours possible, tant en thรฉorie que dans la pratique !
Nรฉanmoins, la psychosynthรจse prรดne une conception fonciรจrement bio-psychologique de la vie, de sorte qu'il n'y a pas de psychosynthรจse que ne soit en mรชme temps une
biopychosynthรจse.
Assagioli insiste donc :
« Quand je parle de psychosynthรจse, cela signifie bio-psychosynthรจse, avec pleine d'inclusion et d'acceptation du corps ! »
Bien souvent, on n’a pas mรชme la conscience d’avoir un corps, et moins encore d’รชtre un corps, sauf quand celui-ci rรฉclame de l’attention en vue de ses besoins รฉlรฉmentaires, ou par le truchement de la fatigue et de la douleur !
Pourtant :
la conscience du corps que j’ai est dรฉjร un pas en avant vers l’identitรฉ consciente du corps que je suis !
Corps et รขme se fondent dans cette prise de conscience, oรน il y a cependant un troisiรจme รฉlรฉment ร considรฉrer.
John Parks avertit :
« N’oublions pas que bio, en psychosynthรจse, signifie que l’รชtre humain est un รชtre : physique, psychique, et spirituel ! »
On en parle dans le chapitre suivant !
2.2 Modรจle trichotomique: Corps-รขme-esprit
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
En vue de mieux prรฉciser et prรฉsenter le modรจle trichotomique corps-รขme- esprit qui semble propre ร la psychosynthรจse, il faut tenir compte du courant de la pensรฉe qui prรฉcรจde, qui conditionne et qui paraรฎt directe ou
indirectement inspirer ou dรป moins รชtre en affinitรฉ avec l'approche psychologique assagiolienne.
Le modรจle trinitaire ou triparti devient historiquement prรฉdominant.
Adolphe Huxley voit l’affirmation trinitaire de l’humain comme un รฉlรฉment central de la Philosophie Pรฉrenne :
« Tous les interprรจtes de la ' Philosophia Perennis ' font, sous une forme ou une autre, l'affirmation que l'homme est une sorte de trinitรฉ composรฉe de corps, de psychรฉ et d'esprit. »
Note - Il y ajoute la remarque suivante :
« Saint Paul a tracรฉ une distinction fort utile et illuminatrice entre la psychรฉ et le pneuma. Mais ce dernier mot n’a jamais acquis aucune popularitรฉ, et le terme psychรฉ, dรฉsespรฉrรฉment ambigu, en est venu ร รชtre employรฉ indiffรฉremment, soit pour la conscience personnelle, soit pour l’esprit ! »
En d’autres termes :
« L’homme est non seulement un corps et une psychรฉ, mais aussi un esprit. [...]
Le corps est toujours dans le temps,
l’esprit est toujours intemporel,
et la psychรฉ est une crรฉature amphibie,
contrainte par les lois de l’รชtre (de l’homme) d'y s'associer dans une certaine mesure avec le corps, mais capable si la psychรฉ le dรฉsire, de ressentir son esprit et de s’identifier ร lui, et par l’entremise de son esprit, au fondement divin ! »
Le mot psychรฉ semble pris ici comme synonyme de l’รขme, mais tous ne le prennent pas comme tel.
Selon Ignace Lepp : l’รขme comprends la psychรฉ, mais elle est plus que celle-ci !
Chez les philosophes et mystiques chrรฉtiens on trouve, dรจs le dรฉbut, une formulation trinitaire qui semble concilier chez l’humain la diversitรฉ des manifestations dans l’unitรฉ de l’รชtre.
Une telle formule semble assez claire dans la pensรฉe de Saint-Paul, laquelle semble s'inspirer ou au moins se trouve en rapport avec l'anthropologie grecque. Il parle alors de :
de ' l'homme charnel ' (sarkikos),
de ' l'homme psychique ' (psychikos),
et de ' l'homme spirituel ' (pneumatikos).
Pour les Grecs : l’immortalitรฉ concerne seulement le ' nouss ', c’est-ร -dire l’รขme supรฉrieure (le Soi, en termes psychosynthรฉtiques) et ne regarde pas le corps (sarx), tandis que pour la pensรฉe biblique elle inclut le corps aussi, mais dans sa composante "pneumatique” qui est incorruptible et immortelle, ayant les propriรฉtรฉs d’un corps glorieux !
C’est dans ce sens qu’on parle de matiรจre lucide et de matiรจre glorifiรฉe.
Origรจne qui considรจre l’รชtre humain comme รฉtant la combinaison de corps, รขme et esprit, il place l’รขme au centre, d'un modรจle hiรฉrarchique, en lui donnant le rรดle intermรฉdiaire d’une liaison qui se maintient, malgrรฉ la mort physique.
Quoiqu’il semble dรฉvaloriser ainsi le corps en le plaรงant au fond de l’รฉchelle, il dรฉfend la thรจse de son intรฉgration comme รฉlรฉment essentiel et permanent de l’identification humaine.
Dans sa pensรฉe, c'est effectivement l'esprit : ' nouss ', fondement qu'il considรจre prรฉexistant : l'รฉlรฉment dรฉcisif.
Dรป ร la faute, la psychรฉ (รขme) est une sorte d'esprit effacรฉ, ร laquelle le corps (soma), deviennent la prison du chรขtiment et de la condition humaine actuelle !
Thomas d'Acquin rejette explicitement la thรจse platonicienne du ' animam esse hominem ' (Rรฉduction de l’humain ร l’รขme).
Augustin Bonaventure adopte aussi le modรจle trinitaire et prรฉsente le corps comme รฉtant l'รฉpoux de l'รขme.
Chez lui, l'esprit ' mens, animus ', est plus que le ' nouss ' de la pensรฉe grecque. Il s'agit de la pointe de l'รขme ' acies mentis ' qui est le point de contact entre l'humain et le divin !
Parfois l’esprit devient synonyme soit de l’รขme, soit de l’intellect.
Celui-ci, dรฉsignรฉ mens chez Augustin, correspond au noyau de l’รขme, tout en รฉtant distinct aussi du corps et de l’รขme comme telle :
« Si, faisant abstraction du corps, nous pensons ร l’รขme seule, l’intellect [mens] est quelque chose d’elle, comme sa tรชte, son ลil, sa face... mais cela ne se doit point penser ร la maniรจre du corps. Ce n’est donc pas l’รขme, mais ce qui est excellent dans l’รขme est nommรฉ intellect. »
Antoine de Lisbonne, communรฉment appelรฉ Antoine de Padoue, รฉtablit lui aussi une certaine distinction de degrรฉ entre l'รขme et l'esprit :
« L'esprit est cette partie de l'รขme qui comprend toute la raison et toute l'intelligence. L'esprit n'est pas l'รขme, mais ce qu'il y a de meilleur dans l'รขme, la partie principale d'oรน procรจde l'intelligence. »
En termes d’analogie : Franรงois de Sales distingue trois parties dans l'รชtre humain :
le "degrรฉ sensitif" (sensibilitรฉ),
la "portion infรฉrieure" (raison),
et la "portion supรฉrieure" (esprit),
tout en comparant cette trilogie au temple de Salomon avec ses trois parvis :
- celui des Gentils,
- celui des Israรฉlites,
- celui des Prรชtres.
Au-delร de ces trois parvis, il y a encore le sanctuaire qu'il dรฉsigne comme :
la "cime de l'รขme",
la "pointe de l'Esprit",
la "suprรชme pointe".
C'est ร ce niveau que l’Esprit qui inclut et qui dรฉpasse l’esprit qu'advient une sorte de synthรจse existentielle !
La "suprรชme pointe", se situe bien au-dessus de l'intelligence, qui transcende toute conceptualisation et qui, en mรชme temps, amรจne l'รขme ร s’abandonner ร l’Esprit.
Thรฉrรจse d'Avila se rรฉfรจre ร :
la trรจs connue diffรฉrence entre l’รขme et l’esprit.
La connaissance d’une telle diffรฉrence, loin d’ รชtre « trรจs connue ! », semble souvent confuse, et elle-mรชme avoue de ne pas รฉchapper ร cette confusion :
« Je ne saurais nommer les vocables; je ne suis pas capable de comprendre ce qu'est le mental ni en quoi il se distingue de l’รขme ou encore de l'esprit ! »
Tout me semble une seule chose :
Que ' l’รขme ' et ' l’esprit ' sont une mรชme chose, de mรชme que le soleil et ses rayons”, cela semble รชtre sa conclusion, quoi que encore mรชlรฉe de confusion :
« Enfin, je ne sait pas ce que je dis ! »
Les termes adoptรฉs ne sont pas toujours rigoureusement les mรชmes, d’oรน souvent une certaine confusion.
Sans trop s'occuper des distinctions et des abstractions philosophiques,
Assagioli a privilรฉgiรฉ l'aspect existentiel de ce qu'il appelle :
le "monde intรฉrieur",
la "vie intรฉrieure" ou la "psychologie spirituelle”.
Pourtant, Assagioli fait occasionnellement des distinctions, prรฉcises des concepts et prend position face ร certaines idรฉologies. Tout en considรฉrant comme extrรฉmistes les conceptions : matรฉrialistes et positivistes, et aussi en terme de : spiritualisme idรฉaliste, il tient compte autant du monde bio-psychique que du monde de l'esprit !
Il y a selon lui :
il y a une grande diffรฉrence entre la psychรฉ et l'esprit humain en tant que rรฉalitรฉ faite ร l'image et ressemblance de Dieu !
mais il admet la difficultรฉ pratique concernant la distinction des รฉlรฉments provenant spรฉcifiquement de chacun de ces domaines, puisqu’ils se manifestent ensemble dans l'รชtre humain qui est : une synthรจse d'esprit, de psychรฉ et de corps !
ร propos du mot ' esprit ', il commente :
« S’il y a un mot qui se prรชte ร l’incomprรฉhension, ร la confusion, au malentendu, c’est le mot esprit. »
Pratiquement, Assagioli promeut et s’occupe d’une psychosynthรจse effectivement spirituelle, c’est-ร -dire opรฉrรฉe par l’esprit, laquelle il caractรฉrise et souligne comme รฉtant dรฉterminรฉe par :
« une spiritualitรฉ intรฉgrale qui inclut l’homme tout entier, sans compartiments รฉtanches, sans opposition entre l’รขme et le corps, entre vie intรฉrieure et vie pratique, tout en incluant la vie sociale ! »
En d’autres mots, et encore selon Assagioli :
« l'esprit constitue l'รฉlรฉment de transcendance, de supรฉrioritรฉ, de permanence, de pouvoir, de libertรฉ, d'intรฉrioritรฉ, de crรฉativitรฉ, d'harmonie et de synthรจse, en toutes les manifestations autant individuelles que sociales. »
Roberto Assagioli, lorsqu’il prรฉcise, plus explicitement que jamais, l’origine de sa pensรฉe eu รฉgard au caractรจre trichotomique du genre humain :
« Dans l’รฉlaboration de la thรฉorie et de la pratique de la psychosynthรจse, je puise le soutien et l’inspiration de la tradition hรฉbraรฏque. La base de la psychologie spirituelle, laquelle je dรฉfend et vers laquelle d’autres psychologues se trouvent rรฉcemment orientรฉs, est la clarification biblique selon laquelle l’homme a รฉtรฉ crรฉe ร l’image et ressemblance de Dieu, tout en existant alors chez l’humain un รฉlรฉment semblable ร Dieu. De cette base provient l’enseignement traditionnel hรฉbreu de la constitution psychologique de l’homme composรฉe de trois รฉlรฉments : nephesh, ruah, et neshamah, รฉtant ce dernier celui qui reprรฉsente son aspect spirituel. »
Le terme ' rhuah ' ou ' ruah ' devient pour Assagioli synonyme de psychรฉ, tout en incluant alors celle-ci comme son noyau le ' neshamah ' ou - Soi spirituel :
« Ma tentative principale a รฉtรฉ d’offrir une preuve scientifique au sujet de l’existence de l’activitรฉ de l’รขme spirituelle (neshamah) dans la psychรฉ (ruah) comme facteur inspirateur et unificateur. »
C’est au niveau du Soi spirituel, c’est ร dire : l’esprit - lequel effectivement dรฉpasse la psychรฉ, que Roberto Assagioli situe et fait voir combien le ' processus psychosynthรฉtique ' ne peut plus s’arrรชter :
« Souvenons-nous qu’une fois รฉtablis les rapports entre la personnalitรฉ et l’Esprit, une fois dรฉbutรฉe l’ลuvre de l’unification, celle-ci ne peut plus s’arrรชter, mรชme si nous essayons de nous rebeller, puisque les รฉnergies spirituelles sont plus puissantes que les forces purement psychologiques ! »
La triple distinction : corps, รขme, esprit apparaรฎt encore assez explicite chez le fondateur de la psychosynthรจse.
Lorsqu’il parle de “bio-psychosynthรจse” et la dรฉcrit comme รฉtant “une vraie alchimie spirituelle” oรน “la psychรฉ s’harmonise avec l’esprit incluant le corps” dans l’unitรฉ existentielle de tous les aspects de l’รชtre humain !
Cette distinction se rend รฉvidente, quand Assagioli se rรฉfรจre ร :
« l’รขme qui exulte ร la lumiรจre de l’esprit, tant qu’humainement la personnalitรฉ souffre ! »
Cette mรชme distinction ' corps, รขme, esprit ' apparaรฎt encore chez Assagioli lorsqu’il souligne, en guise d’un processus croissant de l’identification humaine :
la non-coรฏncidence, ou plutรดt l’indรฉpendance de l’รขge biologique,l’รขge psychologique et l’รขge spirituel !
Au plan existentiel, on y peut considรฉrer alors une sorte de gradation dans la prise de conscience de l’identitรฉ humaine, mais toujours dans le sens de l’unitรฉ ontologique de ses composantes jamais sรฉparรฉes.
Une telle conception est bien soulignรฉe dans cette autre remarque :
« L’รชtre humain ne peut pas รชtre considรฉrรฉ comme un composรฉ de plusieurs parties sรฉparรฉes – corps, psychรฉ, esprit. Celles-ci sont bien sรปr diffรฉrentes et distinctes, mais elles sont dans une interaction continuelles; dans le dynamisme de la vie humaine, elles se trouvent dans une connexion intime. »
Assagioli lui-mรชme offre un point de dรฉpart lorsqu’il parle de
bio-psychosynthรจse axรฉe sur le fait :
« que l’รชtre humain est avant tout, surtout et essentiellement une entitรฉ spirituelle ! »
L’esprit reste essentiellement le pivot de la synthรจse humaine, sans qu'il puisse รชtre saisi et soumis ร une dรฉfinition, รฉtant donnรฉ qu'il s'agit d'un รฉlรฉment physiquement et mentalement insaisissable !
« De par sa nature : l’Esprit est au dessus de tout dualisme et de tout conflit. Il est Unitรฉ. Par sa prรฉsence et action : il renouvelle, coordonne, harmonise et unifie ! »
Nous tous - les humains, sommes conjointement et insรฉparablement la trinitรฉ : corps-รขme-esprit.
ร la lumiรจre de l’esprit, le corps qui inclut et dรฉpasse l’aspect physique mรฉrite le mรชme degrรฉ de considรฉration que l’รขme, sous peine de donner raison ร l’appel du moine :
« Prenons soin du corps. Quant ร l’รขme, il y a ici trop de monde qui s’en occupe ! »
En bref : c’est au niveau du Soi que se manifestent ร l’รฉvidence :
- la vรฉritรฉ,
- la bontรฉ,
- la beautรฉ
- et l’unitรฉ de notre รชtre.
Toutes ces caractรฉristiques s’appliquent ร la totalitรฉ de l’humain laquelle, comme le remarque Alberto Alberti :
« n’est pas seulement psychique, mais aussi physique et spirituelle ! »
Dans le systรจme trinitaire : si l’on prend le Soi comme synonyme de l’esprit, et on place le cลur de l’identification humaine ร ce niveau, il faut bien รฉviter de faire l’abstraction autant de l’รขme que du corps, sous peine d’aller ร l’opposรฉ du matรฉrialisme et de tomber dans un genre de spiritualisme qui ne correspond point au caractรจre holistique de la conception trychotomique qui vient d’รชtre exposรฉe.
Rien ne doit nous empรชcher de prรชter une attention particuliรจre au noyau de la noix, sans pourtant conclure que sa peau et sa coquille ne font pas partie de son identitรฉ !
De l'histoire de la pensรฉe sur laquelle on vient de jeter un coup d’ลil ร l’รฉgard de la trichotomie humaine...
on peut bien conclure, notamment en ce qui concerne la tradition en provenance de la philosophie grecque, sur la tendance constante ร faire de la nature une grille scientifique ร partir de laquelle on tient compte du sujet.
Le fait de soutenir les thรจses soit dichotomique soit tricotomique au sujet de la nature humaine reste secondaire, s’il ne traduit pas le fait d’une dรฉmarche existentielle concernant la vraie connaissance de soi.
De nos jours, on assiste ร un tournant majeur :
c'est plutรดt ร partir du sujet que l'on considรจre la nature.
L'approche psychosynthรฉtique, axรฉe sur l'existentiel, constitue un exemple de ce tournant qui reste en mรชme temps :
- conceptuel,
- mรฉthodologique
- et scientifique.
3 - L’injonction et ses enjeux
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Le Gnothi seauton
connais-toi toi-mรชme !
du prรฉcepte socratique, gravรฉ sur le fronton du temple consacrรฉ ร Apollon, constitue tout aussi bien, en quelque sorte, la premiรจre injonction de l’approche assagiolienne !
En termes de psychosynthรจse individuelle :
la connaissance de soi figure effectivement, comme l’on vient de souligner, est un postulat de base. Le thรจme de la connaissance de soi est indissociable de celui la connaissance en gรฉnรฉral, d’oรน l’opportunitรฉ que l’on passe d’abord ร s’attarder en quelques rรฉflexions d’ordre gnosรฉologique, tout en dรฉbutant alors par la question du savoir.
Socrate en faisait question, lorsqu’il allait de porte en porte, chez les politiciens, les poรจtes et les artistes d’Athรจnes pour leur apprendre qu’ils ignoraient jusqu’ร leur propre ignorance.
Le savoir se transforme en piรจge, dans la mesure oรน il devient un alibi pour ne plus reconnaรฎtre sa propre ignorance, notamment ร son รฉgard.
3.1 Systรจme gnosรฉologique
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Le savoir devrait toujours se rapporter ร la connaissance et ร la rรฉalisation de soi.
Mais, il n'en va pas toujours ainsi.
Abraham Maslow observe :
« que la plupart de nos connaissances : observations, perceptions, souvenirs, pensรฉes, savoirs... sont plus abstraites que concrรจtes. C'est que la plus grande partie de notre effort de connaissance consiste ร รฉtiqueter, schรฉmatiser, classer et abstraire. »
Il peut s'agir, le cas รฉchรฉant, d'un savoir plus ou moins stรฉrile et plutรดt aliรฉnant.
Le vrai savoir est toujours inhรฉrent au vรฉcu et jamais empruntรฉ ou imposรฉ. Il peut ou non correspondre ร une philosophie ou ร une รฉcole particuliรจre, mais par sa propre nature, il doit rester libre et indรฉpendant.
Il s’agit d’un bien fonciรจrement existentiel qui รฉvoque le partage plutรดt que d'une possession !
La connaissance ร caractรจre existentiel est prรฉsentรฉ par Eric Fromm de la maniรจre suivante :
« Connaรฎtre signifie qu'on perce la surface pour parvenir aux racines et, par consรฉquent, aux causes; connaรฎtre signifie qu'on 'voit la rรฉalitรฉ dans toute sa nuditรฉ. Connaรฎtre ne veut pas dire 'รชtre en possession de la vรฉritรฉ', mais de percer la surface et de lutter de faรงon critique et active pour approcher de plus en plus prรจs la vรฉritรฉ. Cette qualitรฉ de pรฉnรฉtration crรฉative s'exprime dans le jada hรฉbreu, qui signifie connaรฎtre et aimer, dans le sens de la pรฉnรฉtration sexuelle du mรขle. »
Malgrรฉ la coloration sexiste suscitรฉe par les genres littรฉraires รฉvoquรฉs, pareille connaissance est toujours mutuelle, effectuรฉe par interpรฉnรฉtration plutรดt que par pรฉnรฉtration.
Elle est aussi intรฉgrale, tout en impliquant l'identification et la co-identification sans rรฉserve, plutรดt que l'apprivoisement et l’annulation.
Une telle conception est visรฉe explicitement par Assagioli dans la note inรฉdite suivante :
« L'interpรฉnรฉtration, l'identification du sujet avec l'objet n'est-il pas ร coup sรปr la forme la plus complรจte possible de la connaissance, la vraie connaissance absolue ? »
L’expression ‘connaissance absolue’ y est certainement employรฉ pour dรฉsigner une co-identification sans rรฉserves.
Assagioli remarque :
« La comprรฉhension d'une chose est toujours partielle; prรฉtendre avoir tout compris signifie un manque de comprรฉhension ! »
La vraie connaissance transforme la relation sujet objet dans un rapport sujet-sujet.
Il y a une sorte de mariage du masculin avec le fรฉminin oรน le savoir est en mรชme temps l’acquisition et la jouissance de se laisser pรฉnรฉtrer par la connaissance.
Tel est le sens le plus profond de l’oracle de Delphes, portant ร une identification du sujet qui provient de la co-identification relativement ร l’objet !
Il y a un processus d’intรฉgration et d’identification, dรป au fait que le savoir devient une nourriture qui a le pouvoir de nous faire รฉvoluer.
Selon William James et Gordon Allport, le fondateur de la psychosynthรจse รฉtablit clairement la distinction entre :
- savoir : comprรฉhension abstraite, statique.
- connaรฎtre : crรฉation d'un lien vital, crรฉatif et dynamique.
ร l'intรฉrieur de la connaissance, Assagioli distingue trois aspects :
- la connaissance mentale : rรฉsultat du produit final de la pensรฉe;
- la connaissance psychologique : provenant de la comprรฉhension empathique;
- la connaissance intuitive : fruit du contact avec les รฉnergies supraconscientes.
Ces trois aspects sont en gradation progressive et en complรฉmentaritรฉ ร l'รฉgard d'une connaissance plus exacte.
- la connaissance mentale : privilรฉgie l'interprรฉtation,
- la connaissance psychologique : favorise la comprรฉhension,
- la connaissance intuitive : constitue dรฉjร l'identification.
Rรฉfรฉrant ร la pensรฉe du philosophe Karl Jaspers, Assagioli considรจre indispensable d'รฉtablir la distinction entre l'explication des sciences naturelles, (qui ont pour tรขche de dรฉcouvrir les liens causales et de formuler des lois), et la comprรฉhension psychologique (attachรฉe ร rendre compte de ce qui se passe dans la psychรฉ.)
Alliรฉ au mouvement existentiel de Binswanger, Assagioli insiste sur la comprรฉhension, qu'il considรจre comme plus fondamentale et plus difficile que l'interprรฉtation mais la rรฉciproque ne va pas de soi.
Il en est de mรชme pour l'expรฉrience en tant que phรฉnomรจne expรฉrimental, laquelle, demande tout un processus d’intรฉgration :
« L'expรฉrience et la vraie connaissance sont deux choses assez diffรฉrentes.
Pour connaรฎtre, nous avons habituellement besoin d'expรฉrimenter; mais la simple expรฉrience n'est pas encore une vraie connaissance [...]. L'expรฉrience nous donne uniquement des sensations et des sentiments, tandis que la connaissance fait appel ร leur assimilation par l'intelligence. C'est pourquoi la vraie connaissance synthรฉtique, qui est aussi la vraie comprรฉhension, requiert le recours ร l'intuition. »
La connaissance est considรฉrรฉe un pouvoir qui se nourrit de l’information.
Mais avoir des connaissances n'est pas, pour l’รชtre humain, synonyme de connaรฎtre !
Le pรจre de la psychosynthรจse fait noter combien la connaissance caractรฉristique des humains peut dรฉpasser la simple satisfaction d'un besoin รฉgoรฏste :
« La soif de connaรฎtre constitue une des diffรฉrences les plus nettes entre l'homme et l'animal. Pour celui-ci, le dรฉsir de connaissance se limite aux besoins et aux instincts : alimentation, dรฉfense... Seulement l'homme a un dรฉsir ardent de connaรฎtre pour connaรฎtre, le pur dรฉsir de savoir, sans les motivations d'intรฉrรชt ou de bรฉnรฉfice personnels. »
Cependant, la considรฉration d’un tel privilรจge le pousse ร aller plus loin :
La connaissance implique la responsabilitรฉ !
Celle-ci est manifeste dans l'obligation de faire face aux obstacles et aux illusions concernant le savoir, et cela implique le discernement, portant ร accepter, dรจs le dรฉpart, de faire face aux apparences !
Le domaine des illusions s’รฉtend aux fausses perceptions des niveaux physique, รฉmotionnel et mental.
En plus de la perception il y a souvent une attirance qui transforme l’illusion en fascination. Celle-ci est en mรชme temps attirance et attachement dont la source peut รชtre autant ร l’extรฉrieur qu’ร l’intรฉrieur de nous-mรชmes.
Bien souvent nous sommes plutรดt prisonniers de nos propres idรฉologies et systรจmes.
La fascination par rapport ร nos idรฉes et croyances constitue un orgueil plus ou moins dรฉguisรฉ en vertu !
Le monde objectif existe et reste potentiellement ร notre portรฉe.
Pourtant, il y a toujours la subjectivitรฉ de notre perception qui nous empรชche de pouvoir garantir que les apparences correspondent tout ร fait ร la rรฉalitรฉ totale !
Prรฉtendre avoir dรฉpassรฉ dรฉfinitivement toutes les illusions est une illusion, et peut-รชtre mรชme la plus grande
Assagioli semble loin de l'illusion de ne pas avoir d'illusions quand il dit :
« Tels que nous sommes actuellement, nous nous trouvons, dans la vie quotidienne, limitรฉs et ligotรฉs de cent maniรจres; nous sommes les victimes de maintes illusions, de mille 'phantasmes', les esclaves de nos dรฉmons intรฉrieurs, entraรฎnรฉs par les flots des influences extรฉrieures, aveuglรฉs et hypnotisรฉs par des apparences trompeuses ! »
Il serait cependant dangereux d’affirmer que tout ce que nous considรฉrons rรฉalitรฉ est effectivement une illusion et donc sans fondement objectif !
Assurรฉment, il reste toujours une certaine illusion dans ce que nous croyons รชtre la rรฉalitรฉ, mais il y aussi de la rรฉalitรฉ dans ce que nous classifions d'illusoire !
Cela invite ร processus continuel de discernement, tout en notant avec Ken Wilber, que :
« les diffรฉrentes faรงons de connaรฎtre correspondent ร des diffรฉrents niveaux de conscience ! »
En d’autres mots :
la perception de la rรฉalitรฉ devient diffรฉrente et plus rรฉvรฉlatrice dans la mesure oรน elle se rend proche du niveau transpersonnel !
Par contre, moindre est le niveau de conscience, plus il y a la probabilitรฉ d’une certaine illusion !
En d’autres mots :
plus l’identification se trouve au niveau transpersonnel, (ร la lumiรจre du Soi spirituel), moins, il y a le danger de tomber dans le domaine des illusions, incluant, celle de la conviction que tout est illusoire ร commencer par notre propre existence.
Malgrรฉ nos illusions sur quelque chose ou sur quelqu’un, nous sommes finalement une rรฉalitรฉ !
3.2 Du savoir ร la connaissance
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Bien souvent, ont allie les mots connaissance et savoir, tout en les limitant ร une prise de conscience au niveau de l’activitรฉ intellectuelle qui est en rapport avec la tรชte plutรดt qu’avec le cลur.
Le mot latin sapere, de mรชme que le terme hรฉbreu hokmah signifient autant le savoir que la saveur.
(Contrairement ร la vรฉritรฉ philosophique qui est plutรดt conceptuelle, la vรฉritรฉ historique revรชt le caractรจre existentiel, c’est-ร -dire le savoir (noscere en latin) qui reprรฉsente comme : le fruit du concept que l’on peut savourer.)
gรฉnรฉtique,
gรฉnital,
genre
et engendrer ou concevoir.
Revenant au sens biblique, la paternitรฉ y est exprimรฉe en termes de rapport sexuel dans un contexte profondรฉment existentiel, ร la fois physique, psychique et spirituel.
Il y a alors un sens de proximitรฉ et d’intimitรฉ par rapport ร nous-mรชmes et ร autrui.
Cela mรจne ร mieux comprendre l’amour comme l’expression authentique de toute connaissance.
Amour et connaissance de soi vont donc ensemble !
L’approfondissement de l’un, รฉlimine la superficialitรฉ de l’autre.
La connaissance prend lieu et se rapporte d’abord ร nous-mรชmes. Elle arrive dans la mesure oรน le savoir est effectivement «s’avoir», s’approprier au sens existentiel d’identification et co-identification !
Assagioli remarque :
« La sagesse est liรฉe ร l’intuition. C’est pourquoi on l’a personnifiรฉe sous les traits d’une femme. »
La culture moderne, surtout en Occident, a presque absolutisรฉ la pensรฉe logique donnant au savoir un fondement scientifique fort matรฉrialiste et rationnel, au dรฉtriment de l’intuition et de la spiritualitรฉ !
De nos jours, le culte de l’intelligence remplace fortement la sagesse !
Platon, dans le mythe de la caverne, fait la distinction entre :
la connaissance sensorielle ou doxa (opinion) et,
La connaissance intuitive ou episteme (idรฉe pure).
La premiรจre รฉtant personnelle, rationnelle et illusoire.
Alors que la deuxiรจme est transpersonnelle, trans-rationnelle et rรฉelle.
La vraie connaissance comporte le fait existentiel d’une rรฉalitรฉ intรฉrieure et d’un rapport avec quelque chose et ou quelqu’un d’autre !
Abraham Maslow observe :
« Nous ne connaissons pas mieux le monde extรฉrieur dans sa rรฉalitรฉ actuelle que nous ne connaissons notre monde intรฉrieur ! »
Avec Hermann Keyserling, Assagioli donne ร la comprรฉhension un sens de rรฉvรฉlation et de crรฉativitรฉ en mรชme temps.« la comprรฉhension non seulement rรฉvรจle la vรฉritรฉ, mais, dans un certain sens, elle la crรฉe ! »
Tel est le caractรจre existentiel de son approche psychologique qui fait de la sagesse en mรชme temps :
- rรฉflexion et dรฉcouverte,
- acquisition et participation.
C’est en mรชme temps : la conscience d’un don et celle d’une collaboration.
Selon les รcritures tibรฉtaines :
« la connaissance doit รชtre brรปlรฉe, martelรฉe et battue comme de l’or pur. Alors seulement on peut l’apporter comme un bijou. »
Il faut bien souligner que la sagesse est plus ce qu’on est et
moins ce qu’on a.
Elle est plus ร tรฉmoigner par la vie que par la parole, tout en devenant un bien ร partager, que non un trรฉsor privรฉ ร retenir.
Elle provient de la qualitรฉ plus que de la quantitรฉ des connaissances !
Le vrai savant ne s’identifie pas au savoir ni ร une รฉcole particuliรจre de la pensรฉe. Il s’en sert pour aller ร la rencontre de la vรฉritรฉ. Celle-ci est simultanรฉment dรฉcouverte en quรชte.
Le sage ne prรฉtend jamais s’approprier de la vรฉritรฉ; il s’en laisse approprier !
Lao-tzeu va jusqu’ร dire :
« que le sage n’est jamais un รฉrudit et que l’รฉrudit n’est jamais un sage ! »
Fort conscient de ses propres limitations, celui-ci relativise davantage sa connaissance et cherche ร jamais de combler le vide de son ignorance.
Il aime la vรฉritรฉ, mais n’ose jamais dire ni croire qu’il en est en possession, d’oรน l’avis de Kahlil Gibran :
«Ne dites pas ‘j’ai trouvรฉ la vรฉritรฉ’, mais plutรดt, ‘j’ai trouvรฉ une vรฉritรฉ’.»
On dit que le savoir n’occupe pas d’espace, pourtant symboliquement, il augmente, face ร la conscience d’un horizon qui s’รฉlargit tout en montant.
Il va sans dire que personne est arrivรฉ au but du processus de l’apprentissage, nommรฉment par rapport ร la connaissance de soi !
Quoique toujours loin du don de l’omniscience et des vรฉritรฉs absolues, il est lรฉgitime de croire que nos connaissances, bien que partielles, ne perdent pas, pour cette raison, leur authenticitรฉ.
Le sage est un tรฉmoin de l’authenticitรฉ et un chercheur de la vรฉritรฉ qui n’exclue pas les critรจres de la probabilitรฉ, ni les dรฉfis de l’absurde, ni les rรฉvรฉlations du mystรจre.
Bien plus que de la simple curiositรฉ, le savoir est un besoin. Assagioli tient compte de cinq instincts :
- L’instinct de conservation,
- l’instinct de reproduction,
- l’instinct grรฉgaire ou social,
- l’instinct d’auto-affirmation,
- l’instinct de connaissance.
Nous avons tous et toujours le besoin et la capacitรฉ d’y progresser, mais un tel progrรจs, provient de l’assimilation et non pas de la simple accumulation de connaissances, comme remarque Hermann Keyserling :
« La vraie connaissance fait de l’accumulation des donnรฉes reรงues et assimilรฉes un facteur de transformation laquelle ne se limite pas ร nous-mรชmes. Le savoir reste en fonction du savoir-รชtre en termes de croissance personnelle, et du savoir-faire en termes de service. »
Tout en affirmant que
« l’homme sait plus qu’il ne comprend »
Adler essaie d’expliquer :
« Est-ce que son savoir n’est pas รฉveillรฉ pendant le rรชve alors que sa comprรฉhension dort ? S’il en รฉtait ainsi, on devrait pouvoir dรฉmontrer des รฉtats semblables pendant la veille ! »
La comprรฉhension de notre connaissance va de paire avec la conscience de notre ignorance !
ร mesure que l’on monte dans le savoir, il grandit dans notre horizon du domaine de l’inconnaissance. En d’autres mots : La vision de l’ampleur de notre propre ignorance progresse au rythme de nos propres connaissances.
On parle alors de la docta ignorantia (l’ignorance sage).
La conscience de sa propre ignorance constitue pour l'รชtre humain une expression fondamentale de l'apprentissage, et devient donc, (pour tout le monde), une composante majeure du savoir, du savoir-faire et du savoir-รชtre.
C’est au niveau transpersonnel que le savoir s’identifie avec la sagesse. En d’autres mots : c’est ร ce niveau que le savant devient sage !
Mais, il faut vous mettre en garde contre l’intellectualisme qui rend la raison autosuffisante, au point de prรฉtendre apprivoiser le mystรจre et devenir l’arbitre de la connaissance.
Assagioli exprime sur la sagesse :
« elle s’acquiert avec l’expรฉrience
et
se complรจte avec l’amour. »
Il remarque que :
« l’idรฉe que la plupart que ce font d’un sage qu'il reste statique ! » au contraire, elle prรดne :
« une conception plus vraie de sa nature vitale, dynamique et crรฉatrice. »
Dans cette perspective, la psychosynthรจse postule la connaissance au niveau du Soi transpersonnel.
Selon le fondateur de cette approche psychologique :
« toute inspiration du Soi, tout le contact avec le Soi amรจne, par sa nature, est le don prรฉcieux de la sagesse ! »
En d’autres mots :
le savoir et le savoir-vivre y vont ensemble !
Le Soi ou centre de conscience est en mรชme temps ' Sophe ' et ' Sophie ':
il est source du savoir et expression de la sagesse.
3.3 Des faux-semblantsSources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
L’รฉtude de Francis Bacon intitulรฉe "Novum Organum" et qui porte sur les quatre catรฉgories d'idoles ou d'illusions est devenue classique, et Roberto Assagioli lui consacre un article qu'il reprend plus tard vers la fin de sa vie.
Ces quatre catรฉgories d'illusions ou d'erreurs peuvent รชtre rรฉsumรฉes de la maniรจre suivante :
- Les idola tribus se rapportent ร la condition gรฉnรฉrale de l'humanitรฉ; l'รชtre humain est toujours limitรฉ dans sa connaissance, y compris la connaissance de soi.
- Les idola pecus ont trait aux conditions subjectives de chacun : le caractรจre, l'รฉducation, la perception et l'interprรฉtation, pouvant donner lieu ร toutes sortes de mรฉprises.
- Les idola fori concernent les erreurs du langage reliรฉes pour une bonne part ร la polysรฉmie; les mots รฉtant des symboles reliรฉs ร des expรฉriences particuliรจres toujours difficiles ร reprรฉsenter et ร interprรฉter, puisque un mรชme mot peut avoir plusieurs sens.
- Les idola theatri concernent les erreurs ou illusions propres ร chaque culture et ร chaque domaine du savoir en particulier. Toute branche spรฉcifique de la culture et du savoir exige un effort รฉpistรฉmologique en vue d'une vraie communication et interprรฉtation gnosรฉologique.
Mรชme dans le domaine des illusions, il y a encore des nuances et des distinctions ร faire !
Dans le processus de leur identification et de leur traitement, il est important de distinguer, ร l’intรฉrieur de la personnalitรฉ :
soit-elle individuelle ou collective...
entre :
un mirage qui concerne les perceptions physiques,
la sรฉduction** qui hypnotise le monde des รฉmotions,
et l’illusion plus proprement dite qui ce rapporte plutรดt ร des interfรฉrences qui troublent le courant mental .
** j'utiliserais plutรดt en 2023 le mot : manipulation liรฉe aux mensonges planรฉtaires qui ont hypnotisรฉs (mรฉdiatisรฉs) notre monde collectif dans des formes de terreurs et d'endormissements collectives depuis plusieurs dรฉcennies et particuliรจrement, depuis 2020.
Convaincu des dangers d'un pseudo-savoir, Assagioli s'est intรฉressรฉ ร รฉvaluer l'รฉtude des catรฉgories d'erreur รฉtablies par Locke.
En les considรฉrant insatisfaisantes, il tente lui-mรชme un essai de classification oรน il offre ร titre d'รฉnumรฉration, sans aucune prรฉtention de rigueur mรฉthodologique et d'exhaustivitรฉ, les principales variรฉtรฉs d'erreur auxquelles les scientifiques font souvent sujets.
Cet essai tient compte d'abord de deux catรฉgories fondamentales d'erreurs :
descriptive et gรฉnรฉtique.
Sans s'attacher ร ces distinctions de base, Assagioli procรจde ร une รฉnumรฉration des principales variรฉtรฉs d'erreurs axรฉes spรฉcifiquement sur les cinq pivots รฉtiologiques suivants :
- 1. Les erreurs d'outillage provenant de l'imprรฉcision des instruments (des concepts) dont l'รชtre humain se sert;
- 2. les erreurs de perception ayant leur origine dans les imperfections des sens de l'observateur;
- 3. les erreurs d'interprรฉtation dues ร un mauvais raisonnement logique :
thรฉories simplistes (pseudo explications), paralogismes (sophismes involontaires), gรฉnรฉralisations arbitraires (sophismes d'induction et sophismes d'รฉnumรฉration imparfaite), abus de l'analogie (anthropomorphismes excessifs), non discriminations (confusions entre effets et causes), confusions du langage (ambiguรฏtรฉs des termes utilisรฉs);
- 4. les erreurs caractรฉrielles provenant tant du manque d'objectivitรฉ que d'une fantaisie excessive et de diffรฉrents travers de tempรฉrament;
- 5. les erreurs professionnelles causรฉes par la perspective limitรฉe de chaque discipline liรฉes au rรดle professionnel.
L'erreur est รฉtroitement reliรฉe ร la condition humaine, d’oรน le dicton latin en provenance de Jรฉrรดme :
errare humanum !
c’est humain de faire des erreurs !
Cela suppose qu’on en tire la leรงon selon cet autre proverbe :
errando corrigitur error !
l’expรฉrience de l’erreur porte ร le corriger !
L’existence de l’erreur
n’est pas seulement possible;
elle est inรฉvitable.
Assagioli le confirme :
« Dans le royaume humain, l’รฉvolution se fait par le truchement de l’expรฉrience et l’expรฉrience comporte des erreurs continuelles ! »
Selon la remarque de Thomas Merton :
« Nous faisons, il est vrai, bien des erreurs. Mais nous en รฉtonner est la plus grande de toutes : comme si nous pouvions espรฉrer n'en faire jamais ! »
La voie du savoir passe par le domaine de l’erreur lequel semble plutรดt cacher une vรฉritรฉ !
Fernando Pessoa :
« faire des erreurs, c’est dรฉcouvrir la vรฉritรฉ sans l’avoir ! »
Et selon Sri Aurobindo :
« l’erreur est le serviteur, l’avant-coureur de la vรฉritรฉ; car elle est rรฉellement la demi-vรฉritรฉ qui trรฉbuche ร cause de ses limitations ! »
Plus gรชnant que faire des erreurs, c’est le fait de ne pas l’avouer, ou de les cacher. Le vrai savant fait preuve de sagesse et d’authenticitรฉ en admettant son erreur et en tirant une leรงon !
La peur de l'erreur est elle-mรชme erronรฉe et le recours ร l’infaillibilitรฉ humaine devient le comble d'une prรฉtention.
Paradoxalement, l'erreur peut devenir indirectement une voie de connaissance, lorsque effectivement alliรฉe ร la dรฉcision d’abandonner nos absolus.
Une telle attitude est sรปrement prรฉfรฉrable ร l'obsession paralysante des certitudes incontestรฉes.
C'est pourquoi Assagioli conseille :
« le courage de faire des erreurs, tout en reconnaissant que les erreurs peuvent devenir utiles en tant que sources d'expรฉrience ! »
Au cours d'un entretien, Assagioli donne l'avis suivant :
« Ose faire des erreurs. Crois ร ta lumiรจre intรฉrieure, mรชme si tu fais des erreurs ! »
Le premier pas de l’humilitรฉ est la reconnaissance et l’acceptation de ses propres limites.
Le deuxiรจme pas est leur dรฉpassement, tout en y acceptant la possibilitรฉ de l’erreur.
รvidemment, oser faire des erreurs n'est pas le synonyme de la tรฉmรฉritรฉ ou de la complaisance facile, mais plutรดt de l'humilitรฉ qui accepte la rรฉalitรฉ et les limites du savoir, hors la prรฉtention de savoir plus que l’on sait.
Le pont qui conduit ร la rรฉussite s’appuie souvent sur les pierres de nos รฉchecs; il ne se construit pas sur une dรฉpendance esclave envers une sociรฉtรฉ exigeante poussant au camouflage de nos limites.
Ce pont reste axรฉ sur deux piliers :
- L’expรฉrience autant de nos capacitรฉs que de nos limites,
- et la certitude que personne n’est en possession du monopole de la sagesse !
Pareilles dispositions n'รฉcartent pas pourtant la possibilitรฉ de l'erreur !
Comme le dit Gabriello Cirenei :
« expรฉrimenter constitue toujours un risque et implique la possibilitรฉ de l'erreur; celui qui expรฉrimente doit donc รชtre disposรฉ ร payer le prix de l'erreur. »
Assagioli considรจre que :
« l’humanitรฉ doit apprendre par le biais de l’expรฉrience, ce qui veut dire par le moyen des รฉpreuves et des erreurs. »
Assagioli ajoute :
« Ce n’est pas une chose terrible de faire une erreur. Nous commettons des erreurs et certainement nous continuerons de les commettre. Poursuivons donc avec un vrai sens d’humilitรฉ, non pas ce genre d’humilitรฉ du misรฉrable pรฉcheur, mais en reconnaissant honnรชtement que tout le monde commet des erreurs ! »
Leonardo Boff exprime :
« on peut se tromper, mais on doit รชtre authentique mรชme dans l’erreur ! »
L'orgueil prend l'erreur comme une dรฉfaite et peut se traduire par une humiliation; l'humilitรฉ la reconnaรฎt comme une limitation et on devrait l'accepter comme une leรงon.
Souvent la correction de l’erreur provient de l’extรฉrieur, d’oรน l’exclamation de Confucius :
« Je suis vraiment chanceux. ร chaque fois que je fais une erreur les autres la dรฉcouvrent. »
Pourtant l’humilitรฉ ne s’occupe pas des erreurs des autres !
L’erreur, de mรชme que l’aveu de l’ignorance peuvent devenir effectivement partie prenante de l’apprentissage.
Carl Gustaaf Jung offre lร -dessus la rรฉflexion suivante :
« Les erreurs sont, en fin de comptes, les fondations de la vรฉritรฉ, et si un homme ne sait pas qu’est ce qu’une chose est, c’est au moins un progrรจs dans la connaissance s’il connaรฎt qu’est ce qu’elle n’est pas ! »
ร l’intรฉrieur de l’รขcretรฉ qui peut accompagner la reconnaissance de nos erreurs, nous pouvons alors goรปter la douceur d’un apprentissage.
On peut trouver une rรฉalitรฉ cachรฉe dans l’illusoire, et ainsi dรฉcouvrir l’illusion de nos perceptions du rรฉel.
L’arc existentiel qui monte vers la lumiรจre de la connaissance passe d’abord en descendant, par le creux tรฉnรฉbreux de la confrontation rรฉaliste de notre ignorance, et ce ร partir de nos erreurs et de nos illusions.
De pair avec l’illusion, il a aussi l’illusionnisme qui fait de l’illusion un moyen choisi pour cacher la rรฉalitรฉ, pour des motivations variรฉes y incluant un certain genre de diplomatie !
Ce qui porte ร dire que le succรจs du diplomate** provient de faire le semblant autant d’ignorer ce que l’on connaรฎt que de dominer ce que l’on ignore.
** du politicien, de la la politicienne
Cela nous mรจne ร considรฉrer tout le domaine du mensonge, y incluant autant la mauvaise utilisation du savoir que la couardise de nombreuses ignorances !
Le principe selon lequel toute la connaissance humaine est effectivement une illusion semble plus proche d’un plรฉonasme rhรฉtorique que d’un axiome philosophique.
Pourtant, il peut bien contenir une forte expression de la vรฉritรฉ, dans le sens de relativiser notre perception de la rรฉalitรฉ, tout en faisant l’appel ร une expรฉrience existentielle de plus en plus consistante.
Quand l’hindouisme se rรฉfรจre au monde illusoire, il ramรจne plutรดt au fait d’oublier que toute rรฉalitรฉ se trouve enracinรฉe en Brahman, l’archรฉtype fondamental sans lequel rien ne peut exister !
Il fait alors appel ร l’illumination, sans quoi la rรฉalitรฉ reste perdue dans l’obscuritรฉ !
Sat est le mot Sanskrit utilisรฉ pour exprimer la rรฉalitรฉ absolue synonyme de la Vรฉritรฉ.
Tout le reste est Maya l’illusion :
comprise non pas en termes absolus, mais plutรดt comme comparaison contrastante. Il s’agit d’une rรฉalitรฉ relative, phรฉnomรฉnologique, contingente, instable, mutable et transitoire, en contraste avec la rรฉalitรฉ permanente et immuable.
L’illusion provient de la tendance ร vouloir remplacer la rรฉalitรฉ par des apparences !
L’illusion collective est la plus commune et la plus difficile ร identifier et ร corriger !
Gustave Le Bon remarque :
« Les foules n’ont jamais eu soif de vรฉritรฉs.
Devant les รฉvidences qui leur dรฉplaisent ! Elles se dรฉtournent, prรฉfรฉrant dรฉfier l’erreur, et si l’erreur les sรฉduit. Qui sait les illusionner aisรฉment deviennent leur maรฎtre; qui tente de les dรฉsillusionner en victime ! »
En plus de l’erreur, il y a les limites de nos vรฉritรฉs.
Le domaine du savoir dรฉpasse toujours le territoire du savant, ce qui fait appel au don de la sagesse.
En effet, le savant peut aller jusqu’ร absolutiser et vouloir s’approprier de la connaissance, alors que le sage prend conscience et n’oublie pas les limites de ses acquis et la magnitude de l’inconnu.
Il valorise l’aspect immanent du savoir qui lui donne plus d’autonomie et d’indรฉpendance, mais il tient compte aussi de la transcendance qui ne lui permet pas de tomber dans les piรจges de la supรฉrioritรฉ et de l’autosuffisance.
Il ne dรฉvalorise pas l’รฉrudition, mais il la relativise, tout en sachant faire la distinction entre l’accumulation de connaissances et la sagesse !
Fort loin de la tentation d’un ‘je sais tout’, le sage reconnaรฎt et honore autant le disciple que le maรฎtre, tout en reconnaissant d’abord en lui-mรชme la prรฉsence continuelle de tous les deux.
Ce n’est plus donc un maรฎtre celui qui laisse : ' รชtre ', il est en mรชme temps un รฉlรจve.
Le savant peut se contenter d’รชtre un maรฎtre; le sage reste toujours un pรจlerin de la vรฉritรฉ.
- Le savant risque de se contenter avec la thรฉorie;
- le sage passe toujours ร la pratique !
La reconnaissance et l’acceptation du mystรจre restent ร jamais comme conscience d’une limite actuelle et comme un dรฉfi vers son dรฉpassement !
Mais le propre mystรจre peut mener ร la sagesse qui, ร son tour, garde toujours de la place pour le mystรจre !
Tel qu’enseignรฉ dans le Confusionnisme ontologiquement :
chaque รชtre humain est inรฉvitablement un sage et pratiquement personne ne peut s’arroger ร ce titre !
En d’autres mots : je ne suis pas encore au bout de ma rรฉalisation, mais j’en ai les potentialitรฉs quoique latentes dans la structure de mon รชtre !
Le vrai sage garde et manifeste toujours en lui-mรชme l’image du nรฉophyte.
Mรชme dans la reconnaissance de ce qui est malsain, il maintient son regard innocent. Face ร l’inconnu, la sagesse
embrasse le mystรจre comme un dรฉfi !
Puisque l’ignorance est toujours prรฉsente ร un certain dรฉgrรฉe, il faut bien la reconnaรฎtre, mais sans jamais la canoniser.
Autrement, on confond le dรฉfi du mystรจre avec l’esclavage de l’obscurantisme qui se nourrit de l’ignorance et qui engendre le refoulement de l’intelligence !
C’est important de prendre conscience de cette source de la sagesse capable de se manifester au cลur de nous-mรชmes.
La sagesse au niveau du Soi transpersonnel est directe,
trans-conceptuelle et claire, sans cependant nier les contingences restrictives au niveau de la personnalitรฉ, et tout en reconnaissant aussi les limites humaines.
3.4 Contraintes du changement
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
L’erreur touche autant les fausses convictions que les mauvaises attitudes.
Un des obstacles au progrรจs de la connaissance c’est le comportement misonรฉiste : offrant des rรฉsistances au changement, sous le prรฉtexte de maintenir la vรฉritรฉ et la sรฉcuritรฉ acquises.
Le misonรฉisme, trรจs tรดt dรฉnoncรฉ par le fondateur de la psychosynthรจse, constitue une vraie paralysie existentielle !
Assagioli dรฉfinit le misonรฉiste comme quelqu’un qui a une aversion :
- profonde contre la nouveautรฉ et ou l'imprรฉvu,
- contre ce qui n'entre pas dans son cercle,
- souvent รฉtroit dans ses propres convictions antรฉrieures et
des idรฉes toutes faites !
Il associe aussi ces tendances et ces attitudes :
- ร des pressions d'ordre social,
- ร des troubles d'ordres psychologiques,
- ร l'รฉtroitesse d'esprit,
- ร l'attachement tรชtu ร des idรฉes fixes,
- la survalorisation de l'รฉquilibre obtenu,
- ร une fausse รฉconomie de la pensรฉe qu'il qualifie d'"avarice de la pensรฉe" et de "paresse mentale".
Assagioli mentionne :
« Les vieux concepts et dogmes, les idรฉologies fausses ou unilatรฉrales et fanatiques que la mentalitรฉ humaine a fabriquรฉ dans le passรฉ, continuent encore de se crรฉer. »
Il y voit :
« une tendance gรฉnรฉrale, trรจs forte de l’esprit humain ! »,
ce qui devient alors :
« un grand obstacle au progrรจs de la science aux services de toute civilisation ! »
Le misonรฉisme est le pรจre de la stagnation alliรฉe ร une dรฉcadence qui engendrent l’entropie !
C’est ร noter que le misonรฉisme n’est pas une affaire privรฉe.
On l'observe souvent dans le domaine social et culturel, le terrain propice de son enracinement et de son essor.
Bien souvent, c’est le mimรฉtisme et la stรฉrรฉotypie qui rรจgnent en maรฎtre au sein des sociรฉtรฉs, oรน la pression sociale tend ร interdire la voie du changement !
L’รฉpoque du romantisme est fort caractรฉrisรฉe par la tendance du retour d'une canonisation du primitif, engendrant la mรฉfiance et une tendance vers le discrรฉdit d'une certaine modernisation.
Toutes les sociรฉtรฉs qui jouissent de la prospรฉritรฉ sont propices ร se fixer dans le ' statu quo ' de ses nantis, qui finissent par รชtre dรฉpassรฉes dรป ร la/ l'(in) flexibilitรฉ des uns et des autres !
C’est propre d’un systรจme fermรฉ** de vouloir perpรฉtuer le confort de ses acquis et de les faire miroiter...
** capitaliste, mondialiste, empiriste...
Le misonรฉisme reprรฉsente un manque de confiance dans le futur qui engendre la peur de prendre des risques dans le prรฉsent !
Le misonรฉiste cherche son refuge dans le passรฉ, et sans le courage de passer d’un avant stable vers un avant incertain, il se ferme dans le confort d’une certitude, alors que l’incertitude reste une voie indispensable ร la sagesse humaine !
Le misonรฉiste s’attache ร un niveau de conscience de rejets. Tout en faisant de la nouveautรฉ un danger, qui transforme la vie en survie.
Dans ce cas, le savoir reste un esclavage pire que l’ignorance, et devient une entrave au flot de la vie.
Socialement, il se caractรฉrise par un retrait, une mise en question ou une fausse รฉmancipation, allant parfois jusqu'au rejet qui semblerait compromettre une nouvelle identification.
Le misonรฉiste se protรจge non seulement du nouveau, mais aussi de l’inconnu.
Pratiquement synonyme :
d’immobilisme, de fixisme et de paralysie.
L’Histoire est devenue un cercle vicieux, voire un cul de sac, dans la mesure oรน les rรฉponses d’hier semblent toujours plus ou moins inadรฉquates aux questions d’aujourd’hui.
Se fermer dans le connu, c’est faire du savoir notre propre prison.
Le sage se place ร la pรฉriphรฉrie du savoir, prรชt ร mettre un pied dans un territoire inconnu, ร commencer par celui de son inconscient !
C’est par le dรฉpassement des frontiรจres que nous nous approchons davantage de nous-mรชmes et des autres !Il est tellement important d’acquรฉrir des connaissances, et plus encore d’รชtre capable de s’en dรฉbarrasser.
En effet, le dรฉtachement du savoir reste le point de dรฉpart de la sagesse !
En fait, l’attachement au passรฉ, y incluant l’expรฉrience accumulรฉe, risque de transformer le prรฉsent en musรฉe.
L’attachement au dรฉjร -su รฉtouffe la curiositรฉ et arrรชte la croissance, et se ferme ร l’รฉmerveillement et engendre l’obscurantisme.
Chaque nouvelle รฉpoque y vient ajouter l’inรฉdit, et chaque personne y est appelรฉe : ร recevoir, ร ajouter et ร transmettre les trรฉsors de la connaissance.
Face au cours de l’histoire et des รฉvรจnements, l’arrรชt systรฉmatique devient un recul.
L’innovation fait avancer et provoque un รฉquilibre dynamique !
L’inconnu nous attend en permanence et il constitue un dรฉfi plein de potentialitรฉs.
Le risque est bien prรฉsent, mais il faut bien savoir l’intรฉgrer hors de l’illusion que l’on peut l’รฉviter !
Goethe exprime :
« toute relation nouvelle mise au jour, tout nouveau procรฉdรฉ, les insuffisances et les erreurs mรชmes sont utilisables ou stimulants, et ne sont pas perdus pour l‘avenir ! »
L’ouverture ร l’inconnu fait du risque une opportunitรฉ !
Il y a l’appel ร une ascรจse au niveau du moi personnel qui le fait reculer paniquer, ou, qui le porte, une fois mentalement obstinรฉ, ร s’opposer ร la nouveautรฉ du Soi transpersonnel.
Au dire de Davina Cox :
« l’intellect doit รชtre humble. Nous devons mourir pour le connu, avant que nous puissions faire l’expรฉrience de l’inconnu ! »
Selon Assagioli :
« toute la comprรฉhension d’une nouvelle vรฉritรฉ produit un รฉlargissement de la conscience, le sens d’une expansion joyeuse et de libรฉration ! »
La connaissance n'oppose pas le changement ร la fixitรฉ.
Elle provient plutรดt de leur synthรจse.
C'est pourquoi, Assagioli ne considรจre pas que le "nรฉophilisme" soit la bonne rรฉponse au ' misonรฉisme ', car le changement de polaritรฉ, fruit d'une rรฉaction, peut conduire ร des situations chaotiques.
Le nรฉophilisme dรฉvalorise l’hรฉritage et sabote son potentiel.
Le misonรฉisme s’accroche ร la tradition, manque de flexibilitรฉ, provoque une sclรฉrose existentielle et s’oppose ร l’รฉvolution !
Le fondamentale c’est d’avoir une attitude humble de dรฉtachement par rapport au passรฉ et de l’ouverture concernant le futur... Une relativisation du connu et un accueil amoureux du mystรจre.
Il y a donc l’originalitรฉ de l’innovation en rapport avec l’hรฉritage. Celui-ci est tradition dans le sens originel de faire passer d'une gรฉnรฉration ร l’autre, ce qui devient
une nouveautรฉ par le biais d’une appropriation existentielle.
L’รฉvolution a besoin de l’inclusion, tout en faisant appel ร la transcendance.
Le savoir devient un obstacle ร la nouveautรฉ, lorsqu’il y a un attachement ร nos propres connaissances.
Krishnamurti observe :
« L’homme qui ne cesse de s’abriter derriรจre des connaissances n’est pas un chercheur de vรฉritรฉ. La dรฉcouverte de la vรฉritรฉ n’a pas de sentier. Vous devez entrer dans les ocรฉans inexplorรฉs, ce qui n’est ni dรฉprimant, ni aventureux.
Lorsque vous voulez dรฉcouvrir du neuf, lorsque vous expรฉrimentez, votre esprit doit รชtre trรจs tranquille ; car s’il est encombrรฉ, rempli de faits et de connaissances, tout ce bagage est un obstacle au neuf ! »
En d’autres termes, dit-il :
« si l’on n’est pas affranchi des rรฉsidus de l’expรฉrience, on ne peut pas recevoir le neuf »
« Hors l’attachement aux rรฉsidus de nos connaissances et de nos vรฉritรฉs, on fait de la place pour tomber en amour avec la vรฉritรฉ ! »
« l’amour n’est pas un rรฉsidu, l’amour n’est pas une expรฉrience, c’est un รฉtat d’รชtre รฉternellement neuf ! »
Krishnamurti
L’amour de la sagesse se conjugue alors avec le dรฉtachement concernant les connaissances acquises.
Ce sont plutรดt des paradigmes nouveaux et inclusifs qu'il faut crรฉer.
Pour le fondateur de la psychosynthรจse :
« il est รฉvident qu'il ne suffit pas de dรฉtruire; on ne peut pas vivre dans le dรฉsordre, dans l'anarchie. Nรฉanmoins, il faut chercher, trouver et essayer de nouvelles idรฉes, conceptions et formes de culture et de vie pour remplacer les anciennes ! »
Mais, toute connaissance ne provient pas des domaines de la nouveautรฉ.
On apprend du nouveau et l’on apprend d’avantage ร voir l’ancien d’une faรงon nouvelle !
C’est la qualitรฉ de la prise de conscience sur nous-mรชmes, et sur n’importe qui ou quoi, qui donne au savoir la teneur de la connaissance alliรฉe ร la saveur de la nouveautรฉ.
L'ancien et le nouveau ne sont pas des alternatives, mais des stades complรฉmentaires d'un processus permanent.
Plus important que de passer du vieux au nouveau, c'est le fait de les harmoniser tous les deux !
Chaque nouveau paradigme est davantage une crรฉation, et non pas un simple assemblage.
Lorsqu’on pense ร l’ancien et au nouveau, il n’y est pas question d’une addiction, mais de leur synthรจse laquelle simultanรฉment reprรฉsente et fait appel ร la crรฉativitรฉ.
Il y a alors du vin nouveau qui demande des outres neufs capables de contenir une รฉnergie nouvelle !
Si un autre monde est possible,
une rรฉvolution dรฉmocratique est nรฉcessaire !
Yannick Kergoat
ร propos de la tension entre le passรฉ et le futur, Assagioli remarque :
« Nous vivons dans une pรฉriode de changements draconiens et de renouvellement rapide... bien des formules anciennes ne sont plus opรฉrantes.
Les vieilles faรงons de vivre deviennent de plus en plus inadรฉquates par rapport aux exigences actuelles.
Il est donc inutile de nous y attacher et d'entretenir l'illusion de pouvoir les garder intactes.
Par contre, le nouveau ne doit pas รชtre choisi ร la hรขte et sans discernement [...].
Nous ne devons pas abandonner les voies รฉprouvรฉes avant d'en avoir trouvรฉ d'autres nouvelles et meilleures.
Mais sitรดt, que nous trouvons de nouveaux sentiers, nous devons avoir le courage et la volontรฉ de nous jeter hardiment et joyeusement dans l'aventure que le futur nous rรฉserve.»
Tout l’apprentissage doit intรฉgrer le savoir dans la vie; non pour exclure ou remplacer quelque chose, mais pour la rendre plus vivante.
C'est pourquoi Assagioli considรจre comme erreurs :
- le matรฉrialisme positiviste, de par sa limitation du logos aux faits naturels;
- que de l'intellectualisme rationaliste dans lequel le logos est sรฉparรฉ de la rรฉalitรฉ vivante !
Tel est le cas, selon lui, de l'intellectualisme hindou, le sophisme grec et de la scolastique mรฉdiรฉvale.
- Le savoir exclusif devient :
- extรฉrieur,
- chosifiรฉ, imposรฉ
- et formel.
tandis que
- le savoir inclusif est :
- intรฉrieur,
- personnalisรฉ
- et existentiel !
Le tableau suivant permet une meilleure comparaison des deux modรจles.
Modรจle formel :
Statisme : Le savoir est un produit fini et ร recevoir. L'histoire se rรฉpรจte et le savoir est un hรฉritage.
Modรจle existentiel :
Dynamisme : Le savoir est une dรฉcouverte permanente. L 'histoire se poursuit, le savoir est en mรชme temps hรฉritage et dรฉcouverte.
Modรจle formel :
Autoritarisme : Le savoir est le monopole des savants, son accรจs est contrรดlรฉ par ceux qui en sont les propriรฉtaires. Le savoir est donnรฉ sous forme de dogme ร accepter.
Modรจle existentiel :
Dรฉmocratie : Le savoir est un bien commun. Il y a de la place pour donner et recevoir. Le savoir est partagรฉ.
Modรจle formel :
Lรฉgalisme : Prioritรฉ de la lettre sur l'esprit; le savoir est une norme (lois) ร suivre.
Modรจle existentiel :
Processus existentiel : Prioritรฉ du vรฉcu sur la norme; le savoir est une expรฉrience existentielle.
Modรจle formel :
Utilitarisme : La crรฉativitรฉ est en fonction de la productivitรฉ; le savoir est un produit de consommation.
Modรจle existentiel :
Crรฉativitรฉ : La crรฉativitรฉ est en fonction de la vie.
Le savoir est un รฉveil intรฉrieur.
Modรจle formel :
Misonรฉisme : Le savoir est un acquis ; la garantie du
savoir est l'expรฉrience.
Modรจle existentiel :
Ouverture - Le savoir s’ouvre ร la nouveautรฉ. Il est souple. Sa sรฉcuritรฉ est dans l'intรฉgration.
Le savoir existentiel est incluant :
il comprend l'intรฉgralitรฉ et la synthรจse des donnรฉes autant individuelles que collectives. Il ne constitue jamais un domaine exclusif et privรฉ, puisqu’il fait l'objet d'un hรฉritage et d'un projet de toute l'humanitรฉ.
La "dรฉmocratie culturelle" fait ainsi appel ร une "psychosynthรจse culturelle" axรฉe sur le partage et fondรฉe sur le principe de l'interdisciplinaritรฉ.
Pour progresser dans le savoir, il faut tenir compte aussi :
- du savoir-faire,
- du savoir-รชtre
- et du savoir-vivre !
Connaรฎtre et se connaรฎtre doivent se conjuguer est un des principes de la Psychosynthรจse !
4 - Pierres d'achoppement
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Dans la dรฉmarche psychosynthรฉtique vers la connaissance de soi, il est fort important d’identifier les moyens menant ร l’auto-identification.
Entre-temps, on doit tenir compte des attitudes et des obstacles qui retardent ou qui empรชchent l’atteinte des objectifs.
Les attitudes susceptibles de diffรฉrer ou de paralyser l'ouverture de soi ร soi sont surtout :
- l'indiffรฉrence,
- le scepticisme,
- l'aboulie : Trouble mental caractรฉrisรฉ par la diminution ou la privation de la volontรฉ, c'est-ร -dire par l'incapacitรฉ d'orienter et de coordonner la pensรฉe dans un projet d'action ou une conduite efficiente.
- la paresse
- et le dรฉcouragement.
La volontรฉ a un rรดle trรจs important ร jouer pour contrer de telles attitudes.
Sur la voie qui conduit ร l’auto-identification il y a souvent des รฉcueils ร dรฉcouvrir et des obstacles ร franchir dont il est fort important d’en prendre conscience.
Les sept รฉlรฉments suivants que l’on passe ร considรฉrer semblent รชtre les obstacles les plus communs ร compromettre cette dรฉmarche qui affectent la personnalitรฉ !
Pourtant, elles sont difficiles ร dรฉcouvrir chez nous-mรชmes, puisque trop proches et ordinairement dรฉguisรฉes !
4.1 l'รgocentrisme
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
L’รฉgocentrique est une ivresse de soi-mรชme. Il se caractรฉrise par la tendance ร trop se valoriser, d'absolutiser ses propres rรฉfรฉrences, croyances et points de vue.
Ce penchant est dรฉfini plus explicitement par Assagioli, comme :
« une tendance gรฉnรฉrale ร tout rรฉfรฉrer ร soi, ร tout considรฉrer de faรงon subjective ร partir de ses propres idรฉes, de ses propres rรฉactions รฉmotives, et aussi en fonction de ses propres aspirations, et pour son propre intรฉrรชt, y compris les idรฉaux du bien ! »
Assagioli y ajoute:
« L’รฉgocentrique parfois se donne du mal ร faire du bien, mais il s’agit d’un bien fait ร sa faรงon... Bien souvent c’est un bien autoritaire et fanatique. Il veut convertir ร ses convictions, et imposer ses mรฉthodes... dans les remรจdes qu’il offre, et tout cela avec la meilleure des intentions ! »
L’รฉgocentrisme est une caractรฉristique commune de la conscience au niveau de la personnalitรฉ.
Il y a alors une tendance ร se fermer non seulement aux convictions des autres, mais ร soi-mรชme en crรฉant une rรฉsistance ร s’ouvrir ร la lumiรจre du Soi transpersonnel.
Assagioli dรฉsigne de : ' ptolรฉmisme psychologique ' :
c'est le stade รฉgocentrique oรน il observe une erreur de perspective.
La vraie connaissance de soi remplace ainsi la conception anthropocentrique et personnaliste, d'un hรฉliocentrisme spirituel, ou en se focalisant que sur nous-mรชmes.
Quelqu'un peut รชtre altruiste tout en restant รฉgocentrique, de mรชme qu'on peut รชtre allocentrique pour des raisons รฉgoรฏstes.
Renรฉ Le Senne exprime :
« tout homme est inรฉgalement รฉgocentrique et allocentrique :
le saint cherche en mรชme temps le renoncement et le salut,
le hรฉros poursuit la dรฉfaite de l'ennemi et se rรฉjouit de sa propre victoire,
le savant cherche la vรฉritรฉ et il en escompte la satisfaction de son intelligence.
Inversement, le vaniteux, l'orgueilleux se soumettent au jugement des autres pour en recevoir รฉventuellement louanges, pouvoir, admiration, obรฉissance, si bien qu'on se demande souvent si l'orgueil est de l'humilitรฉ ou l'humilitรฉ de l'orgueil; la vanitรฉ un esclavage, ou le dรฉsir de la popularitรฉ du commencement d'une escroquerie ! »
Il y a toutes ces tendances au niveau de la personnalitรฉ, nommรฉment la tentation et la dรฉviance fort communes du culte de la cรฉlรฉbritรฉ !
Le dรฉpassement de l’รฉgocentrisme implique un renoncement relatif ร n’importe quel sentiment et attitude personnelles qui tendent ร transformer les autres en satellites de soi-mรชme et souvent sous les dรฉguisements de l’ego ร l’ombre des drapeaux ethnocentriques d’une race, d’un pays...
Plus fondamentalement, il y a un appel ร une nouvelle dimension de la propre individualitรฉ en termes d’identification.
Tel que remarquรฉ par Abraham Maslow :
« la meilleure rรฉalisation possible de l’identitรฉ, de l’autonomie, de l’individualitรฉ, est le dรฉpassement de soi, percรฉ au-delร et au-dessus de l’individualitรฉ ! »
4.2 รgoรฏsmeSources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
L’รฉgoรฏsme est considรฉrรฉ par Assagioli comme รฉtant l’obstacle fondamental !
Il traduit une vision utilitariste du monde et un รฉtat d’isolement, incitant ร donner prioritรฉ ร la satisfaction de ses propres besoins et dรฉsirs aux dรฉpens et au dรฉtriment des autres.
Le narcissisme caractรฉrise un tel รฉtat d’esprit.
Au contraire de l'รฉgocentrisme, il n'y a pas de place ici pour l'altruisme !
Pourtant, l’รฉgoรฏsme peut se manifester et se dรฉguiser en apparences altruistes.
L'รฉgoรฏste fait prรฉvaloir ses propres intรฉrรชts et caprices...
Il se rend fondamentalement esclave des forces instinctuelles auxquelles il se trouve identifiรฉ par le manque de communion avec le Soi qui est la source de l'auto-identification et de l'amour tant pour soi-mรชme que pour les autres.
Assagioli fait ร cet รฉgard la remarque suivante :
« Cette position รฉgoรฏste, ou รฉgocentrique, avant de constituer un manque du sens moral, est fondamentalement une illusion, une erreur... je dirais scientifique. En fait l’individu isolรฉ n’existe pas. Volontiers ou non, on est stressรฉ d’abord dans une foule de rapports interpersonnels et sociaux... on est en plus une partie intรฉgrante de la vie universelle avec laquelle on a des rapports bien plus grands qu’on puisse s'en rendre compte ! »
Tout en considรฉrant qu’il s’agit d’une tendance dangereuse inhรฉrente ร la nature humaine, Assagioli tient que :
« le contrรดle de l’รฉgoรฏsme n’est donc pas seulement une exigence รฉthique, mais aussi un besoin pour la vraie sรฉcuritรฉ de l’humanitรฉ ! »
Le narcissisme est une modalitรฉ d’รฉgoรฏsme caractรฉrisรฉ par l’auto-contemplation vide du vrai sens d’identification et authenticitรฉ.
L’รฉgoรฏsme constitue l’illusion et le culte de la personnalitรฉ.
On dit qu’il s’agit de la derniรจre chemise dont l’homme se dรฉshabille. C’est ร noter que l’attachement ร des รฉtats supรฉrieures de conscience devient รฉgalement une forme d’รฉgoรฏsme dรฉguisรฉ.
Comme le dit Eric Fromm :
« รtre exige
l'abandon de notre รฉgocentrisme et de notre รฉgoรฏsme »
« รtre soi, s'accepter tel que l'on est, est la meilleure maniรจre de conduire sa vie. รtre authentique avec soi et avec les autres est le meilleur moyen de ne pas tomber dans les piรจges de l'ego ! »
Laurent Chรขteau
4.3 รgotisme
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Plus qu’un simple obstacle ร la connaissance de soi, l’รฉgotisme traduit une perversitรฉ de l’รฉgoรฏsme !
Culte idolรขtrique qui enivre la personnalitรฉ c’est l’รฉgotisme que Luce Sannangelantonio qualifie comme :
« une adoration de l'รฉgoรฏsme ! »
En plus, c'est un attentat ร l’identitรฉ et ร la dignitรฉ des autres !
Effectivement, l'รฉgotique se consacre avec acharnement au culte de soi et il n'hรฉsite pas ร abaisser n’importe qui pour s'รฉlever, et donc ร tout sacrifier au profit de son รฉgoรฏsme !
Pour dรฉnoncer cette erreur et cette dรฉformation, Assagioli parle de :
« dรฉification du moi individuel ! »
Il s'agit du pire des aveuglements en ce qui concerne la connaissance de soi et des autres.
Il reprรฉsente la personnalitรฉ en mรชme temps soucieuse de grandeur, nourrie de l’รฉgoรฏsme et habillรฉe en orgueil.
C’est dans ce sens que Alberti parle du :
« complexe de prรฉsomption » opposรฉ ร celui de l’humiliation, tous les deux ร caractรจres morbides conduisant ร la dissociation.
L’รฉgotiste mรฉprise les autres...
Celui-ci est synonyme de l'orgueil de la personnalitรฉ systรฉmatiquement fermรฉe ร la connaissance et ร l’amour de soi-mรชme et des autres.
4.4 Extraversion
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
L’extraversion semble l'obstacle ร la connaissance de soi le plus commun et le moins facilement repรฉrable, puisque systรฉmatiquement rรฉpandue.
En 1909, le jeune Assagioli รฉcrivait :
« ร cause d'un exil long et volontaire de notre civilisation dans le monde extรฉrieur, nous avons perdu la connaissance intime et vรฉcue de nous-mรชmes. Alors, comme des รฉtrangers, nous tรขtonnons malheureusement dans le labyrinthe mystรฉrieux de notre moi ! »
ร l’รขge avancรฉ, il y revient avec des remarques analogues, gรฉnรฉralement dit-il :
« notre attention, notre intรฉrรชt, nos activitรฉs sont tournรฉs vers des problรจmes extรฉrieurs, pratiques, vers des tรขches et des buts qui sont en dehors de nous-mรชmes [...]. Nous nรฉgligeons de chercher ร savoir ce que nous sommes et qui nous sommes. »
Il en rรฉsulte alors que nous sommes ' dรฉsaxรฉs ', hors de notre axe central de la connaissance de ce que nous sommes en rรฉalitรฉ !
Ce n’est pas l’aspect extรฉrieur de la vie qui devient par soi-mรชme un obstacle ร la connaissance de soi, mais sa prรฉdominance au point de mรฉconnaรฎtre, oublier ou รฉtouffer notre dimension intรฉrieure.
Cette situation, bien commune ร toute l’humanitรฉ, a รฉtรฉ mise en รฉvidence par la mythologie grecque, tout en faisant de Lรฉthรฉ le fleuve de la sรฉparation et de l’oubli par rapport ร nous-mรชmes.
L’extraversion prend son sens lorsqu’elle signifie une irradiation ร partir de notre centre de conscience, mais elle devient dangereuse comme :
l'ignorance, l'inconscience...
la fuite, le dรฉni...
et l'รฉvasion
par rapport ร ce centre, d’oรน l’appel d’Assagioli ร l’introversion comme un besoin urgent, puisque : en re-entrant chez nous- mรชmes, nous dรฉcouvrons notre Centre, et notre รชtre vรฉritable !
4.5 Dogmatisme
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Bien souvent la soi-disant connaissance de soi ne passe pas d’un amas d’informations empruntรฉes, voire dogmatiquement imposรฉes.
Le dogmatisme des notions et dรฉfinitions, soit-il :
- psychologique,
- philosophique,
- politique,
- religieux ou autres...
reste toujours un piรจge pour n’importe quel systรจme gnosรฉologique, et engrange un obstacle pour la connaissance en gรฉnรฉral, et tout particuliรจrement en faveur de la connaissance de soi.
le dogmatisme s’accroche ร des convictions immuables et impose des vรฉritรฉs absolues. Pourtant, l'infaillibilitรฉ est bien loin de constituer un apanage humain. Le dogmatisme est sans doute une prison pour le savoir ?
Dans le savoir mal conduit, le dogmatisme peut faire monter l'ignorance, et l'infaillibilitรฉ semble traduire l'illusion la plus sophistiquรฉe.
Lorsque l’information est transmise et reรงue comme une sorte de sacrement d'une vรฉritรฉ absolue et agissante, la science peut figer et รฉconduire et la vรฉritรฉ.
Jouer aux vรฉritรฉs รฉternelles, c'est demeurer prisonnier d'erreurs perpรฉtuelles.
Au dire de Viktor Frankl :
« Dans un sens, toute ‘ vรฉritรฉ ’ n’est qu’une erreur qui corrige une autre erreur. »
La Philosophie nous enseigne ร douter de ce qui nous paraรฎt รฉvident.
La propagande, au contraire, nous enseigne ร accepter pour รฉvident ce dont il serait raisonnable de douter
Aldous Huxley
Quiconque, personne ou groupe, prรฉtend savoir et imposer des vรฉritรฉs toutes faites fait preuve d’imposture et tombe d’emblรฉe dans le discrรฉdit.
Le dogmatisme est une cage qui fait croire qu'il offre la sรฉcuritรฉ et peut nous transformer en esclavage. le dogmatisme est nรฉ de la cristallisation mentale qui finit de figer le cลur.
ร l’opposรฉ et souvent en rรฉaction contre le dogmatisme il y a le refuge du scepticisme !
Nรฉanmoins, tout en considรฉrant la remarque de Freud :
« quand on se targue d’รชtre sceptique, il convient parfois se douter de son propre scepticisme. »
Toutes les connaissances ayant leur pivot dans la sagesse appuient leurs postulats dans l’expรฉrience directe ร jamais axรฉes sur des impositions extรฉrieures et des notions figรฉes.
Pitirim Sorokin remarque :
« Ce que semblait vrai hier est faux aujourd’hui, et demain on peut prouver d’รชtre faux ce qui est vrai aujourd’hui ! »
Sans faire de la vรฉritรฉ un mensonge, il faut considรฉrer son caractรจre provisoire.
Dans une dรฉmarche psychosynthรฉtique vers la connaissance de soi,
il n'y a pas de place ni pour un savoir hermรฉtique, ni pour un dogmatisme stรฉrรฉotypรฉ, ni pour une insรฉcuritรฉ en provenance d'un agnosticisme incapable de dรฉpasser les potentialitรฉs de la raison.
Le savoir est incompatible avec la prรฉtention.
Les vรฉritรฉs, surtout par rapport ร nous-mรชmes, ne sont que points de dรฉpart pour la Vรฉritรฉ.
Elles doivent faire autant de l’hรฉritage que de l’acquis un point de dรฉmarrage, ou simplement le soupรงon d’un indicatif de bonne direction, ne correspond pas ร un cul-de-sac d'une perspective sceptique.
Il y aura alors des connaissances sans monopole, de la conviction sans arrogance, de l’enseignement sans imposition, et de l’apprentissage sans prรฉsomption.
Il semble bien que nos vรฉritรฉs soient, en toute modestie et par rapport ร la connaissance de soi, plus quelque(s) chose(s) que nous cherchons encore...
En fin de compte, la vรฉritรฉ n’est pas quelque chose ร dรฉcouvrir, mais plutรดt quelqu’un (** quelque(s) chose(s) ) ร identifier d’abord au cลur de nous-mรชmes et ร vivre dans la transparence du Soi, de l’esprit qui nous anime !
4.6 Individualisme
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
L’individualitรฉ risque d’รชtre comprise dans le sens d’une indรฉpendance sรฉparative et d’exclusion, mettant l’individu ร l’รฉcart et au dรฉtriment des connections d’ordre social, aussi bien que dans l’isolement par rapport ร l’univers !
Chaque personne est effectivement originale et toujours unique, tout en gardant des รฉlรฉment communs avec les autres humains !
Mais, l’originalitรฉ donne lieu ร la distinction qui n’est pas du tout synonyme de sรฉparation, et moins encore de confrontation ou d’exclusion.
Elle honore la diffรฉrence qui s’oppose ร l’indiffรฉrence, aussi bien qu’ร la compรฉtition !
Au cลur de la vraie identification, il n’y a plus de sens pour des illusions en termes de rapports de supรฉrioritรฉ ou d’infรฉrioritรฉ.
La connaissance de soi constitue ร la fois le fondement de la psychosynthรจse individuelle et le pont vers la psychosynthรจse sociale !
Loin d’un repli sur soi-mรชme, elle constitue le garant de la capacitรฉ pour la solidaritรฉ qui prend ses racines dans un rapport de valorisation et d’estime envers autrui.
Le point de dรฉpart reste cependant au cลur de nous-mรชmes.
La modalitรฉ d'auto-identification conditionne :
- la faรงon d'identifier les autres,
- la nature des liens que l'on รฉtablit,
faisant que la connaissance de soi ne reste point comprise en termes de singularitรฉ absolue.
ร la hauteur du Soi, il y a le singulier et le pluriel en mรชme temps; l’individuel et le collectif se rencontrent et se complรจtent au niveau d’une synthรจse !
Plus la psychosynthรจse individuelle se concrรฉtise au niveau du Soi transpersonnel, mieux, elle aide ร comprendre que la connaissance de soi passe par des dรฉsidentifications successives, tout en impliquant non seulement la 'mort' du soi personnel, mais aussi le dรฉpassement d'une identification exclusivement individuelle.
Le « connais-toi toi-mรชme » reste une prรฉmisse suivie de la conclusion suivante :
« et tu connaรฎtras l’Univers et les Dieux ! »
Tel est le texte complet de la plaque du temple d’Apollon le
dominateur du Python le serpent fabuleux.
Cela comprend deux aspects complรฉmentaires :
- l’intรฉriorisation vers l’auto-identification
- la sortie de soi-mรชme vers la co-identification avec tout et tous.
La connaissance de soi n'est pas donc une ลuvre isolรฉe.
La conscience de nous-mรชmes et la conscience des autres vont ensemble.
Avec sa thรจse du « nul n’est une รฎle », Thomas Merton explique :
« Ce n'est pas en nous repliant sur nous-mรชmes mais en allant vers les autres que nous nous trouvons, et cependant avant d'aller vers les autres, il faut nous connaรฎtre nous-mรชmes ! »
Cette pensรฉe rejoint celle d'Assagioli lors de l’affirmation suivante :
« Il faut d'abord nous comprendre nous-mรชmes, et ensuite les autres ! »
Il y a encore, au niveau du Soi, le sens et l’appel ร la complรฉmentaritรฉ entre l’individuel et l’universel.
La conscience du tout est nรฉcessaire ร l’identification de la fraction.
Dans les Mystรจres d’รleusis, l’รขme รฉtait mรชme sensรฉe de sortir du corps en vue de communiquer avec l’รฉnergie du soleil rรฉpandue sur la terre et partout, de faรงon ร attendre ainsi la vraie connaissance de soi.
Plutรดt que d’abandonner le corps, il est question de le redimensionner. Larri Dossey exprime que :
« la frontiรจre de notre corps doit รชtre รฉtendue mรชme plus loin que la propre terre. »
En fait il y a :
« une corrรฉlation d’un corps avec touts les autres, faisant que la vie soit un processus universel et non pas individuel. »
Cela correspond ร une vision et une rรฉciprocitรฉ qui commandent insรฉparablement la psychosynthรจse dans ses expressions et ses dimensions :
individuelle,
sociale,
universelle.
ร ce propos, Abraham Maslow รฉcrit :
« La meilleure rรฉalisation possible de l’identitรฉ, de l’autonomie, de l’individualitรฉ, est en mรชme temps le dรฉpassement de soi, percรฉ au-delร et au-dessus de l’individualitรฉ. La personnalitรฉ devient ainsi moins รฉgocentrique. »
Cherchant une auto- identification positive, on peut toujours dire avec Jacques Croteau :
« J'ai besoin de l'autre pour me connaรฎtre, comme il a besoin de moi pour se connaรฎtre [...]. Nous sommes l'un pour l'autre des miroirs ! »
Il n’y a pas donc de connaissance individuelle sans connaissance interindividuelle, alors que toutes deux donnent lieu ร une identification ร caractรจre spirituel, c’est-ร -dire au niveau ou dans la perspective du Soi.
Un tel fait est ainsi prรฉsentรฉ par Assagioli :
« Cette identification spirituelle est bien diffรฉrente de l'identification passive et รฉmotive qui se produit souvent entre personnes qui s'aiment passionnรฉment; celle-ci est aveugle, absorbante, exclusive, exigeante; la premiรจre, au contraire, est clairvoyante, exempte d'attachement et dรฉsintรฉressรฉe. »
Pareil degrรฉ d’auto-identification conduit ร la communion avec tout et tous.
Comme le remarque Abraham Maslow :
« Il semble y avoir lร un cas de parallรฉlisme ou d’isomorphisme entre l’intรฉrieur et l’extรฉrieur. C’est-ร -dire qu’au moment oรน l’individu perรงoit l’essentiel de l’รชtre du monde, il se rapproche de son รชtre propre, de sa propre perfection, de son propre achรจvement. »
Alberti exprime :
« la condition existentielle de l’homme semble d’รชtre celle de se trouver dans une position centrale intermรฉdiaire entre le Soi et le non-Soi. »
Une telle position pourra รชtre perรงue et vรฉcue comme les limbes de l’existence.
Ken Wilber fait voir que :
« la frontiรจre entre soi et non-soi est la premiรจre que nous traรงons et la derniรจre que nous effaรงons ! »
C’est tout ร fait normal et amusant le questionnement de l’enfant par rapport ร tout et ร tous.
Il n’est pas moins naturel et excitant le souci de l’adulte en vue de l’auto-identification.
Celle-ci postule la connaissance des autres et de l’univers, dans le sens de conjuguer la psychosynthรจse individuelle avec la psychosynthรจse sociale et aussi avec la psychosynthรจse universelle.
Cela donne en mรชme temps un sens d’รฉlargissement de notre identification, de pair avec la conscience de la juste proportion, oรน, loin de nous isoler du ' tout ', nous perdons la vellรฉitรฉ d’en รชtre le centre de convergence et de contrรดle.
Tout ce qui existe peut alors devenir pour nous un miroir, d’identification et de co-identification en mรชme temps.
Dans la perspective de l’univers dont chaque individu est partie constitutive, Teilhard de Chardin offre la rรฉflexion suivante :
« Nous nous connaissons et nous nous dirigeons, mais dans un rayon incroyablement faible. Immรฉdiatement au-delร commence une nuit impรฉnรฉtrable, et cependant chargรฉe de prรฉsences - la nuit de tout ce qui est en nous et autour de nous, sans nous et malgrรฉ nous ! »
Le sens de l’intรฉgration de l’individuel dans l’universel conduit ร l’รฉmerveillement de l’un et de l’autre !
La dialectique du ' je ' et du ' tu '
porte ร la dรฉcouverte de l’essentiel de chacun, en termes qui sont prรฉsentรฉs comme l’identification de l’immanence divine au cลur de l’humain, le Namaskar, respectรฉe et saluรฉe en Orient par le ' Namastรฉ ' voulant dire :
« Je salue la divinitรฉ en toi ! ».
L’honorable propos de Dostoรฏevski de :
trouver l’homme dans l’homme -
ne dispense pas la rรฉfรฉrence, le rapport et la complรฉmentaritรฉ qui proviennent du tout et du tous.
Au lieu de la sรฉparation, on peut y trouver la communion et aussi le mystรจre !
L’individualisme reste un handicap psychologique.
Telle est la pensรฉe de Pascal, tout en considรฉrant que :
« nous sommes quelque chose et nous ne sommes pas tout. [..] Le peu que nous avons d’รชtre nous cache la vue de l’infini. »
L’image que l’on a de soi-mรชme, รฉtant toujours imparfaite, est souvent fausse, due ร des erreurs qui proviennent soit de la fatuitรฉ soit de la dรฉprรฉciation.
Celles-ci se trouvent en rapport avec la tendance de comparaison avec autrui,
souvent en termes de compรฉtition, alliรฉe soit ร l’infรฉrioritรฉ soit ร la supรฉrioritรฉ, voire aussi ร la jalousie ou au dรฉdain.
Assagioli relie cette attitude au dรฉveloppement mental allant de pair avec une grande adaptabilitรฉ de critiquer, de sur-analyser et de dissรฉquer, de considรฉrer...
4.7 Grรฉgarisme
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Dans le processus de dรฉsidentification et d'auto-identification, il est important de tenir compte du genre de rapport d'identification รฉtabli avec autrui.
Alors que l’individualisme se ferme ร l’autre, le grรฉgarisme risque de diluer l’individu dans la collectivitรฉ.
Il semble que certains individus sont incapables de se dรฉsidentifier de leur groupe d'appartenance !
L’individualitรฉ qui dรฉtermine le caractรจre unique de chacun rend impossible de trouver l’identitรฉ personnelle en faisant des autres notre seul miroir !La rรฉponse au : ‘qui suis-je ? ’
ne peut pas se dispenser de la perception d’autrui ร notre รฉgard.
Celle-ci peut contribuer ร mieux identifier autant les traits uniques et les traits communs.
Il y a des donnรฉs sur nous-mรชmes dont quelqu’un d’autres peut nous aider ร mieux dรฉcouvrir. Nous acceptons alors de l’information ร notre รฉgard venue d’une perspective extรฉrieure.
Il y a toujours quelque chose chez l’individu que la sociรฉtรฉ peut lui aider ร dรฉcouvrir.
De l’autre cรดtรฉ, il y est question aussi d’apprendre sur nous-mรชmes en mieux connaissant les autres.
En fait, comme le remarque รtienne Gilson :
« l’homme ne peut vraiment se connaรฎtre, tant qu’il prรฉtend ne connaรฎtre que soi ! »
Cela confirme combien sont insรฉparables et complรฉmentaires les dimensions individuelle et sociale !
Au dire de Thomas Merton :
« tout homme est un peu de moi-mรชme, car je fait partie de l’humanitรฉ ! »
5 - Le vitrail des sous-personnalitรฉs
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Tout en dรฉbutant avec les travaux de Pierre Janet sur les ' personnalitรฉs secondaires ', la psychologie du dix-neuviรจme siรจcle commence de prรชter une attention particuliรจre aux manifestations des personnalitรฉs multiples ou sous-personnalitรฉs.
Sigmund Freud met en รฉvidence la sous-personnalitรฉ
qu’il nomme le ' super-ego ' qui tend ร remplacer et agir comme notre identitรฉ rรฉelle.
Les travaux de Eugen Bleuler en Suisse vont dans la mรชme direction !
La monographie d’Otto Rank :
Le Double, montre combien les diffรฉrents anspects de l’image de soi manifestent chacun une sorte de volontรฉ propre.
De son cรดtรฉ, son concitoyen Carl Gustav Jung souligne le rรดle des archรฉtypes nommรฉment en ce qui concerne les tendances conflictuelles entre l’anima et l’animus qui en gros correspondent respectivement ร l’รฉmotion et ร la raison. Sans qu’il soit identique ร une sous-personnalitรฉ, l’archรฉtype peut cependant รชtre compris et alors fonctionner comme tel.
Les approches psychologiques de Fritz Perls et d’Eric Berne regardent aussi le domaine des sous-personnalitรฉs, lorsqu’il y est question respectivement du binรดme « topdog / underdog » sont des transactions alliรฉs aux composantes :
parent, enfant et adulte.
Le jeu des coussins** (chair work) proposรฉ par la Gestalt Therapy, offre aussi un systรจme semblable par le dialogue entre les diffรฉrentes parties de la personnalitรฉ.
Une contribution majeure quoique postรฉrieure provient de l’Amรฉrique du Nord ร commencer par William James l’un des pionniers dans l’identification des sous-personnalitรฉs, tout en tenant compte des variรฉtรฉs des soi (the various selves), ou petits-soi (little selves), et particuliรจrement avec l’ลuvre de Morton Prince et de son รฉcole psychologique reliรฉe ร l’attention donnรฉe aux consciences diverses coexistant dans le mรชme organisme, ce qui porte Assagioli ร commenter :
« La florissante รฉcole amรฉricaine, ร la tรชte de laquelle se trouve le professeur Morton Prince de Boston, n’est pas encore connue et apprรฉciรฉe en Europe comme elle le mรฉrite. [...] M. Prince et ses collaborateurs ont en effet mis en lumiรจre nombre de faits qui augmentent considรฉrablement nos connaissances sur la structure de la personnalitรฉ humaine et sur ses diffรฉrentes modalitรฉs et lois de l’activitรฉ psychique. »
Eric Berne tient compte des diffรฉrents รฉtats de l’ego (ego-states).
La littรฉrature moderne nous offre ร ces propos des exemples remarquables en terme de : sous-personnalitรฉs ou personnalitรฉs multiples telles que l’italien Luigi Pirandello et le portugais Fernando Pessoa.
Tant qu’elles ne sont pas intรฉgrรฉes, chacune reste, selon l’expression de Pirandello :
« un personnage en recherche de son auteur ! »
Robert Gรฉrard remarque que Roberto Assagioli, le concepteur de la psychosynthรจse, tout en donnant son attention au domaine de la personnalitรฉ, semble ne pas considรฉrer ce sujet majeur :
le domaine des sous-personnalitรฉs, et cela en vue de ne pas les renforcer !
Il y a une stratรฉgie de relativisation qui n’est pas le synonyme de manque d’intรฉrรชt !
Assagioli manifeste dรจs tous ses premiers รฉcrits spรฉcifiquement dans sa fable : « Le Roi intรฉrieur »
oรน il y est question des « petits gnomes » fermรฉs dans leur vision รฉtroite et propos รฉgocentriques.
Il s’agit du :
« le peuple ne connaรฎt pas encore son Roi », les gens d’un petit patelin caractรฉrisรฉ par l’รฉtroitesse, l’intrigue et l’intolรฉrance... au point de condamner un jeune qui sort de l’ordinaire et qui en plus de l’expรฉrience fait l’aveu de ce Roi intรฉrieur : le Soi transpersonnel. »
En effet, dans le processus de dรฉsidentification proposรฉ par Assagioli, le fondateur de la psychosynthรจse par rapport :
au corps,
aux รฉmotions
et ร l’intellect,
il y a une conception des grandes sous-personnalitรฉs que l’on doit identifier et intรฉgrer !
Malgrรฉ, cette attention dispensรฉe au domaine des sous-personnalitรฉs, il reste important de souligner la primautรฉ ร donner ร l’auto-identification, c’est-ร -dire : au fait de ne pas glisser dans les identifications fruit d'attentions parcellaires centrรฉes sur les sous-personnalitรฉs.
Telle est la position de Viktor Frankl qui dรฉfinit l’รชtre humain comme : « une unitรฉ en dรฉpit de la multiplicitรฉ ! »
En reprenant la conception de Platon : la psychosynthรจse considรจre l’รชtre humain comme un รฉtat composรฉ par diffรฉrents citoyens, groupes et petites organisations !
C’est ร noter que les sous-personnalitรฉs ont leurs racines non seulement :
- dans l’individu comme tel,
- mais aussi dans l’inconscient collectif,
soit en rapport avec les archรฉtypes mentionnรฉs par Jung, soit dans l’hรฉritage parental tel qu’analysรฉ par Lรฉon Daudet en rapport avec la gestation !
C’est dans ce sens qu’Assagioli tient compte de : ' l’hรฉritage psychique '.
Il distingue en plus, au cours du dรฉveloppement individuel,
- l’enfance
- et l’adolescence
comme des รฉtapes propices ร l’empreinte des sous-personnalitรฉs.
En plus des sous-personnalitรฉs individuelles, il y a aussi les sous-personnalitรฉs collectives comme :
- le genre,
- la race,
- la mode,
- la nation...
et maintes groupes dont on fait partie et qui conduisent ร des identifications partielles.
Le mythe de la tour de Babel s’applique non seulement ร la confusion ร l’intรฉrieure de la personnalitรฉ, mais aussi ร celle de la sociรฉtรฉ d’appartenance.
On trouve par exemple chez certaines traditions africaines, la conviction que l’รชtre humain est animรฉ de plusieurs esprits provenant des parents et des ancรชtres tous en interaction, ce qui peut รชtre perรงu comme une multitude de sous-personnalitรฉs qui peuvent รฉtouffer autant la personnalitรฉ que l’identification individuelle.
Cela fait penser ร la portรฉe de cette affirmation anonyme selon laquelle :
« il y a plus de prisons ร l’intรฉrieur de l’homme que des hommes ร l’intรฉrieur des prisons ! »
Comment identifier plus prรฉcisรฉment les sous-personnalitรฉs ?
Ken Wilber s’occupe de diffรฉrentes particularitรฉs, tout en y distinguant :
- les sous-personnalitรฉs archaรฏques,
- les sous-personnalitรฉs magiques,
- les sous-personnalitรฉs mythiques,
- les sous-personnalitรฉs rationnelles,
- et mรชme les sous-personnalitรฉs de l’รขme laquelle il distingue de l’esprit !
Assagioli lui aussi parle de l’รขme multiple (animo molteplice) ou « groupe de je » sans coordination.
Il va jusqu’ร voir dans chaque รชtre humain :
« un personnage pirandellien. » :
Face ร tout un ensemble d’รฉlรฉments diffรฉrents et contrastants, il le compare ร un harem polypsychรฉiste oรน les diffรฉrences souvent se font accompagner d'opposition rรฉciproque.
Il s’agit de structures semi-autonomes ร l’intรฉrieur de la personnalitรฉ, chacune avec des origines, des caractรฉristiques et des rรดles particuliers.
Il s’agit de multiples tendances et dissonances ร l’intรฉrieur de la personnalitรฉ !
Chaque sous-personnalitรฉ est une partie de la personnalitรฉ qui tend ร se prendre et se manifester comme le tout.
C’est un รฉlรฉment dรฉconnectรฉ du centre de conscience et donc inconscient de son identitรฉ rรฉelle, puisque sans rapport avec le tout !
D’autres parlent de notre « collection » ou de « parlement ».
Malgrรฉ cette sorte de pluralisme, il y a une sรฉparation et un isolement qui tendent ร renfermer, dans une attitude souveraine, chaque sous-personnalitรฉ dans le domaine restreint de son chรขteau fort !
Tout en acceptant la mรฉtaphorique utilisรฉe, il faut cependant comprendre les sous-personnalitรฉs non pas comme des sujets ou des objets ร cataloguer, mais comme des comportements habituels, fruit de tendances et habitudes plus ou moins enracinรฉes !
Il s’agit de formations psychiques assez stables, au sein de la personnalitรฉ, fruit d’une idรฉe fixe ou d'un comportement habituel.
C’est une sorte d’incrustation psychologique pour laquelle la sagesse orientale utilise le nom ' sanskrit de Samskara '.
Cela peut atteindre n’importe quel domaine conscient ou inconscient, tel qu’illustrรฉ ci-dessous.
C’est ร noter :
que chaque sous-personnalitรฉ peut contenir des รฉlรฉments en provenance des niveaux soit personnel soit transpersonnel et tout un mรฉlange de contenus bio-psychiques qui portent ร la confusion entre la partie et le tout.
- Inconscient infรฉrieur
- Inconscient moyen
- Supraconscient
- Champ de la conscience
- Moi personnel
- Soi transpersonnel
« le cลur de la psychosynthรจse ! »
L’approche psychosynthรฉtique promeut en mรชme temps :
- la reconnaissance,
- l’acceptation
- et l’intรฉgration
de nos sous-personnalitรฉs.
L’acceptation dรฉpasse la rรฉpression et la rรฉsignation et n’exclut pas le malaise face ร une sous-personnalitรฉ quelconque !
De ce fait, Assagioli considรจre la psychosynthรจse comme :
un processus de croissance axer sur l’intรฉgration harmonieuse de tous les aspects de la personnalitรฉ autour du Soi, le centre de conscience et de volontรฉ !
Ailleurs, il prรฉsente son approche psychologique comme รฉtant :
« un ensemble de mรฉthodes d’action psychologique destinรฉes ร favoriser et ร promouvoir l’intรฉgration et l’harmonisation de la personnalitรฉ humaine. »
Il s’agit de la prise de conscience et de l’intรฉgration des personnalitรฉs parcellaires nommรฉes :
sous-personnalitรฉs ou sub-personnalitรฉs.
En fait, remarque-t-il :
« les sous-personnalitรฉs se comportent comme des รชtres diffรฉrents, ayant chacune des caractรฉristiques diverses et mรชmes opposรฉes. »
Entre-temps, puisqu’il y a - le dรฉsordre et le contraste -, alors l’intรฉgration devient, dit-t-il :
« notre problรจme, notre travail et notre devoir ! »
Une telle affaire postule une dรฉsidentification ร l’รฉgard de chaque sous-personnalitรฉ, de pair avec la conviction concernant la possibilitรฉ de sa transformation et de son intรฉgration, malgrรฉ sa stabilitรฉ et la rigiditรฉ de sa structure.
Ce qui s’avรจre un obstacle peut devenir une ressource !
Les maรฎtres du Hassidisme juif parlent :
des รฉtincelles de la lumiรจre divine รฉparpillรฉes et perdues dans le monde et de la responsabilitรฉ de les guรฉrir et les racheter !
Dans les traditions chamanistes :
on s’occupe des maladies provenant de situations traumatiques oรน l’รขme est brisรฉe au point que l’on perd la conscience de ses parties.
Il y a alors un traitement et un entraรฎnement pour les rรฉcupรฉrer et intรฉgrer, tout en faisant recours ร une entitรฉ mythologique qui semble remplacer le centre de la conscience prรฉsentรฉ par la psychosynthรจse.
ร une telle entitรฉ, souvent : un animal de pouvoir, on attribue le rรดle de centre intรฉgrateur !
La technique de l’analyse transactionnelle d’Eric Berne se prรชte ร une attention particuliรจre concernant l’identification et l’intรฉgration des sous-personnalitรฉs.
๐ L’analyse transactionnelle est basรฉe sur identification en rapport avec trois sous-personnalitรฉs majeures :
la composante parentale, soit bienfaitrice ou alors critique;
la composante enfantine, docile ou alors rebelle;
la composante adulte qui calcule et qui dรฉcide.
Une fois toutes les trois bien intรฉgrรฉes, il y la transformation et la libรฉration !
๐ C’est le mรชme en ce qui concerne la Gestalt thรฉrapie de Fritz Perls.
Il y est question de deux grandes sous-personnalitรฉs dรฉsignรฉes le ' top dog ' et le ' under dog '.
Top dog contre under dog est une expression inventรฉe par Fritz Perls, le pรจre de la Gestalt-thรฉrapie, pour dรฉcrire :
un jeu d'auto-torture auquel les gens jouent avec eux-mรชmes afin d'รฉviter l'anxiรฉtรฉ qu'ils rencontrent dans leur environnement.
Tout en reconnaissant la nature fragmentaire de la personnalitรฉ humaine et la complexitรฉ provenant des multiples sous-personnalitรฉs... l’approche psychosynthรฉtique tient compte en mรชme temps du Soi comme centre intรฉgrateur et de moyens et des attitudes les plus adรฉquats en vue de leur synthรจse fruit d’une personnalitรฉ bien harmonisรฉe.
Dans la dรฉmarche vers l’intรฉgration des sous-personnalitรฉs qui mรจne ร l’harmonie de la personnalitรฉ et qui culmine dans la synthรจse, il y a des รฉtapes ร considรฉrer.
On y peut distinguer les suivantes, en nombre de six :
- La reconnaissance,
- l’acceptation,
- la transformation,
- la coordination,
- l’intรฉgration,
et ร leur terme : la synthรจse.
5.1.1 Reconnaissance
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Celle-ci provient de la prise de conscience du morcellement effectif de la personnalitรฉ, oรน chaque partie ou sous-personnalitรฉ peut รชtre comparรฉe ร un morceau d’un miroir cassรฉ.
D’abord, il nous faut reconnaรฎtre l’existence des sous-personnalitรฉs en nous-mรชmes, comme d’ailleurs chez les autres.
Leur identification est une dรฉcouverte qui peut bien nous surprendre !
Dans le processus de cette identification, il devient utile de donner ร chacune de nos sous-personnalitรฉs un nom qui nous semble mieux la caractรฉriser !
Plus concrรจtement, il convient de dresser une liste de nos propres sous-personnalitรฉs, y incluant l’attribution ร chacune d’un surnom descriptif et mรชme un dessin, de prรฉfรฉrence une รฉtiquette humoristique alors plus apte ร la dรฉsidentification.
Il devient important d’examiner jusqu’ร quel point nous sommes encore identifiรฉs ร chacune de ces parties de nous-mรชmes, et de vรฉrifier leur rapport et le domaine ou dรฉpendance qu’il y a de l’une partie par rapport aux autres.
Il est ร considรฉrer, en plus :
autant la persistance que le changement concernant chaque sous-personnalitรฉ, y considรฉrant le temps et les circonstances.
Les sous-personnalitรฉs les plus subtiles sont alors difficiles ร identifier : sont celles qui se cachent en arriรจre de son opposรฉ, comme c’est le cas d’une politesse extรฉrieure qui sert ร cacher la peur, le mรฉpris et mรชme la rancune !
Comme un premier pas Assagioli suggรจre de :
« prendre conscience de ces personnalitรฉs parcellaires afin d’รฉviter de nous identifier avec l’une ou l’autre d’entre elles. »
Les sous-personnalitรฉs, on l’a notรฉ, peuvent se manifester ร tous les niveaux de la conscience et de l’inconscient.
Tout en partant du fait qu’ร la racine de chaque sous-personnalitรฉ il y a une qualitรฉ transpersonnelle positive !
Jean Hardy fait voir l’importance de dรฉcouvrir cette qualitรฉ, aussi bien que les barriรจres que l’on a bรขti au tour d’elle, รฉtant donnรฉ que les sous-personnalitรฉs vivent surtout dans le domaine inconscient.
Il y a aussi la possibilitรฉ d’y dรฉcouvrir d’autres sous-
personnalitรฉs en affinitรฉ ou alors en cascade !
Assagioli fait noter le fait qu’elles :
« les sous-personnalitรฉs ne restent pas fermรฉes en elles-mรชmes, tout en agissant continuellement l’une sur l’autre, en s’alliant, ou en se disputant mutuellement, dans une interaction continuelle. »
Les sous-personnalitรฉs offrent une image de nous-mรชmes et des autres ร la fois :
statique,
fragmentaire
et partielle,
ce qui nous rend prisonniers de nos sensations, รฉmotions et idรฉes.
Cela suscite des difficultรฉs d’ajustement personnel et qui origine des rapports sociaux inconsistants et problรฉmatiques.
En arriรจre de chaque sous-personnalitรฉ, nous pouvons
dรฉcouvrir l’รฉtouffement ou la distorsion de nos qualitรฉs !
Une attitude positive y est indispensable, sans quoi on ne peut pas dรฉcouvrir leurs qualitรฉs actuelles et leurs virtualitรฉs latentes.
La reconnaissance et la dรฉsidentification concernent chaque sous-personnalitรฉ, y considรฉrant son potentiel et ses limites, reste une รฉtape fondamentale en vue de son acceptation et de son intรฉgration !
5.1.2 Acceptation
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
De paire avec l’identification des sous-personnalitรฉs, il y a une rรฉaction qui peut aller du rejet jusqu’ร l’acceptation.
C’est commun et normal d’avoir des sous-personnalitรฉs !
Ce serait une erreur a priori de les associer ร une manifestation pathologique.
Il faut bien les valoriser, sous peine de ne jamais arriver ร leur intรฉgration.
C’est donc fondamental pour l’intรฉgration de chaque sous-personnalitรฉ le fait de l’accueillir sans aucun jugement de valeur.
Tout en suivant le conseil d’Assagioli :
« nous ne devons pas nous troubler, nous dรฉcourager, et moins encore en avoir peur... en fait cette multiplicitรฉ est fondamentalement une richesse ! »
Il y un potentiel vital qui mรฉrite notre attention et notre considรฉration !
Tout en admettant que le monde des sous-personnalitรฉs se caractรฉrise par l’obscuritรฉ et la confusion, ce serait cependant une erreur de les considรฉrer comme une sorte de monstres ร enchaรฎner, ou de maladies ร guรฉrir !
Chaque sous-personnalitรฉ refoulรฉe prend l’allure d’un fantasme envahissant !
Cela reviendrait de condamner une sous-personnalitรฉ oรน d'en avoir peur.
En effet, d’accord avec l’affirmation de Piero Ferrucci :
« toutes les sous-personnalitรฉs sont l’expression d’รฉlรฉments vitaux de notre รชtre, mรชme si elles peuvent nous sembler nรฉgatives au premier examen ! »
Alors...
« elles ne deviennent dangereuses que si elles nous contrรดlent ! »
Tout en disant que :
« l’on ne peut parler de sous-personnalitรฉs ‘nรฉgatives’ ou ‘positives’ »
Ferrucci fait voir, en plus :
« que si nous n’acceptons pas une sous-personnalitรฉ, nous provoquons son involution ! »
Il y a donc un appel direct ร :
l’accueil et non au refus,
ร l’รฉducation et non ร l’abdication !
Les sous-personnalitรฉ constituent des aspects diffรฉrents de nous-mรชmes.
Il n’y est jamais question de nous en dรฉbarrasser. Leur rejet signifie le rejet de nous-mรชmes et l’engendrement consรฉquent d’un blocage.
L’acceptation, est bien plus qu'une simple tolรฉrance, se fonde sur le potentiel latent, y incluant :
les forces et les faiblesses inhรฉrentes.
Assagioli y voit :
« une sorte de ‘matiรจre’ ร modeler, un ensemble d’รฉlรฉments psychophysiques ร organiser, ร transformer, ร mettre en harmonie et ร utiliser ! »
L’acceptation bienveillante, hors de tout jugement, devient donc un prรฉ-requis fondamental dans le processus psychosynthรฉtique de l’intรฉgration de n’importe quelle sous-personnalitรฉ.
C'est plus une attitude d’accueil inconditionnel qu'un niveau de conscience atteint. Le mรชme accueil doit รชtre alors dispensรฉ autant ร une tentation qu’ร une bonne inspiration ou mรชme ร un รฉtat d’extase !
5.1.3 Transformation
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Assagioli tient que le processus de rรฉgรฉnรฉration, de transformation et d'unitรฉ, quoique difficile, devienne possible et rรฉmunรฉrateur !
C’est par le biais de la transformation des aspects ombreux de chaque sous-personnalitรฉ que s’opรจre la rรฉgรฉnรฉration de la personnalitรฉ.
La transformation des รฉnergies fragmentรฉes et dissonantes permet leur inclusion et l'unification, de faรงon ร contribuer pour l’รฉpanouissement de la personnalitรฉ.
L’intรฉgration est toujours une inclusion, mais toute inclusion n’est pas une intรฉgration, comme c’est cas des รฉtats enfantins en indissociation.
La diffรฉrentiation est un prรฉalable ร l’intรฉgration.
Il y a une prise de conscience antรฉrieur au processus de reconstruction de la personnalitรฉ autour du centre unificateur.
Piero Ferrucci considรจre que :
« les sous-personnalitรฉs sont des dรฉgradations de nos qualitรฉs, au moins au niveau potentiel. »
Cependant, il faut bien รฉviter d’allier les sous-personnalitรฉs ร des manifestations pathologiques !
Je vais offrir mes remarques ร propos du terme : manifestations pathologiques !
« Souvent dans le monde en gรฉnรฉral, mais aussi dans les disciples : mรฉdecins, thรฉrapeutes, mauvais gourous... oรน mรชmes dans nos familles et nos relations, s'exprimer ร propos de quelqu'un ou de quelques choses plutรดt irrationnels pour celui qui รฉcoute, ils ou elles t'exprimeront ' tu n'es pas bien dans ta tรชte Eddy, tu es fou, faut consulter »
« Cette perception est un schรฉma de perception erronรฉe de la part - du jugeur - il ou elle ont peur de cet inconnu... Le pire, c'est qu'on pourrait les croire et se faire interner ร tord parce qu'on m'a dit que ' j'รฉtais pas ' normal ' / ' dingue ' ! »
Eddy Vonck
Assagioli fait voir combien :
« un certain degrรฉ de dissociation est un fait normal de la ‘condition humaine’. »
La transformation est plutรดt un changement d’attitude !
Tant et aussi longtemps qu’une sous-personnalitรฉ quelconque se prend pour le vrai centre personnel ou transpersonnel, il y a place pour des contradictions dans l’identification, tout comme dans le comportement !
Il s’agit lร d’une erreur provenant d’une illusion qui n’exclue pas la bonne foi !
Assagioli attribue cette erreur :
« aux faux moi dont le vrai moi est la victime ! »
La dรฉcouverte d’une telle erreur, remarque Assagioli, doit passer par la dรฉsidentification que seul le centre de conscience peut faire :
« Une fois qu’on est arrivรฉ ร trouver, ou ร choisir, ou ร crรฉer le Centre unificateur, il est possible de former et de construire autour de lui la nouvelle personnalitรฉ, une personnalitรฉ unifiรฉe, cohรฉrente et organique.
Cela constitue la vraie psychosynthรจse ! »
5.1.4 Coordination
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
C’est ร noter, avec Assagioli :
« que dans l’รฉtat actuel d’รฉvolution, l’รชtre humain n’est pas une unitรฉ harmonique et cohรฉrente, mais il est constituรฉ d’un ensemble d’รฉlรฉments hรฉtรฉrogรจnes et contrastants regroupรฉs en plusieurs centres qui se trouvent ร diffรฉrents niveaux relativement indรฉpendants les uns des autres ! »
Lors d’un cours donnรฉ en 1936, il prรฉsente son approche psychologique comme :
« la mรฉthode de reconstruction de la personnalitรฉ. »
Assagioli parle aussi :
« de coordination et d'harmonisation des รฉlรฉments et fonctions existants dรฉjร activรฉs. »
Chaque sous-personnalitรฉ est en effet une sorte d’oppression soucieuse d’expression. Elle tend toujours ร jouer un rรดle !
Le problรจme n’est pas le rรดle, mais la faรงon de le jouer.
Comme dans un orchestre, il faut bien intรฉgrer chaque joueur et l’harmoniser.
On dรฉsigne parfois les sous-personnalitรฉs comme รฉtant notre : “ famille intรฉrieure ” et on parle alors du : ' thรฉรขtre intรฉrieur ' par rapport ร leurs rรดles et interactions, ainsi que du drame thรฉrapeutique destinรฉ ร rรฉsoudre leurs conflits et ร faciliter leur intรฉgration.
Au niveau du Soi, il n’y a plus de place pour la confusion ni pour la dramatisation !
Assagioli parle alors du Soi comme :
« du Spectateur de la tragi-comรฉdie humaine. »
Sans jamais s’identifier avec les sous-personnalitรฉs, le Soi reconnaรฎt leur potentiel et les engage toutes dans la voie de leur propre intรฉgration et de leur expression consรฉquente.
Seul le Soi qui ne s’habille jamais d’aucun masque est ร la hauteur pour identifier, pour valoriser et pour incorporer chaque sous-personnalitรฉ.
Cette incorporation est le fruit de leur intรฉgration qui traduit le passage :
- de la contradiction ร l’acceptation,
- de la confusion ร l’harmonie,
- de la multiplicitรฉ ร l’unitรฉ.
Il y a alors le dรฉpassement des rรฉsistances et une mise ร profit de qualitรฉs partagรฉes !
La psychosynthรจse est conรงue par son fondateur comme :
« un ensemble de mรฉthodes d’action psychologique, visant ร favoriser l’intรฉgration et la coordination harmonieuse de la personne humaine. »
En fait, la coordination des sous-personnalitรฉs prรฉpare
l’intรฉgration.
Il s’agit d’รฉtablir un contact avec le vrai centre de conscience, aussi bien que de l’interaction concernant les diffรฉrentes sous-personnalitรฉs.
La volontรฉ a un rรดle important ร jouer, tel que le chef d’orchestre selon la mรฉtaphore d’Assagioli.
Tout en s’inspirant de l’ลuvre : « The Theatre of Life»
de Nicholas Evreinoff, celui-ci attribue :
- au Soi transpersonnelle, le rรดle d’auteur,
- au moi personnel celui de directeur,
- et aux sous-personnalitรฉs les rรดles d’acteurs,
dans une interaction de plus en plus harmonieuse, culminant dans la fusion finale de l’รชtre humain intรฉgrรฉ.
La volontรฉ fait la mรฉdiation entre les sous-personnalitรฉs en conflit.
C’est le rapport avec le Soi qui donne ร cette fonction psychologique par un aspect bienveillant qui empรชche de tomber dans une force dominatrice, et donc de devenir elle-mรชme une autre sous-personnalitรฉ !
5.1.5 Intรฉgration
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Tel que mentionnรฉ plus haut, Assagioli prรฉsente la psychosynthรจse comme รฉtant :
« un ensemble de mรฉthodes d’action psychologique destinรฉes ร favoriser et ร promouvoir l’intรฉgration et l’harmonie de la personne humaine ! »
L’intรฉgration fait appel ร des ajustements qui sont propres ร la nature de la vie.
Cela couvre la totalitรฉ de l’รชtre, sans jamais mettre de cรดtรฉ ou minimiser ce qui semble plus :
- superficiel,
- pรฉriphรฉrique
- et secondaire !
Une telle intรฉgration est fondamentalement le fruit de la bonne coordination des diffรฉrents niveaux de la conscience ร partir du Soi : son centre.
Elle prend place lorsque il y a, entre les รฉlรฉments de la personnalitรฉ, et tel que signalรฉ par Martha Crampton :
« un รฉchange mutuel, de faรงon ร que le fonctionnement de chacun se trouve accru grรขce ร la contribution de l’autre. »
Dans le processus d’intรฉgration, il est ร considรฉrer non seulement l’ampleur, mais aussi le niveau !
L’intรฉgration n’est pas un dรฉpassement, mais une inclusion plus ou moins harmonieuse.
Ce qui caractรฉrise la psychosynthรจse c’est qu’elle s’occupe de l’intรฉgration et l’harmonisation des รฉlรฉments psychologiques, dans leur totalitรฉ et ร un niveau toujours plus รฉlevรฉ !
Chaque intรฉgration fait de l’interlude de ces รฉlรฉments le prรฉlude d’une synthรจse !
Dans le domaine personnel, la psychosynthรจse est caractรฉrisรฉe par un travail prรฉliminaire de rรฉgรฉnรฉration et de reconstruction de la personnalitรฉ.
L’intรฉgration reprรฉsente l’union des parties avant sรฉparรฉes. Il y a trois stades ร considรฉrer :
- La personnalitรฉ non intรฉgrรฉe,
- la personnalitรฉ en voie d’intรฉgration,
et autant que possible, la personnalitรฉ dรฉjร intรฉgrรฉe.
Dans la personnalitรฉ non intรฉgrรฉe :
chaque sous-personnalitรฉ se trouve rigidement fermรฉe sur soi-mรชme et non l’alignรฉe par rapport au centre de conscience.
Dans la personnalitรฉ en voie d’intรฉgration :
les sous-personnalitรฉs se trouvent dรฉjร en rapport avec le centre de conscience et moins isolรฉes les unes des autres.
La personnalitรฉ intรฉgrรฉe se caractรฉrise par l’incorporation des sous-personnalitรฉs en rรฉgime de complรฉmentaritรฉ et sans conflits.
Il convient remarquer que le processus d’intรฉgration concerne รฉgalement des รฉlรฉments en provenance du supraconscient qui demandent une incorporation, sous peine de provoquer un dรฉsรฉquilibre de la personnalitรฉ.
C’est ร souligner que la psychosynthรจse ne constitue pas un dรฉpassement de la personnalitรฉ, mais une intรฉgration ร n’importe quel niveau de conscience.
Elle ne constitue pas non plus une condition sine qua non pour les manifestations supรฉrieures.
Mais fondamentalement, il s’agit du mariage de la personnalitรฉ avec le Soi transpersonnel !
Assagioli remarque :
« La tendance ร l’intรฉgration est un fait certain qui a รฉtรฉ affirmรฉ et mis en รฉvidence en tant que besoin fondamental et normal de la personnalitรฉ humaine; mais de lร ร s’imaginer que c’est un fait accompli, il y a un grand pas qu’il ne faut pas trop se hรขter de franchir. »
Ce processus d’intรฉgration, tel qu’il le conรงoit, n’est jamais arrivรฉ ร son terme :
« Le processus psychosynthรฉtique n’est pas une tรขche que l’on peut complรฉter une fois par toutes, une ลuvre qui conduit ร quelque chose de dรฉfinitif et statique tel que la construction d’un รฉdifice. C’est un processus vital et dynamique qui conduit ร des nouvelles conquรชtes intรฉrieures et ร des intรฉgrations toujours plus amples ! »
Dans une note personnelle datรฉe de fรฉvrier 1960 et intitulรฉe « intรฉgration », Assagioli avertit qu’il ne faut jamais comprendre l’intรฉgration comme :
« un รฉtat final de grรขce»,
mais plutรดt :
« comme une alternance de crises et d'intรฉgrations tout au cours de la vie et donc sur une pรฉriode illimitรฉe. »
Il devient plus adรฉquat de parler d’intรฉgrations, au pluriel, que de l’intรฉgration tout court.
C’est encore ร considรฉrer que l’intรฉgration n’est pas possible ร titre purement individuel, รฉtant donnรฉ les implications, les exigences et les contingences d’ordre sociale !
Au niveau transpersonnel, la psychosynthรจse est axรฉe sur l’expรฉrience du Soi en tant que noyau d’identification et pivot d’intรฉgration de toutes les composantes de l’รชtre humain.
Mais, il ne faut pas atteindre la conscience du Soi, c’est-ร -dire au niveau transpersonnel de conscience, pour intรฉgrer la personnalitรฉ et donc pour commencer le processus psychosynthรฉtique.
Dans la mesure oรน le moi personnel, en tant que centre de conscience, parvient ร se dรฉsidentifier des contenus biopsychiques du champ de la conscience, il peut devenir un vrai centre intรฉgrateur donnant lieu ร la psychosynthรจse dite personnelle.
Moyennement la concentration, on peut alors arrรชter le flux des images et crรฉer l’ordre ร la place du dรฉsordre.
En fait, avant la psychosynthรจse au niveau transpersonnel, il y a normalement l’ลuvre fondamentale au niveau qui fait du moi personnel le centre d’intรฉgration et d’harmonisation.
Le jeu des coussins, alliรฉ au psycho-drame et ร la Gestalt thรฉrapie, devient particuliรจrement adรฉquat ร un travail
prรฉliminaire avec les sous-personnalitรฉs, sans oublier, en psychosynthรจse, un coussin pour le Soi !
Le Soi qui est considรฉrรฉ comme le noyau de notre identitรฉ, il constitue le centre intรฉgrateur de la personnalitรฉ dont les รฉlรฉments qu'il coordonne, harmonise inspire et guide.
Observation d' Alberti :
« la personnalitรฉ sรฉparรฉe de l’รขme perd son centre unificateur, se dรฉsorganise, se confond et se dรฉtruit. La multiplicitรฉ prรฉvaut sur l’unitรฉ : la personnalitรฉ se fragmente et se dissocie. L’homme se dรฉsoriente vers le chaos ! »
Dans une situation chaotique ou perรงue comme telle, il y a l’opportunitรฉ d’agir et la possibilitรฉ de rรฉussir.
Assagioli tient que :
« chacun de nous puisse et doive faire du matรฉriel vivant de la personnalitรฉ, n’importe qu’il s’agit d’argile, marbre ou or, un objet de beautรฉ, ร travers laquelle puisse se manifester adรฉquatement son Soi transpersonnel ! »
On peut alors vรฉrifier, par rapport ร chaque รฉlรฉment intรฉgrรฉ, une sorte de dรฉlivrance !
En concordance avec la remarque d’Assagioli : il devient important de tenir compte de la portรฉe et l’impact de la dimension sociale dans le processus de l’intรฉgration :
« La psychosynthรจse ne s’accomplit pas seulement par le moyen d’exercices psycho-spirituels... l’action externe, et l’activitรฉ dans le monde, peut aussi constituer une faรงon sage et dรฉcisive, et un moyen efficace d’intรฉgration de la personnalitรฉ. »
Cela vient confirmer le postulat de la complรฉmentaritรฉ et le caractรจre insรฉparable concernant les domaines :
individuel,
social,
universel de la psychosynthรจse.
Sans abdication de l’individualitรฉ, il n'y a pas de dรฉvouement personnel consacrรฉ au bien de tous !
En fait, pour devenir ' authentique ' le processus d’intรฉgration ne peut plus se dispenser de l’attention ร autrui.
TOUS ENSEMBLE !!!!!!!!!!!!!
5.1.6 Synthรจse
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Alberti parle de la personnalitรฉ orientรฉe vers ce qu’il nomme :
« la personne profonde ! »
Souvent les รฉcoles gnostiques identifient la personnalitรฉ au corps physique.
Elle est prรฉsentรฉe soit comme l’opposรฉ inconciliable de l’individualitรฉ, soit comme simple polaritรฉ dont l’intรฉgration plausible et dรฉsirable.
Dans la perspective platonicienne de l’รขme sลur : la personnalitรฉ et l’รขme constituent les deux parties de la personne humaine sรฉparรฉes et qui maintenant se cherchent !
La totalitรฉ rรฉsulte d’un processus d’incorporation de la personnalitรฉ qui conduit ร l’unification de la dite synthรจse.
La personnalitรฉ n’est jamais effectivement sรฉparรฉe de la totalitรฉ de l’humain, sorte d’une schizophrรฉnie, ou une amputation allรฉgorique d'un de nos membre.
L’intรฉgration de la personnalitรฉ est reliรฉe ร une prise de conscience de la totalitรฉ, c’est- ร -dire : ร l’atteinte ou au retour d’une synthรจse opรฉrรฉe par l’esprit.
Contrairement ร l’รฉvasion, il y a l’inclusion.
Tout loin d’une suppression, il y a une รฉlรฉvation, voire une rรฉdemption de la personnalitรฉ !
Au niveau du superconscient, on devient alors superpersonnel !
La synthรจse a lieu lorsqu’il y a une intรฉgration effective de la personnalitรฉ autour du centre de conscience.
Mais, c’est quoi la personnalitรฉ en termes de psychosynthรจse ?
Dans son sens รฉtymologique : la personnalitรฉ provient de ' persona ' le mot latin aussi utilisรฉ pour dรฉsigner le masque !
Souvent la personnalitรฉ, dรฉsigne aussi l’ombre, devient synonyme du corps physique, alors conรงu comme polaritรฉ par rapport ร l’รขme.
Ilario Assagioli, le fils de Roberto Assagioli, fait la remarque suivante : “
« Dans l’astrologie รฉsotรฉrique le Soleil : reprรฉsente le Soi, l’Individualitรฉ, l’รtre vรฉritable proprement dit : l’รme... tandis que la Lune indique notre personnalitรฉ, nos aspects infรฉrieurs destinรฉs ร รชtre rรฉgรฉnรฉrรฉs et que masquent l’รme. »
C’est ร remarquer comment, ici l’individualitรฉ, le Soi et l’รme sont prรฉsentรฉs comme des termes synonymes.
Effectivement, il s’agit de l’ensemble des รฉlรฉments psychosomatiques.
Assagioli tient compte de :
« la liaison entre l’Esprit – ร travers l’รขme – et la personnalitรฉ dans ses trois aspects :
mental infรฉrieur,
รฉmotif,
et physique.
Tout ce qui existe dans le macrocosme se rรฉpรจte en lui ! »
Assagioli fait la distinction entre la personnalitรฉ et le Soi qui est le noyau de l’individualitรฉ :
Le Soi et la personnalitรฉ sont deux choses tout ร fait diffรฉrentes.
Le premier [le Soi] est : unique, simple, identique;
la deuxiรจme [la personnalitรฉ] est : instable, complexe, pouvant se dรฉdoubler !
Quoique immanent par rapport aux รฉlรฉments de la personnalitรฉ, le Soi les transcende toujours et les intรจgre en mรชme temps.
La personnalitรฉ est parfois considรฉrรฉe comme รฉtant la maison du Soi !
En rรฉalitรฉ, il n’y est pas question d’une maison (la personnalitรฉ) habitรฉe et animรฉe par quelqu’un (le Soi), puisqu’il s’agit, en partant de l’allรฉgorie, plutรดt d’une maison dont la vie provient de toutes ses composantes.
Il n’est pas moins important d’รชtre un corps ou une personnalitรฉ animรฉs, que d’รชtre une รขme incarnรฉe.
Nous sommes ontologiquement, et donc insรฉparable, l’un et l’autre.
Le Soi et la personnalitรฉ mรฉritent la mรชme attention !
Assagioli exprime :
« c’est par la lumiรจre d’en haut, la lumiรจre du Soi supรฉrieur ou l’รme que la personnalitรฉ peut รชtre illuminรฉ ! »
Le dรฉpassement des conditionnements de la personnalitรฉ n’est pas synonyme d’exclusion ou de sรฉparation par rapport ร celle-ci.
Il s’agit, tel qu’explicitรฉ par Assagioli :
« de la rรฉgรฉnรฉration des รฉlรฉments personnels, lesquels, une fois purifiรฉs arrivent ร faire partie d’une synthรจse supรฉrieure ! »
L’objectif est l’intรฉgration ร un niveau toujours supรฉrieur et plus englobant.
Dans le processus psychosynthรฉtique :
la personnalitรฉ est en mรชme temps transformรฉe et intรฉgrรฉe !
Ce qui porte Ilario Assagioli, le fils de Roberto Assagioli, au commentaire suivant :
« Cette synthรจse et cette intรฉgration entre personnalitรฉ et Individualitรฉ (ce que mon pรจre appelle psychosynthรจse) forme ce qu’ordinairement se dรฉfinit comme ‘caractรจre’.»
En fait, l’intรฉgration vise l’harmonie et l’unitรฉ de l’รชtre tout entier :
- physique,
- รฉmotionnel,
- mental
- spirituel.
Tant que nous sommes รฉloignรฉs du centre de conscience, il y a la tendance ร nous identifier avec notre personnalitรฉ, voire avec une sous- personnalitรฉ quelconque, et ร y trouver de la sรฉcuritรฉ.
Mais il ne faut pas atteindre la conscience du Soi, c’est-ร -dire le niveau transpersonnel de conscience pour entamer la synthรจse.
ร la lumiรจre du moi personnel, il est :
possible,
nรฉcessaire,
fondamental
d’entreprendre un tel processus, dans la mesure oรน nous parvenons ร nous dรฉsidentifier des contenus biopsychiques du champ de la conscience.
Alors, il y a la possibilitรฉ d’une synthรจse, au quelle, une fois effective, se traduit par la psychosynthรจse personnelle laquelle reste un รฉlรฉment constitutif de la psychosynthรจse transpersonnelle.
C’est propre de la psychosynthรจse de promouvoir et de concrรฉtiser l’intรฉgration harmonieuse de tous les รฉlรฉments de la personnalitรฉ, jusqu’ร leur unification vers une synthรจse effective opรฉrรฉe, d’abord au niveau du moi conscient, et plus dรฉfinitivement dans le domaine transpersonnel, au niveau du Soi.
Dans la mesure oรน ce Centre devient identifiรฉ et reste perรงu plutรดt comme Soi spirituel, on se trouve alors identifiรฉ au niveau de la psychosynthรจse transpersonnelle.
Le centre d’identification n’est plus alors au niveau de la personnalitรฉ, mais de l’individualitรฉ. Il y a un dรฉpassement, mais jamais une exclusion.
On a la conscience d’รชtre un individu douรฉ de sa propre
personnalitรฉ, c’est-ร -dire quelqu’un qui a la capacitรฉ fonciรจre de collaborer ร sa propre psychosynthรจse aux niveaux personnel et transpersonnel !
6 – Re-identification
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Le fait de chercher et de trouver chez les autres des รฉlรฉments de rรฉponse ร la question ‘qui suis-je ?’
Peut bien nous aider, mais ร condition d’รฉviter la dรฉpendance esclave qui porte ร chercher et ร bรขtir notre propre modรจle ร partir de l’extรฉrieur, notamment dans de sens d'essayer de plaire ร quelqu’un.
Le besoin d’approbation y devient alors un masque qui cache la lumiรจre intรฉrieur, ainsi qu’une รฉvasive ร la question sur notre identification, portant alors ร nous dรฉtourner de nous-mรชmes.
Autant que l’esprit grรฉgaire รฉtouffe l’identification individuelle, il y a ce que Erich Fromm classifie de :
substitution du ' soi originel ' par le ' pseudo-soi ', avec toute l’aliรฉnation et l'esclavage inhรฉrents !
Au dire de cet auteur :
« la chute rรฉelle de l’รชtre humain est son aliรฉnation par rapport ร soi-mรชme ! »
En effet :
« le pรชchรฉ n’est pas premiรจrement faute contre Dieu, mais faute contre nous-mรชmes ! »
Revenir ร nous-mรชmes reste alors un appel urgent et un besoin fondamental !
Nietzsche remarque :
« nous nous demeurons รฉtrangers ร nous-mรชmes, nous ne nous comprenons pas ! Il faut que nous nous confondions avec d’autres... nous sommes รฉternellement condamnรฉs ร subir cette loi :
Chacun est le plus รฉtranger ร soi-mรชme, - ร l’รฉgard de nous-mรชmes, nous ne sommes point de ceux qui ‘cherchent la vรฉritรฉ’ ! »
C’est ร noter : qu’il y a, dans la pratique, une connexion รฉtroite entre :
- la connaissance de soi,
- et la qualitรฉ des rapports humains.
Le genre d’identification attribuรฉ ร soi-mรชme conditionne la faรงon d'identifier les autres, et la nature des liens que l'on รฉtablit.
Dans le sens existentiel propre ร la psychosynthรจse :
la vraie connaissance de soi et d’autrui engendre l’amour fruit d’un rapport qui s’ouvre en permanence ร la nouveautรฉ, de pair avec la bienveillance d’un accueil rรฉvรฉlateur autant de
nous-mรชmes que des autres !
6.1 Dรฉmarche de dรฉsidentification
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Face ร maintes identifications partielles ou fausses, la vรฉritable identification qui mรจne ร la connaissance de soi, doit se faire par le truchement d'une sorte d’รฉcartement.
En termes de mรฉthodologie, la dรฉmarche de l’identification passe par le processus de dรฉsidentification.
En philosophie traditionnelle, il s'agirait d’abstraire des accidents pour รชtre attentif ร la substance.
La psychosynthรจse parle pour sa part de dรฉsidentification comme voie obligatoirement orientรฉe vers l’auto-identification.
Il n’y est pas question de faire de l’abstraction par rapport ร ce qu’on est, mais d’un dรฉconditionnement des contenus et situations qui limitent ou empรชchent l’identification comme telle !
Il s'agit fondamentalement d'une distinction entre le centre de conscience et les diffรฉrents aspects de la personnalitรฉ ou des contenus du champ de la conscience.
Assagioli touche le thรจme de la dรฉsidentification dรจs tout ses premiers รฉcrits, au sens prรฉcisรฉment de :
« la sagesse est capable de se dรฉsidentifier et de relativiser ce que l’on observe, autant en soi-mรชme que chez les autres ! »
Assagioli parle aussi de :
« non-identification ! »
qu’il explique รชtre :
« un sentiment de dรฉtachement qui n’est pas - ni rรฉpression ni condamnation, ni passivitรฉ, ni renoncement, ni insensibilitรฉ. »
Ainsi, il ne s’agit pas d’un dรฉbarras, mais plutรดt d’une distinction et d’un dรฉconditionnement, sorte de recul par rapport ร nous-mรชmes.
La pensรฉe orientale finit alors pour valoriser autant le non-Soi que le Soi !
Le non-Soi reprรฉsente effectivement la non choisification du Soi. Il constitue le passage de la conscience de ce qu’on est !
Kazimier Dabrowski parle de :
« dรฉsintรฉgration positive », oรน il y a une transformation plus ou moins radicale de la personnalitรฉ, mais jamais sans affecter son noyau spirituel qui est ร l’ลuvre aussi dans le processus de rรฉintรฉgration.
La mรฉthode psychosynthรฉtique de dรฉsidentification reste un moyen paradoxalement utilisรฉ en fonction de l’identification.
Il y a dans cette mรฉthode des antรฉcรฉdents trรจs anciens.
Elle rรฉvรจle une matrice orientale, puisque enracinรฉe dans le Vedanta indien, comme le remarquent Teresa D’Amico et Bruno Caldironi.
Il y a des รฉlรฉments qui s’avรจrent trรจs voisins de la technique du yoga royal (raja yoga) lequel inclut les principes du hรขta yoga, du bhakti yoga et du jnana yoga, respectivement destinรฉs ร l'intรฉgration physique, รฉmotive, et mentale.
En plus de son enseignement et utilisation dans le contexte philosophique et religieux de l'Orient (vรฉdantisme, bouddhisme)... le processus de dรฉsidentification est aussi considรฉrรฉ dans la pensรฉe et dans la pratique occidentale, surtout chez certains philosophes et mystiques chrรฉtiens, tels que Maรฎtre Eckhart, Hermann Keyserling, Julius Evola.
Alors qu’en ' Orient ' on tend ร privilรฉgier la distinction entre le ' Je ' et le ' non-Je ', l'Occident a insistรฉ plutรดt sur le ' dรฉtachement ' !
Assagioli fait voir qu'un tel dรฉtachement ou une vraie dรฉsidentification ne provient pas d'une sorte d'ascรจse dualiste, mais de l'acquisition d'une nouvelle perspective ร partir d'une dimension spirituelle, permettant de distinguer les autres dimensions, cela en vue de leur inclusion, dans une vรฉritable synthรจse existentielle !
Comment est-il possible au centre de conscience de se dรฉtacher et d'รชtre en mรชme temps impliquรฉ ?
Est-il faisable d'arrรชter le processus de distanciation de l'observateur dans l'observation de soi-mรชme ?
N'y a-t-il pas une rรฉgression ร l'infini ?
Le sujet transcendantal d’Husserl semble, selon Jacques Croteau, est incapable de rรฉsoudre ce problรจme dans la mesure oรน le sujet transcendant reste l'objet d'un sujet qui l'observe !
Pour sortir de l'impasse, il faut admettre la possibilitรฉ pour l'esprit humain d'en arriver ร une connaissance de soi non objective !
Il s'agit d'atteindre en l'occurrence le sujet comme sujet et non comme objet !
Toute la question est nรฉanmoins de savoir comment pareille entreprise doit รชtre menรฉe ?
Chose certaine en tout cas, l'atteinte du sujet comme sujet n'opรจre pas d'elle-mรชme une vรฉritable sortie du schรฉma sujet-objet.
La psychosynthรจse prรดne, au niveau du Soi, cette connaissance de soi non objective par le biais d'une synthรจse existentielle qui ne fait plus place ร la distinction sujet-objet.
Par contre, le bรฉhaviorisme, par exemple, semble opter pour une psychologie sans sujet, mais en rรฉduisant l'รชtre humain ร un objet observable, tout en comparant la psychรฉ au fonctionnement d'une machine !
Pire que de comparer, c’est de nous rรฉduire ร la comparaison !
Assagioli offre la rรฉflexion suivante par rapport ร la vie psychique :
« Elle a en effet un aspect que je dรฉfinirai presque mรฉcanique, d’oรน mon intรฉrรชt pour la cybernรฉtique. »
Mais, il y ajoute :
« C’est important de bien distinguer qu’est ce que nous sommes – conscience de soi, valeurs... – de ce qui est plutรดt le mรฉcanisme psycho-cรฉrรฉbral. On peut accorder beaucoup ร la cybernรฉtique, sauf l’essentiel. »
La technique de la dรฉsidentification, telle que celle du Raja Yoga, mรจne ร la conscience des fausses identifications ou identifications partielles qui cachent ou rรฉduisent la perception de notre vraie identitรฉ.
Selon Assagioli :
« nous devons apprendre ร non pas nous identifier avec les contenus de notre conscience passagรจre. Une partie de nous-mรชmes doit toujours rester libre, comme sentinelle, observateur et juge : c’est le ' Spectateur ’.»
Il y est question d’une remise en place et non pas d’une abstraction, d’une sรฉparation, ou d’une mise de cรดtรฉ.
Loin de signifier une exclusion, il s’agit d’une prise de position par rapport ร soi-mรชme destinรฉe ร faciliter une intรฉgration supรฉrieure correspondant ร une identification plus rรฉelle oรน nous sommes non seulement le spectateur, mais en mรชme temps l’acteur et le spectateur !
Il y a alors une distinction entre les contenus du champ de la conscience et le centre de conscience, permettant par lร ร celui-ci, d'รชtre ร la fois :
- l'observateur,
- l'explorateur
- et le catalyseur.
Plus on progresse dans la prise de conscience au niveau du Soi transpersonnel, moins les distorsions et les fausses identifications deviennent possibles !
Assagioli remarque :
« Pour nous perfectionner et perfectionner les autres, il faut d’abord nous possรฉder, mais pour nous possรฉder, il faut d’abord nous connaรฎtre. Et pour nous connaรฎtre, nous avons besoin de nous observer et d’observer ! »
La dรฉsidentification provient ainsi de l’auto-observation, fruit d’une attitude de dรฉtachement de chaque individu par rapport ร soi-mรชme, celle de l’observateur objectif, ou du spectateur intรฉrieur !
Plus concrรจtement, il s’agit de dรฉtachement et distanciation par rapport ร des rรดles, des attitudes, et des aspects personnels qui limitent, empรชchent ou s’opposent ร notre vraie et totale identification.
Cela peut aller jusqu’ร l’abstraction, ce qui n’est pas le synonyme ni d’exclusion ni d’indiffรฉrence et moins encore de rejet, mais d’une prise de conscience de soi-mรชme capable d’observer et de se distinguer dans ses propres contenus biopsychiques.
Il y est question, en bref, de la distinction entre le centre de la conscience et les contenus conscients, indรฉpendamment des dรฉfauts ou des qualitรฉs que nous puissions leurs attribuer.
Le fait d'avoir l'un ou l'autre caractรจre sexuel, d'รชtre arrivรฉ ร tel ou tel รขge, de jouer un certain rรดle, d’avoir la peau d’une autre couleur, d’appartenir ร une nationalitรฉ donnรฉe, de possรฉder un tempรฉrament spรฉcifique... tout cela aura peu ou rien ร voir avec le fondamental de notre identification, y incluant les noms et prรฉnoms utilisรฉs !
Tant que nous sommes identifiรฉs au niveau du moi personnel, nous sommes portรฉs ร prendre comme sources premiรจres et centres d'identification :
le corps physique,
les รฉmotions
et le mental.
Cela devient une source d'erreurs et de troubles dรป ร des identifications partielles et plus ou moins trompeuses.
C'est pourquoi la psychosynthรจse insiste sur la dรฉsidentification concernant les composantes de la personnalitรฉ en vue de leur identification et de leur intรฉgration au niveau d'une prise de conscience globale et supรฉrieure.
Elle nous apprend ainsi ร faire la distinction entre :
ce qu'on a,
et ce qu'on est,
ou encore entre la partie et le tout.
La dรฉmarche de dรฉsidentification et d’auto-identification passe par un processus de dรฉprogrammation / re-programmation au niveau de la personnalitรฉ, et donc par l’harmonisation et l’intรฉgration de ses trois domaines :
physique,
รฉmotif,
mental.
Loin de l’indiffรฉrence ou d’une sรฉparation de notre propre expรฉrience, la dรฉsidentification conduit ร une attitude d'observateur dรฉtachรฉ par rapport aux รฉlรฉments de notre personnalitรฉ : corps physique, รฉmotif et mental, tout en leur accordant en mรชme temps la plus grande attention.
Assagioli suggรจre la formule du dialogue amical :
« Une bonne mรฉthode pour rรฉaffirmer et rรฉaliser la dรฉsidentification consiste ร penser aux diffรฉrentes parties de notre personnalitรฉ, par exemple en disant au corps : ‘Frรจre รขne (comme saint Franรงois l'appelait), '' aie courage, trotte encore un peu, et puis je te ferai entrer dans l'รฉtable et te donnerai des carottes ’'; Et ร notre personnalitรฉ รฉmotive on peut lui dire: ‘Essaie de considรฉrer les choses de maniรจre plus vaste’.»
Les fausses identifications se trouvent subtilement dรฉguisรฉes au niveau de la personnalitรฉ, tout en nous limitant et rendant prisonniers de nos sensations physiques, de nos sentiments et de nos systรจmes idรฉologiques.
L’objectif de la dรฉsidentification est de les dรฉcouvrir et de promouvoir leur intรฉgration au niveau du Soi transpersonnel, ce qui permet en mรชme temps l’expansion et l’approfondissement de notre propre identitรฉ.
Nous avons besoin de nous dรฉs-identifier des รฉlรฉments en nous : sensations, รฉmotions, idรฉes qui se trouvent en dystonie avec le processus de notre identification, non pas pour les exclure, mais pour mieux les intรฉgrer.
La dรฉsidentification est une sorte d’affinage qui les mets dans la syntonie avec ce qu'est notre รชtre le plus profond, tout donnant lieu ainsi ร l’auto-identification.
Celle-ci provient d’un processus associatif, tandis que les pseudo-identifications constituent une dissociation oรน il y a une tendance ร la restriction !
L’identification au niveau de la personnalitรฉ traduit une conscience restreinte de la rรฉalitรฉ.
La dรฉsidentification reprรฉsente un recul pour donner un saut en avant. Elle dรฉplace la particularitรฉ de la coquille de son isolement en vue de la replacer dans le contexte et la perspective du tout !
La connaissance de soi doit passer alors par l’exercice de dรฉsidentification concernant les fausses identifications ou identifications partielles qui cachent notre vraie identitรฉ !
- les instincts supรฉrieurs, l'inconscient supรฉrieur,
- l'inconscient personnel,
- la conscience comme rรฉalitรฉ autonome,
- le moi en tant que projection du soi au niveau de la personnalitรฉ, le rapport interpersonnel,
- et la dimension universelle.
incluant les รฉlรฉments en provenance du niveau superconscient.
Effectivement, c’est du Soi que provient la connaissance de soi au niveau de l’auto-identification.
« une certaine ' distance psychique ' permet une vision et une analyse impartiales ! »
Assagioli prรฉsente alors la dรฉsidentification comme :
« J'ai un corps, mais je ne suis pas mon corps ! »
« j'ai une vie affective,
mais je ne suis pas
mes รฉmotions ni mes sentiments ! »
« j'ai un intellect, mais je ne suis pas mon intellect !
- J'ai des dรฉsirs, mais je ne suis pas mes dรฉsirs !
- j'ai des idรฉes, mais je ne suis pas mes idรฉes !
- j'ai des croyances, mais je ne suis pas mes croyances !
- j'ai des illusions, mais je ne suis pas mes illusions !
par une telle inclusion :
- Le premier tend ร ignorer les aspects ombreux et pรฉnibles de la nature humaine,
- le deuxiรจme crรฉe un climat intรฉrieur d’opposition et d’incompatibilitรฉ.
« on ne peut pas comprendre l'รขme humaine et รฉvaluer ses actions sans connaรฎtre le corps humain dans sa structure anatomique. Le corps et l'รขme ne sont pas deux mondes en opposition, mais deux aspects constitutifs de l'unitรฉ de l'รชtre humain ! »
« Je ne 'suis' pas mon corps et mon visage... mais mon corps et mon visage sont des symboles de moi-mรชme... d'un moi qui, en dehors de son corps et de son visage, n'existe pas et n'est donc rien. Je ne peux pas m'identifier ร mon symbole, mais je ne peux pas davantage m'en sรฉparer ! »
Ce que l’on vient de considรฉrer s’applique aussi ร la dรฉsidentification par rapport aux aspects รฉmotif et mental. Il ne s'agit pas de nier, de rรฉprimer, de supprimer ou d'oublier quoi que ce soit en nous !
Assagioli donne ร propos l'exemple suivant :
« Une personne a une pierre dans son soulier...cette pierre lui fait mal...mais sur le moment, elle ne peut pas l'enlever. Cette personne ne pense pas : ‘Je n'ai pas la pierre, la pierre est une illusion’... mais elle affirme : ‘La pierre m'ennuie beaucoup, mais moi je ne suis pas la pierre, ni le soulier, ni le pied’. De la mรชme maniรจre on peut ‘vivre’ une รฉmotion, et en รชtre intensรฉment conscient, mais affirmer : ‘Ce n'est pas moi’ ! »
Selon lui, l’aveu " je suis fatiguรฉ ", est une ‘ hรฉrรฉsie psychologique ’;
dire... ’ je suis irritรฉ ’, c'est commettre une ‘erreur de
grammaire psychologique’ !
La juste expression est plutรดt :
‘ Il y a en moi un รฉtat d'irritation ! ’
Dans la grammaire psychologique :
il devient fondamental, d’abord et avant tout, de faire la distinction entre le sujet et ses prรฉdicats.
On fait couramment l’abstraction du premier et l’on s’attache aux deuxiรจmes, tout en se servant :
- du nom propre,
- du genre (sexe),
- du rรดle en sociรฉtรฉ,
pour s’identifier soi-mรชme et identifier les autres...en plus de l’identification avec maintes des caractรฉristiques physiques autres, notamment par rapport ร ce que l’on dรฉsigne les handicapรฉs.
On identifie ainsi ' un tel ' ou ' une telle ' comme :
- le maรฎtre,
- l’รฉlรจve,
- l’aveugle,
- le boiteux,
- et ainsi de suite...
On utilise alors le verbe :
รชtre pour exprimer autant ce qu’on est que les simples รฉtats physiques et psychiques, en plus de nos rรดles en sociรฉtรฉ.
Il n’est pas la mรชme chose de dire :
‘ Je suis malade ’
‘ je suis le professeur ’,
que de dire :
‘ je me sens malade ’
ou
‘ je m’occupe de l’enseignement ’.
Lorsque dans une langue seul le verbe :
รชtre existe pour dรฉsigner autant les รฉtats passagers ou conditionnements biopsychiques afin d'exprimer notre identitรฉ ! C'est bien plus qu’une erreur de grammaire, c'est une pauvretรฉ de sa structure qui favorise une mauvaise identification.
Mais la grande dรฉcouverte dont parle Assagioli est bien plus que le fruit d’une correction grammaticale ou d’une notion philosophique.
Il s’agit d’un fait existentiel de la rencontre avec nous-mรชmes au niveau du Soi transpersonnel
oรน le ‘ Je suis ’ se manifeste en mรชme temps dans toute sa simplicitรฉ, quoique certainement accompagnรฉe de l’รฉvidence de sa propre :
authenticitรฉ,
bontรฉ,
beautรฉ.
Cette simplicitรฉ de l’identification est placรฉe bibliquement dans la bouche de Dieu en s’identifiant comme :
« Je suis qui je suis ! »
Lorsque la Bible prรฉsente l’รชtre humain comme รฉtant crรฉe ร l’image divine, il y a logiquement l’indicatif de l’identification humaine ร prendre fondamentalement dans les mรชmes termes du : « Je suis qui je suis ».
Une telle affirmation est consciente de l’essentiel et d'une relativisation des prรฉdicats, plรฉnitude et nuditรฉ existentielle, ce qui prend place ร la hauteur du Soi transpersonnel !
L’auto-identification est ainsi un รฉveil plutรดt qu’un acquis.
Il y a l’expรฉrience mystique de la rรฉvรฉlation de l’รชtre ร soi-mรชme, dans sa puretรฉ de sa transparence et dans la permanence de son identitรฉ !
Plus, notre identification est ressentie au niveau du Soi, plus proches nous nous trouvons de tout et de tous.
Dans le processus de la connaissance de soi, la psychosynthรจse ne doit jamais s’รฉloigner de cette source de l’identification ร la fois individuelle et commune !
La dรฉsignation d’un รชtre bio-psycho-spirituel, tout en รฉtant commune ร tous les รชtres humains, constitue une spรฉcificitรฉ qui va de paire avec les distinctions propres ร la psychologie diffรฉrentielle.
L’identification comporte de ' ce qui est commun' et de 'ce qui est unique ',
tout en rendant ainsi ร la fois communs et distinctes les domaines :
individuel,
social
et universelle de la psychosynthรจse.
Le processus de la connaissance de soi se concrรฉtise et se poursuit alors par la dรฉcouverte effective de cette complรฉmentaritรฉ devenue co-identification et vรฉcue comme expรฉrience de communion dans la solidaritรฉ avec tout ce qui existe.
Les dimensions sociale et universelle, ne doivent pas devenir des obstacles ร l’identification individuelle, elles viennent la complรฉter et la renforcer.
« Je suis le tout ! »
c’est une formule d’auto-identification commune dans la tradition vรฉdique.
Dans cette co-identification, le particulier et le tout deviennent deux cรดtรฉs de la mรชme expรฉrience, sans รฉlimination ou disqualification ni de la partie ni de la totalitรฉ !
C’est caractรฉristique du Soi transpersonnel d’identifier les individu tout en transcendant leurs frontiรจres.
Puisque les formules de dรฉsidentification prรฉsentรฉes plus haut peuvent faire penser ร une sorte d'exclusion, on pourra plutรดt utiliser celles-ci qui proviennent รฉgalement d'Assagioli :
« J'ai un corps,
mais je suis plus que ma forme physique ! »
« j'ai des รฉmotions,
mais je suis plus que ma nature affective ! »
« j'ai un intellect, mais je suis plus que mon mental !
John W. Cullen et Douglas Russell formulent :
« J’ai un corps,
mais je suis plus que mon corps ! »
Gabriel Marcel rejoint cette formule de dรฉsidentification par rapport au corps dans les termes suivants :
« Je suis mon corps,
mais mon corps n'est pas moi-mรชme,
car je dรฉborde mon corps,
je suis plus que lui ! »
Ce n’est pas une existence dans un corps, mais en tant que corps.
Il y est question de transcendance et non pas d’exclusion.
Cela porte ร corriger une identification partielle en fonction de la reconsidรฉrer une fois intรฉgrรฉe dans le tout.
De toute faรงon : il ne s’agit pas du corps que j’ai, mais du corps que je suis !
Celui-ci est au centre et jamais en marge de l’identification.
Celle-ci permet d’agir avec le corps et non pas seulement sur le corps !
Tout en admettant l’รฉquivoque des premiรจres formules Assagiolienne de dรฉsidentification qui se prรชtent ร des interprรฉtations et applications ร caractรจre soit dualiste soit moniste
John Firman offre les formulations suivantes :
« Je suis distinct, mais non sรฉparable, de mes sensations. Je suis distinct, mais non-sรฉparable, de mes sentiments. Je suis distinct, mais non-sรฉparable, de mes pensรฉes ! »
Nous nous trouvons, alors, face ร une comprรฉhension non-sรฉparative quoique diffรฉrente par rapport ร la personnalitรฉ.
Le processus de dรฉsidentification finit par une rรฉ-appropriation existentielle, au niveau de l’auto-identification, oรน la totalitรฉ ne se dispense pas des parties.
Alberti offre les formules suivantes :
« Je suis mon corps, mais je ne suis pas seulement mon corps : Je suis aussi mes รฉmotions. Je suis mes รฉmotions, mais je ne suis pas seulement mes รฉmotions : Je suis aussi mes pensรฉes. Je suis mes pensรฉes, mais je ne suis pas seulement mes pensรฉes : Je suis aussi une volontรฉ ! »
En effet, et tout en soulignant le dรฉjร -dit, l’objectif de la dรฉsidentification n’est pas d’exclure mais d’รฉviter l’emprisonnement de l’exclusivisme d’un รฉlรฉment par rapport ร l’autre !
En conclusion :
La formule « Je suis mon corps et je suis plus que mon corps ! »
s’avรจre la plus adรฉquate.
Le corps ne reste jamais secondaire ou marginalisรฉ en termes d’auto-identification !
Il y a une dรฉsidentification en fonction d’une identification plus globale, oรน il devient fondamental la co-identification avec le corps de l’univers qui nous soutient.
L'Univers : lequel physiquement est prรฉsent, chez nous et en nous, dans ses รฉlรฉments :
terre,
eau,
air,
feu.
En dehors de cette perspective, il y aurait un dualisme fort aliรฉnant !
L’รฉcart des fausses identifications constitue une รฉmancipation qui conduit ร la maรฎtrise de soi, ร l’affirmation de l'autonomie au dire de Maslow :
je deviens davantage moi-mรชme quand je m'รฉmancipe de ce qui n'est pas moi !
Il n’y est pas question de nous dรฉbarrasser du corps des รฉmotions et des idรฉes, mais de les maรฎtriser et les intรฉgrer.
6.2 Pivots d’identification
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Assagioli note :
qu'il y a en nous une myriade de petits ' je ' qui se prennent chacun pour le ' Je ' vรฉritable; ce qui a pour consรฉquence que le ' Je ' finit par รชtre รฉtouffรฉ et pour rester inconnu !
Chacun de ces ' je ' tendent ร se prendre pour le centre de la personnalitรฉ, voire ร se faire passer pour le vrai centre de conscience, constitue effectivement une : personnalitรฉ secondaire ou, comme on dรฉfinit le plus souvent en psychosynthรจse, une : sous-personnalitรฉ !
Les sous-personnalitรฉs, aussi dรฉsignรฉes : personnalitรฉs alternatives sont innombrables, et c'est pourquoi l'individu peut รชtre considรฉrรฉ comme : " une lรฉgion ", selon l'expression du Pรจre Sertillanges.
Assagioli classe en huit catรฉgories principales ces 'je' par lesquels bien souvent nous avons tendance ร nous identifier, ร savoir :
Ce que nous sommes ร un moment donnรฉ (image plus ou moins figรฉe);
ce que nous croyons รชtre (auto-รฉvaluation);
ce que nous voulons รชtre (aspirations);
ce que les autres croient que nous sommes (images des autres ร notre รฉgard);
ce que les autres veulent que nous soyons (modรจles projetรฉs sur nous-mรชmes);
ce que les autres รฉveillent en nous (modรจles inspirateurs);
ce que nous faisons semblant d'รชtre (nos masques);
ce que nous pouvons devenir (modรจle idรฉal).
Ces divers ' je ', qui prรฉdominent le plus souvent comme centres d'identification, se trouvent la plupart du temps en conflit !
Chacune de ces catรฉgories correspond ร une sous-personnalitรฉ, mais toutes ne sont pas รฉgalement distantes de leur intรฉgration qui favorise le processus d’auto-identification.
Ces multiples sous-personnalitรฉs donnent lieu ร autant d'identifications partielles.
Elles font l'objet d'une attention particuliรจre au niveau de la psychosynthรจse appliquรฉe, lorsqu'il s'agit de l'intรฉgration de la personnalitรฉ, travail qui est ร la base de l'รฉducation psychosynthรฉtique.
Tant que les sous-personnalitรฉs subsistent ร l'รฉtat conflictuel, la conscience demeure fragmentรฉe et la vรฉritable identification ne peut pas avoir lieu, d’oรน la recommandation humoriste d’Assagioli : « de ne pas utiliser vainement le nom du : Je ! »
L'auto-identification, synonyme de notre vraie identitรฉ, ne va pas de soi.
Elle exige une attention toute particuliรจre aux identifications : partielles, multiples et variรฉes auxquelles on s'adonne ou que l'on subit la plupart du temps inconsciemment !
C'est en les identifiant que nous pouvons nous en dรฉtacher !
Puisque l'auto-identification va de pair avec la dรฉsidentification concernant les sous-personnalitรฉs, c'est ร celles-ci qu'il faut prรชter une attention spรฉciale !
Les rรดles exercรฉs dans la vie :
familiale, (personnel...)
professionnelle
se comptent parmi les identifications partielles ou sous-personnalitรฉs, qui prรฉvalent souvent comme dรฉsignatifs de l’identification en sociรฉtรฉ !
Assagioli met en garde contre cette modalitรฉ d'identification qui sert souvent ร dissimuler la personne humaine derriรจre ses personnages.
Plus, quelqu'un s'identifie ร son rรดle, moins il est apte ร le jouer !
En fait, remarque-t-il : « aussi paradoxal que cela puisse paraรฎtre, moins nous nous identifions ร un rรดle, mieux nous le jouerons ! »
Nous avons des rรดles ร jouer et c’est bon de qu’il soit ainsi, ร condition pourtant que notre identification reste intรจgre !
De mรชme que l’on peut jouer le personnage d’un sexe diffรฉrent sans oublier le nรดtre, ainsi il est possible et souhaitable de garantir l’expรฉrience permanente de notre vraie identification, dans la conscience de ce qu’on est et en dรฉpit de que l’on fait !
Le processus d’auto-identification reste ร jamais plus ou moins partiel, et il n’exclut pas la possibilitรฉ de tomber dans une fausse identification qui pourra รชtre corrigรฉe.
Puisque, l’รชtre humain reste toujours en partie un mystรจre pour soi-mรชme, la meilleure identification n’est jamais synonyme de chercher toute la vรฉritรฉ ร notre รฉgard !
Celle-ci progresse avec la conscience de soi-mรชme en termes d’expรฉrience et non pas de simple reprรฉsentation d’une image de ce qu’on est, ou de celles que les autres peuvent avoir ร l’รฉgard de nous-mรชmes !
Le « Je suis » est plus fondamental que l’adjectif « humain » ou n’importe quel autre qualificatif utilisรฉ pour nous dรฉsigner.
Les qualitรฉs sont plutรดt quelque chose qu’on possรจde.
Entre ' l’รชtre ' et ' l’avoir ' il n’a pas de l’incompatibilitรฉ,
mais, dans le processus de l’identification, ils sont toujours ร distinguer.
Il y a le dรฉpouillement de quelque chose, au lieu d’un vide, qui nous donne paradoxalement le sens de la plรฉnitude !
Mais en psychosynthรจse la question : ‘ qui suis-je ? ’
se poursuit en fonction d’une rรฉponse qui dรฉpasse la conscience actuelle de nous-mรชmes !
Il y a toujours un niveau supรฉrieur d’identification auquel nous pouvons avoir accรจs.
La connaissance de soi fait continuellement appel ร l’actualisation de soi !
En plus de nos identifications partielles par rapport ร ce qui nous sommes, il y a les identifications faussรฉes, lorsqu’on confond notre identitรฉ avec ce que nous avons** !
** possรฉdons
La plus commune de ces identifications est celle de nous identifier par notre propre nom ou prรฉnom.
C’est ร noter que dans certaines cultures les gens prennent un nom diffรฉrent lorsqu’il y a un changement soit dans leur รขge soit dans leur rรดle.
Alliรฉ ร ce changement de nom, il y a toute une gamme de titres et de formes de traitements qui changent selon le rรดle, le statut civil, professionnel, militaire, religieux...
Le mot rรดle, rotulus ou rotula en latin, s’allie ร la signification originaire de l’utilisation des rouleaux de papier utilisรฉs par les souffleurs chargรฉs de l’appui aux artistes en scรจne thรฉรขtrale.
Il n’y a rien de nรฉgatif, sauf la confusion entre l’artiste et son mรฉtier.
L'รชtre humain se distingue des animaux tout particuliรจrement par son pouvoir de rรฉflexion, c'est-ร -dire par le fait d'รชtre conscient de lui-mรชme.
Pourtant, bon nombre d'humains restent la plupart du temps au seuil de la conscience de leur humanitรฉ, se limitant et se contentant de s'identifier par leur prรฉnom et un nom dont ni mรชme le choix ordinairement leur appartienne.
Souvent, ceux-ci se trouvent accrus de titres qui font enfler le ballon du personnage adoptรฉ !
Ceux qui se croient bien conscients d'eux-mรชmes peuvent bien rester au niveau du soi personnel sans guรจre soupรงonner de l'existence du Soi transpersonnel : lui seul est capable de rรฉvรฉler la vรฉritable expรฉrience de la rรฉalitรฉ ontologique de l'รชtre humain.
Selon Assagioli :
« l'auto-conscience personnelle n'est qu'un faible reflet de la vraie auto-conscience du Soi, la conscience de l'Identitรฉ spirituelle de laquelle gรฉnรฉralement nous ne nous rendons pas compte ! »
Assagioli fait noter le fait des diffรฉrents รฉtats de conscience :
« ร certains moments, nous ressentons notre identitรฉ personnelle de faรงon vive et claire, par-delร tous les changements intรฉrieurs et extรฉrieurs; par contre, ร d'autres moments, nous nous sentons : transformรฉs, diffรฉrents, รฉtrangers ร notre 'soi' d'hier. C'est comme si nous ne nous reconnaissions plus ! »
Tant que nous sommes identifiรฉs aux contenus de notre personnalitรฉ, nous sommes inconsciemment ร la fois auteurs et victimes d'une grave erreur quant ร l'identification de nous-mรชmes !
Il y a des identifications partielles et accidentelles qui, au niveau de la personnalitรฉ, prรฉvalent souvent sur l'identification essentielle et permanente.
A titre d'exemples les plus communs mentionnรฉs :
soulignons le caractรจre sexuel (je suis un mรขle), l'รฉtat civil (je suis cรฉlibataire), la nationalitรฉ (je suis Chinoise), la race (je suis noire), l'avoir (je suis propriรฉtaire), l'instruction (je suis diplรดmรฉ), l'idรฉologie politique (je suis socialiste), l'appartenance religieuse (je suis orthodoxe), les dรฉficiences physiques (je suis aveugle), le tempรฉrament (je suis nerveux), les รฉtats d'esprit (je suis fรขchรฉ), l'รขge (je suis vieux)...
Parfois l’identification va jusqu’ร privilรฉgier les apparences, surtout en ce qui concerne le vรชtement.
Dans ses notes personnelles, Assagioli offre le commentaire suivant concernant cette derniรจre forme d'identification :
Il y a effectivement des gens qui s'identifient presque ร leurs habits. Ils donnent une telle importance ร leur apparence extรฉrieure qu'ils changent presque de personnalitรฉ selon la faรงon dont ils s'habillent !
Au contraire du moi personnel qui tend ร se faire confondre avec les contenus successifs et transitoires du champ de la conscience, le Soi transpersonnel en reste dรฉtachรฉ !
Il ne s’identifie non plus ni ร nos fonctions psychologiques ni aux rรดles que nous jouons !
Dorothy Firman exprime :
« c’est seulement en รฉtant immanent que nous pouvons transcender ! Nous ne pouvons pas nous dรฉsidentifier de ce que nous n’avons jamais รฉtรฉ identifiรฉs. »
Gherardo Giorni exprime :
« la reconnaissance de notre esprit multiple est la charte constitutionnelle qui introduit la dรฉmocratie ร l’intรฉrieur de nous-mรชmes, ou comme de nos jours on a le goรปt de dire, le pluralisme ! »
L’identification la plus commune correspond ร la perception que chaque personne a de soi-mรชme dans une situation et moment donnรฉ, de telle faรงon que parfois il semble avoir un doublement ou succession de personnalitรฉs qui engendre un รฉtat de confusion concernant ce qu’on est.
Le processus d’auto-identification inclue ร la fois la dรฉsidentification par rapport ร des identifications fausses ou partielles, de mรชme que la prise de conscience d’รฉlรฉments mรฉconnus ou oubliรฉs faisant partie de sa propre identitรฉ !
Admettre, l'existence en nous de fausses identifications au niveau de la personnalitรฉ, c'est dรฉjร permettre que le Soi supรฉrieur devienne ce lieu d'observation, ce centre unificateur, ce pivot d'identification que la psychosynthรจse reconnaรฎt d'emblรฉe.
Selon Assagioli :
dans l'exercice de dรฉsidentification, nous dรฉveloppons la conscience de nous-mรชmes en tant qu'observateurs, et en tant que spectateurs, alors que pour les autres exercices, nous dรฉveloppons la conscience de nous-mรชmes en tant qu'acteurs !
Cet observateur/spectateur intรฉrieur : c'est la conscience-tรฉmoin, notre centre de conscience qui, sans exclusion, peut considรฉrer objectivement les diffรฉrents contenus auxquels il n'est jamais identifiรฉ !
Au cours d’un tel processus, il y a encore, au niveau de la personnalitรฉ, le danger de penser au Soi comme de quelque chose que nous avons, mais pas de qui nous sommes**, tout en donnant lieu ร une sorte schizophrรฉnie existentielle !
** vraiment
L'expรฉrience d'identitรฉ au niveau du Soi constitue la plupart du temps une inspiration qui vient ร la rencontre d'une aspiration.
Elle provient de la capacitรฉ de prendre la position du centre de conscience. Plus nous nous identifions au pur centre de conscience, mieux nous pouvons intรฉgrer et faire l'expรฉrience de l'รฉmancipation des composantes vraiment estimables de notre personnalitรฉ !
Assagioli remarque :
« Le corps, les รฉmotions et l'intellect constituent des instruments changeants d'expรฉrience, de perception et d'action.
Par contre, le Soi est essentiellement diffรฉrent : il est simple, immuable et conscient de lui-mรชme ! »
ร ce niveau, on a directement une prise de conscience de soi-mรชme caractรฉrisรฉe par la spontanรฉitรฉ, la simplicitรฉ, la puretรฉ et la transparence.
La dรฉsidentification signifie :
rendre possible une identification supรฉrieure !
Selon Assagioli :
« L'รฉtape naturelle qui suit la ' dรฉsidentification ' est une nouvelle identification du moi :
je reconnais et j'affirme que je suis un centre de volontรฉ, capable de rรฉgler, de diriger et d'utiliser tous mes processus psychologiques, ainsi que mon organisme physique ! »
Il y a d'abord :
la dรฉcouverte de soi comme sujet conscient et distinct de tous les contenus ou dรฉterminations, de ce qui constitue la rรฉvรฉlation de la vรฉritable auto-identification du : ' je suis ! '
Toutefois, cette prise de conscience n'est que le dรฉbut de l'auto- identification et donc de la vraie connaissance de soi, laquelle n'est jamais dรฉfinitivement acquise.
Il y a plutรดt un processus รฉvolutif qui laisse place ร des rรฉvรฉlations progressives, de paire avec les identifications des dรฉviances toujours ร corriger !
L’expรฉrience de l’auto-identification provient pratiquement d’un รฉlargissement de la conscience oรน il y a la dรฉcouverte, la distinction et l’inclusion.
Dans ce processus, tel que prรฉsentรฉ par Ken Wilber :
« le corps est conscient de la matiรจre, le mental est conscient du corps, l’รขme est consciente du mental, l’esprit est conscient de l’รขme. »
Celle-ci peut alors s'approprier indรปment des รฉnergies supรฉrieures, faire preuve de sentiments de supรฉrioritรฉ, avoir des comportements mรฉgalomaniaques.
Il s'agit d'un avertissement au รฉgard et ร la possibilitรฉ de mauvaises interprรฉtations et ร des appropriations indues de ces expรฉriences !
Cet appel ร la prudence et au discernement doit donc รชtre interprรฉtรฉ comme un souci de sauvegarder l'intรฉgritรฉ de l'auto-identification demeure toujours l'objectif privilรฉgiรฉ d'une vraie connaissance de soi !
L’auto-identification reste un processus permanent de rรฉvรฉlation et connaissance de soi.
Il y a un appel au sens existentiel du terme qui se trouve au-delร des concepts, dans une expรฉrience d'auto conscience qui dรฉpasse un concept ontologique purement abstrait.
Le vrai sens du : ' qui je suis ? '
signifie simultanรฉment de sentir et d'รฉprouver mon identitรฉ et en faire la ' connaissance ',
c'est-ร -dire :
la faire naรฎtre !
L’auto-identification qui prend place au niveau du Soi est un fait existentiel profondรฉment libรฉrateur.
Tant que la connaissance se limite ร un concept abstrait ou ร la vรฉrification d'un contenu quelconque, il y a peut-รชtre du savoir, mais loin encore du savoir-รชtre essentiel ร la connaissance de soi !
6.3 Dรฉfi et moyens
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
En psychosynthรจse, la vraie connaissance de soi, c'est-ร -dire l'auto- identification signifiรฉe par l'identification humaine au niveau du Soi spirituel, constitue un grand dรฉfi toujours ร relever, faisant appel ร l’auto-รฉducation permanente !
Plus important que d’ajouter de l’information sur ce qui l’on est, c’est d’arriver ร un regard nouveau sur nous-mรชmes dรฉpourvu autant que possible, des obstacles et des conditionnements que l’on vient de mentionner.
Le processus de l’auto-identification conjugue la certitude avec l’ambiguรฏtรฉ de la condition humaine, alliรฉe au processus du changement auquel le Soi reste ouvert en tant que rรฉalitรฉ dynamique.
La rรฉponse au ‘ qui suis-je ? ’ est donc รฉvolutive et jamais dรฉfinitive !
Il y a une demande d’ajustement par rapport ร nous-mรชmes qui peut donner lieu ร des crises d’identitรฉ au niveau de la personnalitรฉ, plus ou moins accompagnรฉes du malaise de la confusion et de l’insรฉcuritรฉ !
Il y est possible d’y coutoyer autant le dรฉsir que la peur de se connaรฎtre.
La reconnaissance de nos handicapes peut donner lieu autant au dรฉcouragement qu’ร la volontรฉ rรฉsolue de les surmonter.
C’est surtout quand la personnalitรฉ est en crise que la question « qui sui-je ? » se prรฉsente en guise d’un appel !
Des faits notoires de dรฉsidentification et dรฉpassement par rapport aux propres dรฉficiences physiques, on les trouvent, ร titres d’exemples majeurs :
chez le grand orateur Dรฉmosthรจne qui fรปt un bรจgue, chez Beethoven qui composa ses plus belles symphonies alors qu’il รฉtait devenu sourd, chez Helen Keller devenue sourde, muette et aveugle ร l’รขge de 19 mois, rรฉussit ร parler, ร รฉcrire, ร prendre sa graduation universitaire, suivie d’une carriรจre cรฉlรจbre comme รฉducatrice et รฉcrivaine.
L’aspect mystรฉrieux de notre identitรฉ est en mรชme temps fascinant et intrigant !
Il รฉveille spontanรฉment la curiositรฉ, mais il peut aussi conduire ร un รฉtat d'insรฉcuritรฉ.
Certains courants psychologiques rรฉvรจlent un manque d’attention ou mise de cรดtรฉ concernant le thรจme de l’auto-identification !
Assagioli semble bien partager cet avis, en ce qui a trait ร l'approche bรฉhavioriste ร caractรจre mรฉcaniciste, qu'il considรจre plus proche du refus que de la volontรฉ d'auto-identification :
« Je pense que la plupart des discussions sur l'identitรฉ ont รฉtรฉ faussรฉes du fait que les psychologues ne se sont jamais donnรฉ la peine de faire des expรฉriences. Ils font courir les rats dans des labyrinthes, mais ils ne pรฉnรจtrent pas dans le laboratoire intรฉrieur pour y examiner leur propre expรฉrience de la volontรฉ.
Ils sont comme les thรฉologiens qui refusaient de regarder dans le tรฉlescope de Galilรฉe par crainte d'รฉbranler leur conception du monde. Ils nรฉgligent l'introspection, qui reprรฉsente pourtant le meilleur laboratoire qu'un psychologue puisse trouver. »
Comment progresser dans ce processus ?
La psychosynthรจse propose fondamentalement deux positionnements :
la rรฉceptivitรฉ et l'activitรฉ.
La premiรจre est aussi importante que la seconde; la rรฉceptivitรฉ reprรฉsente une ouverture qui facilite ce que le concepteur de l’approche psychosynthรฉtique, ร la suite de Hermann Keyserling, nomme :
la manifestation du Soi donne accรจs au "nuclรฉus mรฉtaphysique de l'รชtre humain.
Si le Soi transpersonnel, le Centre supรฉrieur, est lui-mรชme la source et le rรฉvรฉlateur de notre identification, il devient fondamental pour le soi personnel de l'รฉcouter avant d'agir, afin de ne pas se tromper sur la voie ร prendre !
La rรฉponse ร la question : ‘ qui suis-je ? ’ peut avoir lieu graduellement, ou au contraire, de maniรจre soudaine par une prise de conscience constituant une sorte de rรฉvรฉlation.
Assagioli exprime :
« Je suis une รขme vivante, aimante et qui veut ! »
Je dirais mieux :
« Je suis une รขme vivante, courageuse , aimante et
qui souhaitent quelques choses pour soi
et idรฉalement aussi pour les autres et le monde ! »
Eddy Vonck
D'ailleurs, Assagioli prรฉsente l’auto-identification dans les termes suivants :
« Je suis une auto-existence permanente, une rรฉalitรฉ
vivante ! »
Il faut noter avec lui :
que la plupart du temps, l'auto-identification est une expรฉrience intรฉrieure de la conscience de soi-mรชme :
comme ' sujet ' et comme ' moi ', indรฉpendant de tout contenu ou fonction, qui n'advient pas spontanรฉment, mais est plutรดt le rรฉsultat d'une expรฉrimentation ou d'un exercice intรฉrieur !
C'est pourquoi la psychosynthรจse :
propose de faire de la vie le grand laboratoire psychologique, et de l'introspection le lieu de la rรฉvรฉlation permanente de l'รชtre humain ร lui-mรชme !
Dans le processus qui conduit ร l’auto-identification, Assagioli tient compte :
« d’un stade intermรฉdiaire temporaire, oรน nous sentons ne pas รชtre seulement notre personnalitรฉ et de n'en a pas avoir encore pleine conscience de l’รme [le Soi].»
La psychosynthรจse fait appel ร la mystique du dรฉtachement, ce qui n’est pas, un synonyme de mรฉpris, ni un signe de dรฉvaluation concernant les รฉlรฉments par rapport auxquels nous nous dรฉsidentifiions !
Une telle mystique, ร caractรจre purificatoire, reprรฉsente souvent des crises d’identitรฉ qui caractรฉrisent le processus qui mรจne ร l’auto-identification.
Cela peut apporter de la souffrance, qu’il faut distinguer de la pathologie associรฉe aux identifications.
La santรฉ fait appel ร l’auto-identification, et vice versa !
La voie qui mรจne ร la santรฉ doit passer par la dรฉsidentification, mais, jamais par la dรฉvalorisation touchant les รฉlรฉments malades de la personnalitรฉ, d’abord destinรฉs ร l’accueil et deuxiรจmement ร l’intรฉgration !Promouvoir la connaissance de soi, c'est donner l'opportunitรฉ de pรฉnรฉtrer dans le mystรจre de l'รชtre humain, et en mรชme temps de le percer tout en croyant aux virtualitรฉs humaines qui surpassent tout ce qu'au niveau de la personnalitรฉ on peut ร peine soupรงonner.
Selon Assagioli :
« une fois reconnue en nous l'existence du Soi supรฉrieur et de ses pouvoirs merveilleux, le 'connais-toi toi-mรชme' de l'oracle de Delphes acquiert une nouvelle signification.
Il ne veut plus seulement dire :
" Analyse tes pensรฉes, tes sentiments, et examine tes activitรฉs ";
il signifie :
"Dรฉcouvre ton ' Je ' le plus intime, ton รชtre vรฉritable, et prends conscience de son admirable potentialitรฉ !" »
C’est ร noter combien cette capacitรฉ est ambivalente, faisant appel en mรชme temps :
ร la responsabilitรฉ
et toujours ร l’identification avec notre bontรฉ essentielle !
La connaissance de soi engendre la foi en soi et la confiance en soi, lesquelles n’ont rien ร voir avec l’autosuffisance qui mรจne au mythe d’Icare dont les ailles se fondent et le font tomber dans une sorte de nรฉant.
Il va dans ce sens de Renรฉ Habachi :
« Tant qu’il est plein de soi, l’รชtre humain sera vide de tout ! »
Alberto Alberti parle alors de :
« prรฉsomption existentielle ! »
et de
« sous-personnalitรฉ prรฉsomptueuse ! »,
Elles sont alliรฉes au sens de la grandeur et ร de la mรฉgalomanie ! »
ร l’opposรฉ de cette forme d’arrogance, il place une autre dรฉviance, celle de :
« la sous-personnalitรฉ misรฉrable ! »,
fruit d’un vide existentiel alliรฉ au sens d'une forme de nullitรฉ !
Autant la vacuitรฉ de l’arrogance que de la fausse humilitรฉ proviennent d’une mauvaise attitude et perspective dangereuse du moi personnel !
Le sens de sa propre supรฉrioritรฉ devient une offense envers autrui ; celui de sa propre infรฉrioritรฉ reste un attentat ร sa propre dignitรฉ !
Toute dรฉmarche vers la connaissance de soi doit conjuguer l’intรฉrรชt avec le dรฉtachement, oรน, le moi personnel est prรชt ร se vider de ses acquis en vue de donner lieu ร la rรฉvรฉlation du Soi transpersonnel concernant soi-mรชme et aussi les autres.
ร ce niveau, la vรฉritรฉ et l'humilitรฉ vont de paire !
Il y a lร en mรชme temps la saveur de nos acquis et la conscience de leurs limites.
L’auto-estime se fait accompagner du dรฉtachement !
Il y a lieu pour la fiertรฉ qui ne laisse pas l’humilitรฉ tomber dans le masochisme, idem, pour le sens de l’authenticitรฉ qui empรชche une forme de paranoรฏa ou et de dรฉshonneur.
En termes de psychosynthรจse :
la fausse humilitรฉ de la personnalitรฉ orgueilleuse se ferme ร la lumiรจre et au pouvoir du Soi.
Tandis que dans la vraie humilitรฉ de la personnalitรฉ s’accepte avec naturalitรฉ en s’identifiant et agissant, sur la lumiรจre et le pouvoir du Soi transpersonnel.
Il y a une erreur courante de voir dans l’auto-estime a une expression d'orgueil, par contre : l’auto-humiliation et l’auto-dรฉnigrement n’ont rien ร voir avec l’humilitรฉ.
L’auteur anonyme de l’ลuvre « le nuage de connaissance » clarifie :
« Une personne est humble quand elle s’affirme dans la vรฉritรฉ avec la connaissance et apprรฉciation pour elle-mรชme tel qu’en rรฉalitรฉ elle est ! »
Assagioli considรจre cependant que :
« la vraie humilitรฉ n’exclue pas la reconnaissance de nos ‘ talents ’, et de nos merveilleuses potentialitรฉs latentes, de la haute destinรฉe ร laquelle nous sommes appelรฉs ! »
Le sage ne cache jamais ses talents, mais il sait que l’unique bijou pour attirer, sans danger, l’attention sur lui c’est l’humilitรฉ !
L’humilitรฉ ne se contente pas de la sincรฉritรฉ; elle ajoute la simplicitรฉ !
L’humilitรฉ est l’unique mesure compatible avec la grandeur de notre identification.
Il n’y est pas question de comparaison, mais d’authenticitรฉ et de sens de la juste proportion.
Alberti fait voir combien l’humilitรฉ se trouve en rapport avec la libertรฉ, la nรดtre et celle des autres :
« Seulement qui est libre peut se sentir vraiment humble, et qui est vraiment humble laisse au monde sa libertรฉ ! »
Dans la mesure oรน la vraie identification prend place et de la consistance, nous pouvons en mรชme temps monter dans l’auto-estime, รฉlargir les horizons de la connaissance, et simultanรฉment approfondir le sentiment d’humilitรฉ !
La fausse humilitรฉ, provenant du sens d’infรฉrioritรฉ, tend ร l’isolement.
Je vais rรฉagir un peu lร :
« Peut-รชtre qu'ร l'รฉpoque oรน vivait Assagioli, le monde et la sociรฉtรฉ humaine pourraient me sembler plus humble et plus valeureuse en matiรจre d'humilitรฉ. Les annรฉes 2000 et crescendos depuis les derniรจres crisent mondiales, je me demande si ce n'est pas une utopie de nous inviter tout le temps oรน presque de rester humble alors qu'il y a des criminels / criminelles politisรฉs dans des tours monopolistiques qui gouvernent , dangereusement l'avenir proche du monde : terre ? »
Par contre, la vraie humilitรฉ, fruit d’une conscience รฉclairรฉe, mรจne ร la solidaritรฉ !?
Elle prend plaisir dans la vertu des autres, tout en partageant aussi de la responsabilitรฉ pour leurs fautes !???
Il y a de la compassion fruit d’une identification qui est ร la fois co-identification !
Faute d’une telle conviction, il y aura un obstacle sรฉrieux qui compromet le processus de notre accomplissement.
Autant le complexe d’infรฉrioritรฉ que le complexe de supรฉrioritรฉ proviennent d’une attitude erronรฉe oรน les faux-pas nous รฉgarent de la prise de conscience de ce qui l’on est en rรฉalitรฉ !
L’acceptation de nos propres limites devient la premiรจre condition pour la manifestation de nos capacitรฉs !
Le pire ennemi de l’humilitรฉ, c’est l’orgueil qui tend ร
s’exprimer par l’รฉgocentrisme, le sens ou un semblant d’autosuffisance, l’esprit arrogant et les attitudes de mรฉpris envers autrui !
C’est dans ce sens que Assagioli nous porte une prise de conscience que :
« notre nature est imparfaite, est remplie de faiblesses, et d'obscuritรฉs, et de manque d'harmonie ! »
Le fondateur de la psychosynthรจse fait voir que la connaissance de soi constitue le dรฉfi d’une prise de conscience venue d’une rรฉvรฉlation intรฉrieure nous permettant autant :
« la vision du merveilleux potentiel latent ou actif aux niveaux supraconscients» ainsi que la dรฉcouverte du ' cรดtรฉ obscur ' font parties de la condition humaine en gรฉnรฉral ! »
Le dรฉfi et l’opportunitรฉ sont toujours lร , chez nous et autours de nous pour apprendre et ร apprendre d’abord au sujet de nous-mรชmes !
Carl Gustav Jung exprime :
« considรฉrer chaque situation, chaque personne, n’importe quel est notre รฉtat physique ou psychique, comme รฉtant en mรชme temps une leรงon et un examen ! »
Tout en tenant compte du potentiel et de la complexitรฉ de la nature humaine, il suggรจre le recours ร l’expertise de quelqu’un, autre que nous-mรชmes, tout en considรฉrant :
« Que la tรขche devient plus facile avec l’aide d’un guide expรฉrimentรฉ ! »
Tout n’est pas spontanรฉ dans le processus de l’auto-identification, d’oรน le recours ร des exercices appropriรฉs :
- L'aspiration constitue un premier pas, suivi de la concentration est un autre de faรงon ร รฉviter la dispersion et de favoriser le contact avec les รฉnergies supรฉrieures.
- Un autre exercice appropriรฉ est celui du dialogue interne , dans l'attente d'une rรฉponse directe ou indirecte. On peut aussi รฉcrire une lettre au Soi transpersonnelle en lui prรฉsentant une aspiration ou un problรจme quelconque.
- La mรฉditation rรฉceptive semble particuliรจrement apte ร favoriser les manifestations du domaine transpersonnel !
- l'autobiographie,
- le carnet psychologique ou journal intensif ou intime...
- la rรฉtrospective de la journรฉe,
- l'analyse des rรชves,
- les techniques projectives,
- le silence,
- l'observation objective,
- le travail sur les sous-personnalitรฉs, et la question: ‘ qui suis-je ? ’.
- Le recours ร la typologie,
- de mรชme qu’ร l’analyse transactionnelle s’avรจrent appropriรฉs, y considรฉrant les caractรฉristiques et tendances individuelles, ainsi que les formules prรฉdominantes d’identification par rapport ร soi-mรชme et en rapport avec les autres !
- Les reprรฉsentations rituelles et thรฉรขtrales, ainsi que les thรฉrapies du psychodrame de Moreno ou de l’exercice du jeu des coussins en Gestalt, constituent des moyens aptes ร l’utilisation de nos masques ร fin de nous en dรฉbarrasser.
Le thรฉrapeute doit รชtre en mesure de maรฎtriser diverses techniques concourant :
- ร stabiliser et calmer les patients;
- ร les aider ร travailler leurs souvenirs et leurs reviviscences douloureuses et traumatiques;
- ร les faire renouer avec leur entourage relationnel...
Dans l'idรฉal, un thรฉrapeute aura suivi avant d'accompagner des personnes traumatisรฉes, le genre de thรฉrapie qu'il ou elle pratiquera sur son futur patient !
Se sentir en sรฉcuritรฉ est indispensable pour affronter ses peurs, ses dรฉmons, et ses angoisses.
Aussi et j’ajoute, lorsque vous cherchez un thรฉrapeute ou assimilรฉ, demandรฉ des garanties et un devis ( types de prestations, efficacitรฉs, durรฉes, prix, nombres de sรฉances...) รvitez les รฉgocentrรฉs sur le net.
Sources : Bessel van der Kolk et moi-mรชme
6.4 Mystรจre et rรฉvรฉlation
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
La sagesse du savoir ou le savoir qui est sagesse, dรฉbute par la connaissance de soi.
Celle-ci reprรฉsente le savoir fondamental en rรฉponse au besoin non seulement de connaรฎtre, mais de se connaรฎtre.
Ce serait toutefois une erreur de prรฉtendre avoir la connaissance parfaite de sa propre identitรฉ !
Le bouddhisme parle d’un phรฉnomรจne d’amnรฉsie par rapport ร notre propre identitรฉ.
La vraie identitรฉ de l’รชtre humain ne pourra jamais รชtre adรฉquatement exprimรฉe par une formule conceptuelle.
La connaissance de soi se rapporte ร une prise de conscience de l’essence de la nature humaine, plutรดt qu’aux contenus de cette conscience !
L'รชtre humain est toujours une rรฉalitรฉ en partie ร dรฉcouvrir ; il reste ร jamais pour lui-mรชme un mystรจre !
Marilyn Kegel dit que :
« dans nos vies, y a plus de mystรฉrieux que du non-mystรฉrieux ! »
Admettre le mystรจre, c’est avoir conscience des limites de la raison jamais capable de totalement รฉpuiser le contenu et le sens de la rรฉalitรฉ, y incluant celle de notre identitรฉ.
Pourtant il y a toujours l’opportunitรฉ de progressivement transformer le mystรจre de notre identitรฉ en dรฉcouverte de plus en plus satisfaisante !
La connaissance de soi progresse avec la conscience de notre propre identitรฉ laquelle va de l’instabilitรฉ vers la stabilitรฉ, celle-ci idรฉalement atteinte au niveau du Soi transpersonnel.
Pour plus complรจtes que soient les archives de l’identification de l’humain,
elles ne contiennent jamais le chapitre final, ni le dernier mot de tous ce qui composent le parchemin de notre identification complรจte**.
** ? incomplรจte ?
Pratiquement, il y a toujours lieu pour la surprise et l’appel ร un pas en avant au sujet de l’identitรฉ humaine !
Celle-ci ne se limite jamais aux rรฉponses provenant de la question ‘ qui suis-je ? ‘.
Autant la/ les question(s) que les rรฉponses contiennent des รฉlรฉments d’une identitรฉ qui les englobent et qui peuvent dรฉborder.
Bien du monde devient conscient et tรฉmoigne des dรฉfis qui pose l’auto-identification de l’humain !
Tout en prรดnant pour le questionnement sur notre propre identitรฉ, Ken Wilber voit :
« l’une des plus embรชtantes parmi les questions humaines ! »
En considรฉrant une dรฉfinition impossible de l'รชtre humain, Karl Rahner ajoute :
« Si nous voulions facilement le ‘dรฉfinir’, il est l’indรฉfinissable de qui est conscient de soi-mรชme ! »
Pour Jรผrgen Moltmann :
« l'homme est en effet pour l'homme le plus grand des mystรจre ! »
Teilhard de Chardin remarque que :
« l'homme est le plus mystรฉrieux et le plus dรฉroutant des objets rencontrรฉs par la science ! »
Il y a de la contradiction dans la tentative de dรฉfinir : l’รชtre humain, puisqu’il est en mรชme temps le ' mystรจre ' et le ' chercheur '.
Alors : il peut tout seulement se manifester et vivre son propre mystรจre !
Il est, en d’autres mots, et au dire de Alberti :
« non pas un mystรจre ร dรฉvoiler, mais une rรฉalitรฉ subjective qui se rรฉvรจle ! »
Assagioli tenait dรฉjร compte de qu’il nomme une :
« รฉnigmophilie prรฉsente en germe dans chaque personne ! »
ร l’รขge avancรฉe, Assagioli, en 1963 est catรฉgorique lร -dessus, tout en offrant la rรฉflexion suivante :
« Le mystรจre que l'aveuglement matรฉrialiste et la prรฉsomption intellectualiste ont cru รฉcarter, pรฉnรจtre tout ce qui nous entoure : nous le retrouvons autant dans la tige de l'herbe que dans la comรจte errante, et surtout ร l'intรฉrieur de nous-mรชmes ! »
Pour intervenir ร propos de ci-dessous, j'ai une rรฉflexion ร faire liรฉe ร cette pรฉriode 2020 ร 2023 :
« nous avons vu et conscientiser pour certains comment le monde politico-scientifique intellectualiste peu modeste nous pousse de plus en plus dans un aveuglement collectif et mondialisรฉ et comment par des formes d'aliรฉnations endorment nos ' je ' collectif ! » Eddy Vonck
Toutefois, cet aspect mystรฉrieux n’est pas en soi-mรชme un facteur aliรฉnant !
Il fait partie intรฉgrante ร la fois du dรฉfi et de l’expรฉrience de notre identitรฉ !
Puisque le mystรจre constitue un รฉlรฉment de notre propre identification, Assagioli est alors portรฉ ร parler du :
« sens du mystรจre ! »
Il remarque :
« Ordinairement nous avons l’extraversion, la recherche de la vรฉritรฉ, de la beautรฉ et du pouvoir dans le monde extรฉrieur et dans la nature. Il convient cependant accentuer l’autre aspect, nous rappeler nous-mรชmes et rappeler l’humanitรฉ au sens du transcendant, sentir et faire sentir le frisson du mystรจre, et le sens de l’infini. »
Parce que nous sommes : รชtre et devenir, la conscience du mystรจre de notre identitรฉ va de paire avec la conscience de la profondeur de notre essence dont les limites dรฉpassent toujours le niveau conscient actuellement atteint.
Le binรดme rรฉvรฉlation-mystรจre est lร , non, pas pour nous faire baisser les bras, mais pour pousser davantage la connaissance !
La prise de conscience de ce que nous sommes demande de considรฉrer ce que nous pourrions รชtre !
L’acceptation de nos limites nous rend moins limitรฉs, ร condition de ne pas les transformer en excuse pour ne pas essayer de progresser.
Elle constitue un postulat de la docta ignorantia :
la sage ignorance !
Dans le fait mรชme de ne pas comprendre, celle-ci voit une porte d’entrรฉe qu’il ne faut pas forcer, mais, qui peut bien finir pour s’ouvrir spontanรฉment !
Il faut admettre que le mystรจre concernant bien des phรฉnomรจnes peuvent รชtre une mรฉconnaissance des รฉlรฉments et des lois naturelles parfois inconnus.
L’aspect mystรฉrieux est lร non pas pour nous freiner le pas, mais pour stimuler l’aventure.
Kahlil Gibran nous dit :
« Vague et nรฉbuleuse sont le commencement de toute choses, mais non leurs fins ! »
Cette obscuritรฉ peut expliquer pourquoi mรชme notre propre mystรจre รฉveille conjointement une attirance et une rรฉsistance face ร l’inconnu !
Pour Assagioli : l'รชtre humain est plus un sujet de recherche qu'un objet dรฉfini !
Avant d'รชtre un hรฉritage et un projet prรฉcis : l'รชtre humain est un mystรจre qui offre plusieurs voies ร l'analyse.
Avant de se prononcer sur l'homme, il faut donc tenir compte, avec Assagioli, de ce qu’il nomme :
« le mystรจre de l'homme ! »
Pour cela, il fait appel ร de nombreuses et diffรฉrentes vois de
recherches.
Personne
n’a jamais le dernier mot
sur ce qu’il -elle est !
L’ascension dans la connaissance de soi-mรชme รฉlargit, en mรชme temps : l’horizon du mystรจre !
On est alors portรฉ ร conclure avec Piero Ferrucci :
« que ce qu’on a appris au cours de nos vies, n’importe quelle que soit la portรฉe de sa signification, n’est qu’une petite bribe en comparaison avec le mystรจre infini qui nous entoure ! »
Il fait voir :
« que tous nous sommes destinรฉs ร nous confronter avec l’inconnu – surtout l’inconnu ร l’intรฉrieur de nous-mรชmes ! »
C'est lร son mystรจre central !
Par la rรฉflexion suivante : Assagioli tient compte, au point d’y voir ce qu’il dรฉsigne le ' mystรจre central ' :
« Notre insatiabilitรฉ quant au savoir nous pousse ร scruter les immenses mondes lointains et les รชtres infimes qui pullulent dans une goutte d'eau; elle ne peut pas nous laisser indiffรฉrents, sans curiositรฉ, face ร l'inconnu qui demeure en nous, face ร ce que nous ressentons et qui constitue le mystรจre central de l'รชtre ! »
L’acceptation du mystรจre rend celui-ci de plus en plus attrayant et en mรชme temps surprenant !
Il se prรชte autant ร donner lieu ร la rรฉvรฉlation, tout en
reculant ses propres limites, qu’ร รฉlargir celles-ci en mรชme temps !
Le mystรจre se traduit en rรฉvรฉlation et reste simultanรฉment prรฉsent au terme de n’importe quelle dรฉcouverte !
Il relรจve parfois d’une omission regrettable de faire l’abstraction du mystรจre !
Celui-ci semble nous รฉloigner du savoir, comme les tรฉnรจbres nous รฉloignent de la lumiรจre, mais ร l’intรฉrieur du mystรจre il y a toujours le soupรงon d’une lumiรจre qui nous attire !
Il est lร non pas comme cachette, mais comme potentiel de rรฉvรฉlation !
Plus qu’une barriรจre qui nous รฉcarte de nous-mรชmes, le mystรจre y devient un dรฉfi qui porte une attirance !
La transcendance ne s’oppose pas ร la rรฉvรฉlation.
Le fait d’accueillir l’รฉnigme que nous sommes nous rend ร la fois plus proche de notre identitรฉ, y incluant ainsi la conscience de notre potentiel !
Qui force ou prรฉtend annuler ce mystรจre pourrait subir davantage dans une รฉvidence de l'obscurcir le mystรจre.
Assagioli reconnaรฎt :
« que la comprรฉhension d'une chose est toujours partielle... le fait de croire avoir tout compris signale un manque de comprรฉhension**, celle-ci รฉtant le fruit d'un processus graduel. »
** discernement
Il appartient ร la sagesse humaine autant qu'ร la conscience de sa propre ignorance que d'essayer de la rรฉduire le plus possible, notamment en ce qui concerne notre identitรฉ !
Le mystรจre n'est pas seulement le voile qui cache la rรฉalitรฉ !
Il est dans la rรฉalitรฉ elle-mรชme dont le contenu dรฉpasse toujours la capacitรฉ humaine de perception et d'apprรฉhension, ce qui n'empรชche pas ร la connaissance, que le mystรจre offre plutรดt un sens d'acquis nouveaux au sujet de nous-mรชmes !
La conscience du mystรจre peut d'abord nous rรฉvรฉler qu'il y a toujours un savoir au-delร de toute la sagesse acquise, lequel nous attire et peut รฉlargir nos horizons.
Pour la conscience รฉveillรฉe, il constitue toujours non seulement un dรฉfi, mais aussi une opportunitรฉ !
Au dire d’Assagioli :
« le premier pas pour la rรฉvรฉlation d’un mystรจre, c’est de reconnaรฎtre humblement qu’il existe ! »
La connaissance de soi prรดne l’auto-estime qui inclut l’honorabilitรฉ du mystรจre qui nous caractรฉrise !
Toute rรฉvรฉlation รฉlargie la prise de conscience ร notre รฉgard, ne prรฉtend pas รฉpuiser le mystรจre de notre identitรฉ !
Le mystรจre ne postule pas l’agnosticisme qui fait de la dรฉcouverte une simple probabilitรฉ !
Il y a alors l’acceptation d’une totalitรฉ qui inclut cet aspect encore inconnu.
L’รชtre humain devient en permanence le sujet-objet de sa propre recherche et de sa propre dรฉcouverte !
Il y a une sorte de va et vient entre l’observateur et l’observรฉ qui sont tout simplement un !
Sans prรฉtendre faire disparaรฎtre le mystรจre de la nature humaine, Assagioli croit ร la possibilitรฉ que l'on a de progresser dans la connaissance de soi, et donc d'รฉliminer les obstacles de l'ignorance par rapport ร nous-mรชmes.
Il estime que l'on peut parvenir ร une : conception 'pluridimensionnelle' de la personnalitรฉ humaine.
Et que cette conception, " loin d'รชtre parfaite et dรฉfinitive ", pourrait รชtre cependant plus large et plus conforme ร la multitude du rรฉel que celles qui ont รฉtรฉ formulรฉes jusqu'ร prรฉsent !
Il y a alors un dรฉfi et une opportunitรฉ pour la connaissance, et jamais la justification de nous rรฉfugier dans l'ignorance !
Au plan de la personnalitรฉ : l'injonction :
‘ connais-toi toi-mรชme ! ’
peut sembler รฉtrange ?
Elle constitue cependant une constante historique d’un appel ร l’intรฉrieur de la philosophie et de la mystique.
La question :
‘ qui suis-je ? ’
suscite souvent des craintes !
Le refus de pรฉnรฉtrer jusqu'ร son mystรจre intรฉrieur est une รฉvasion au risque de se trouver face ร une image de soi รฉventuellement inacceptable !
Freud et Maslow ont bien mis en รฉvidence qu'ร la base d'une telle attitude sont dรฉjร ร l'ลuvre les fausses identifications.
Il n'y a pas d'opposition entre connaissance de soi et le mystรจre, du moins en psychosynthรจse !
La psychosynthรจse nous amรจne ร l’accueillir comme un รฉlรฉment de la connaissance de nous-mรชmes !
Cela nous rend plus authentiques.
Le mystรจre, alliรฉ ร l’inconnu peut รฉveiller autant la curiositรฉ et l’intรฉrรชt que la mรฉfiance et la peur !
Le fondement de l'auto-identification et la conscience au niveau du Soi opรจre une sorte de mรฉtamorphose intรฉrieure caractรฉrisรฉe par :
la paix, la joie, la sรฉrรฉnitรฉ, la stabilitรฉ et la sรฉcuritรฉ, lesquelles peuvent รชtre รฉprouvรฉes malgrรฉ les รฉpreuves pรฉnibles qui รฉventuellement l’accompagnent !
Assagioli considรจre cette rรฉvรฉlation au niveau du Soi comme รฉtant :
la " grande dรฉcouverte ", la " vraie re-naissance ! "
Une telle prise de conscience est toujours un fait existentiel qui ne peut pas se limiter a une simple conviction d’ordre thรฉorique, et moins encore ร un tรฉmoignage extรฉrieur !
Elle constitue une expรฉrience laquelle personne ne peut faire pour nous-mรชmes !
Pratiquement, une telle prise de conscience n’est pas
toujours effective ni dรฉfinitive, et moins encore elle peu รชtre empruntรฉe.
Chaque individu fait une dรฉmarche unique dans le processus de cette recherche et de cette rรฉvรฉlation.
ร la question : ‘ qui suis-je ? ’
Assagioli offre cette autre rรฉponse :
« Je suis le Soi, le point de la simple auto-identification. Je suis en permanence un รชtre auto-existant, une rรฉalitรฉ vivante ! »
Il recommande :
« Cherchons effectivement de rรฉaliser notre vraie essence : ‘ Je suis un centre de conscience, de volontรฉ et de vie ! ’ »
Ramana Maharishi :
« on n’atteint pas le Soi, on est le Soi; on est dรฉjร รงa ! »
Toutefois, au niveau de la personnalitรฉ, il est ร prรฉciser qu’il y a tout un cheminement ร faire, aussi bien que de prendre des prรฉcautions ร considรฉrer au cours du processus de la connaissance de soi, fort souvent parsemรฉ d’erreurs de perception.
Il est aussi inconfortable de continuellement faire face ร un de nouveau questionnement lorsqu'on est dans l’attente et l’incertitude de recevoir une rรฉponse.
** le lรขcher prise prise est de de mise !
Mais il y a aussi l’enthousiasme inhรฉrent au processus de la rรฉvรฉlation qui peut faire de chaque surprise un nouveau l’รฉlan vers la connaissance de soi !
6.5 Je suis qui ' Je suis ! '
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Roberto Assagioli a utilisรฉ longtemps non pas les termes de : ' soi ' ou ' Soi ', (' se ' ou ' Sรจ ') mais de :
' je ' : io empirico ou ' Je ' : Io superiore , tout en y soulignant son aspect ร la fois existentiel et mystรฉrieux : il mistero dell’Io.
On peut se demander quel est ou quels sont effectivement les vocables les plus adรฉquats ?
On revient ici ร la pensรฉe d’Assagioli, celle du : ' Je royal ' : ' Io Reale ', principe actif et permanent, la vraie substance de notre รชtre !
Une rรฉflexion se prรฉsente, dans le sens de retourner aux termes primitifs pour lui utilisรฉs. On le fait pour dรฉsigner le nucleus de l’identification humaine dans les contextes : individuel, social et universel.
En termes existentiels et tout en tenant compte de la conception tricotomique corps-รขme-esprit, cela invite aux termes suivants de l’identification humaine :
Corps:
- Je suis et je m’identifie, individuellement et essentiellement, comme un corps exprimรฉ en diffรฉrentes formes de vie, somatique et autres, en mรชme temps distinctes et insรฉparables, en termes d’identitรฉ humaine.
- Je suis et je m’identifie, socialement, essentiellement, distinctement et insรฉparablement, comme un รฉlรฉment constitutif du corps de l’humanitรฉ.
- Je suis et je m’identifie, comme un รฉlรฉment constitutif du corps de l’univers !
รme :
- Je suis et je m’identifie, individuellement, essentiellement, comme une รขme, le souffle vital de liaison entre la forme que je suis et l’esprit que je suis !
- Je suis et je m’identifie socialement, essentiellement, distinctement et insรฉparablement, comme un รฉlรฉment constitutif de l’รขme de l’humanitรฉ, le souffle vital de liaison entre la forme que nous sommes et l’esprit que nous
sommes.
- Je suis et je m‘identifie universellement et essentiellement, comme รฉlรฉment constitutif de l’รขme de l’univers, le souffle vital de la liaison entre le corps et l’esprit de l’univers oรน tous nous sommes distincts et insรฉparables.
Esprit :
- Je suis et je m’identifie individuellement et essentiellement comme esprit et source de la vie.
- Je suis et je m‘identifie socialement, essentiellement, distinctement et insรฉparablement, comme un รฉlรฉment constitutif de l’esprit de l’humanitรฉ que tous nous sommes.
- Je suis et je m‘identifie universellement et essentiellement, comme un รฉlรฉment constitutif de l’esprit, source de la vie de l’univers que tout et tous nous partageons distincte et insรฉparablement.
Cet aveu provient du centre de conscience, en termes d’identification et de co-identification.
Je : avec grand « J », est symbolisรฉ par l’รฉtoile au sommet du diagramme de l’ลuf, lequel inclut et dรฉpasse la dimension individuelle !
Il est, en mรชme temps individuel et collectif !
Il est ร remarquer le fait d’une identification humaine oรน le Je individuel fait appel ร la co-identification par rapport au Je social et au Je universel, non seulement au niveau de l’esprit mais aussi aux niveaux de l’รขme et du corps !
Pour ce qui concerne les niveaux de conscience, il y a les deux distinctions suivantes ร faire :
Le je personnel ou soi personnel :
sont des caractรจres minuscules au niveau de la personnalitรฉ : corps, รฉmotions et mental, en lien avec l’รขme !
Le Je transpersonnel ou Soi transpersonnel :
sont des caractรจres majuscules – outre la personnalitรฉ, faisant le lien entre l’รขme et l’esprit. Celui-ci inclut et dรฉpasse les niveaux personnel et transpersonnel, tout en รฉtant immanent et transcendant.
Pour ce qui concerne le caractรจre transcendant, on peut bien
se demander si oui on non cela regarde encore le domaine de la psychosynthรจse ?
En effet, celle-ci ne s’occupe pas directement de la transcendance.
Toutefois, elle ne l’exclut pas et s’ouvre, en termes de complรฉmentaritรฉ interdisciplinaire venant d’autres sources.
En fin de comptes, il ne s’avรจre pas trop de concevoir l’immanence et la transcendance en guise de deux polaritรฉs dont la synthรจse en est perรงue, au niveau de l’esprit, en termes de co-identification humaine !
Cela porte ร tenir compte aussi du terme :
Soi transcendantal !
Assagioli se rรฉfรจre au Soi transpersonnel comme une Rรฉalitรฉ Suprรชme progressivement rรฉvรฉlรฉe dans la nature et chez l’รชtre humain !
L’auto-identification passe par cette somme de la sorte que l’homme devient l’Homme lorsqu’il inclut et dรฉpasse le domaine individuel !
6.6 D’รฉtape en รฉtape
Sources : Joao D'Alcor Frey - La Psychosynthรจse de Roberto Assagioli
Souvent, l’รชtre humain se sent ou est prรฉsentรฉ comme un exilรฉ par rapport ร soi-mรชme !
De la question « qui suis-je ? » ร la vraie identification de nous-mรชmes, il y a tout un cheminement ร faire qui doit passer aussi par le domaine de l’inconscient !
Tel est l’avis d’Assagioli :
« Pour vraiment nous connaรฎtre, il ne suffit aucunement de faire l'inventaire des รฉlรฉments qui constituent notre รชtre conscient... il nous faut en outre faire le long travail d'exploration des vastes rรฉgions de notre inconscient ! »
Le ' chercheur ' et la recherche sont insรฉparables !
Un simple รฉventail risque de conduire ร une dรฉshumanisation, une fois conรงu comme une collection d’objets d’information.
La question : qu’est ce que c’est l’homme ?
reste alors une abstraction qui commence ร le chosifier !
Seul le : « qui suis-je ? » - ร ne pas confondre avec le : « qu’est ce que je suis ? » - peut mener ร l’identification de l’humain !
Pour la rรฉponse au questionnement sur l’identification humaine personne ne peut jamais se dispenser de la dimension individuelle !
Mais, tout le monde ne se pose pas ร soi-mรชme cette question, sous une forme de conviction, qu’elle serait superflue !
Cela traduit dรฉjร le fait d’une identification personnelle trรจs partielle et voire mรชme erronรฉe.
Par contre, la prise de conscience de l’ignorance par rapport ร soi-mรชme forme, dรจs lors et paradoxalement, devient un รฉlรฉment constitutif de la connaissance de soi, et un premier pas vers la sagesse.
Cette sagesse allie la conviction ร l’action, ce qui porte Assagioli ร l’invitation de pratiquement reconnaรฎtre et รฉvoquer :
« le sens du caractรจre sacrรฉ inhรฉrent ร chacun et ร tous les รชtres humains ! »
L’approche assagiolienne nous offre une voie dont le but fondamental est l’expรฉrience de l’auto-identification.
Pour y arriver, il y a tout un bout de chemin ร faire oรน l’on doit compter avec des mirages ร reconnaรฎtre, des dรฉtours ร รฉviter et des รฉpreuves ร surmonter !
Pourtant, l’รฉnigme de notre identification reste plein de rรฉvรฉlations !La connaissance de soi fait appel ร la connaissance du Soi.
Or, comme le remarque Carl Gustav Jung :
« on confond en gรฉnรฉral la connaissance de soi avec la
connaissance de son moi conscient ! »
cela sans tenir compte du fait, dit-il :
« Que le moi ne connaรฎt que ses propres contenus ! »
Ignace Lepp explique :
« l’expรฉrience atteste que les humains sont peu nombreux ร parvenir au stade de soi ร l’รขge adulte de la psychรฉ... la plupart ne dรฉpassent jamais le stade du moi, porteur de masques, jouant des rรดles plus ou moins nombreux ! »
Le processus de l'auto-identification, reste une aventure perpรฉtuelle, devenant alors, pour tout le monde, l'un des plus grands dรฉfis ร relever !
Nietzsche lui exprime :
« Nous ne nous connaissons pas, nous qui cherchons la connaissance; nous nous ignorons nous-mรชmes : et il y a une raison pour cela. Nous ne nous sommes jamais cherchรฉs – comment donc se pourrait-il que nous nous dรฉcouvrions un jour ? »
Au dire de Platon :
« il ne mรจne pas la vie d’un homme, celui qui ne s’interroge pas lui-mรชme ! »
L'identification totale serait l'expรฉrience pure de la prรฉsence ร soi-mรชme, et donc de la conscience au niveau du Soi.
Loin de constituer un acquis dรฉfinitif, la connaissance de soi se poursuit dans le processus d’une rรฉvรฉlation permanente, puisque l’expรฉrience de l’auto-identification n'est jamais parfaite ni dรฉfinitive !
Il y a au niveau du plan existentiel et de pair avec la permanence ontologique de notre identitรฉ, une sorte de changement d’identification qui porte ร la perception que l’on est simultanรฉment la mรชme personne et quelqu’un devenu diffรฉrent !
Comme le remarque Ken Wilber :
« il n’y a pas de frontiรจre entre sujet et objet, soi et non-soi, le voyant et le vu ! »
- l'activation de la personnalitรฉ par le contact avec les รฉnergies du supraconscient,
- la manifestation et la prise de conscience du Soi transpersonnel,
- la communion du Soi transpersonnel avec le Soi universel, dans une sorte de fusion et mystique d'identification.
Avec Alberti, il dit :
« que l’homme est un Soi ร la recherche du Soi, une รขme que cherche l’รขme ! »
Dans ce processus de la connaissance de soi remarque-t-il :
« continuellement, l'homme se perd et se retrouve, s’oublie et se souvient de soi, s’ignore et se reconnaรฎt, se repousse et s’accueille, s’emprisonne et se libรจre, se haรฏt et s’aime, s’abandonne et se retrouve ! »
Jacques Grand’Maison exprime :
« nous sommes plus que ce que nous pensons รชtre ! »
L’รชtre et le devenir font partie de l’identification humaine, ce qui porte Sri Aurobindo ร dรฉfinir : les humains comme des รชtres en transition !
Alors, en psychosynthรจse la question ‘ qui suis-je ? ’ reste prรฉsentรฉe en fonction d’une rรฉponse qui dรฉpasse la conscience actuelle de nous-mรชmes !
Il y a toujours un niveau supรฉrieur d’identification auquel nous pouvons avoir accรจs !
Il y a un potentiel de rรฉvรฉlation permanente et un processus d’auto-identification jamais tout ร fait accompli !
Au dire de Renรฉ Habachi :
« notre identitรฉ, notre rencontre avec nous-mรชmes nous รฉchappe et plonge ainsi dans un orient intรฉrieur ร notre devenir, en nous laissant jusqu’alors toujours diffรฉrents, toujours en deรงร de nous-mรชmes, et comme une existence privรฉe de la plรฉnitude de son essence ! »
La connaissance de soi reste toujours un processus qui est en mรชme temps de plus en plus englobant et synthรฉtique.
Dans son ampleur, il y a un appel ร tous les domaines du savoir qui inclut et dรฉpasse celui des sciences psychologiques !
Tout en valorisant la richesse et la complexitรฉ de l’humain, la psychologie ne peut pas se dispenser, en termes de complรฉmentaritรฉ, d'un apport interdisciplinaire.
Assagioli en est conscient lorsqu’il invite, comme rรฉfรฉrรฉ plus haut :
« ร viser une plus vaste synthรจse de la science, de la philosophie, de l’art et de la religion, vers une connaissance intรฉgrale du ‘phรฉnomรจne humain’ et de la rรฉalisation de ses plus hautes possibilitรฉs ! »
Entre la connaissance de soi et la connaissance du Soi il reste
encore chez nous une partie endormie et dans l’attente d’un รฉveil qui traduit le passage de l’homme ร l’Homme !
Abraham Maslow รฉvoque :
« l'homme est plus que ce qu'il est ! »
Ce cheminement de l’homme vers l’Homme relรจve d’une prise de conscience et du processus inhรฉrents de la croissance humaine, ร ne pas confondre avec le concept nazi du « surhomme », ร la fois รฉlitiste, discriminatoire et compรฉtitif !**
** sujet inquiรฉtant qui revient depuis les annรฉes 2020 sous la dรฉfinition du terme : eugรฉnisme. je pense aussi ร cette AI ou intelligence artificielle.
En psychosynthรจse. il est toujours question de conjuguer :
- l’รชtre avec le devenir,
- le connaรฎtre avec le dรฉcouvrir !
Cela ne doit pas empรชcher de vivre dans l’ici et maintenant l’expรฉrience d'une entase, c’est-ร -dire celle d’รชtre vraiment prรฉsent ร soi-mรชme !
Telle est le projet de l’auto-identification dans la rencontre avec nous-mรชmes, tel que nous sommes !
La connaissance de soi se trouve alliรฉe ร l’estime de soi, fondรฉe celle-ci sur la conscience de nos capacitรฉs actuelles et de nos potentialitรฉs, hors de toutes dรฉpendances esclaves par rapport ร des modรจles, des normes et des valeurs imposรฉes de l’extรฉrieur !
La psychosynthรจse reste toujours une bio-psychosynthรจse dans : l’รฉvocation, l’inclusion, l’intรฉgration, l’harmonisation et la synthรจse vital de toutes les composantes humaines.
Roberto Assagioli, le concepteur de la psychosynthรจse offre un systรจme psychologique qui vise exprimer l'harmonie de l'รชtre humain...
Non pas tellement dans la combinaison des formes et dans la consistance des matรฉriaux d’une statue, et non plus dans les couleurs et traits d’un tableau, ou dans un traitรฉ philosophique, mais dans la conscience et lumiรจres de nos vies, rรฉvรฉlant, de faรงon existentielle et de plus en plus, notre propre identification, existentiellement reconnue dans son l’intรฉgritรฉ, dans sa bontรฉ et dans sa beautรฉ.
Son approche psychologique postule l’accomplissement de l'รชtre humain ร partir d’une identification intรฉgrale, capable de dรฉcouvrir l’innocence originelle dans la nuditรฉ du corps, et l’authenticitรฉ du miroir de l’รขme, et le pivot de l’harmonie dans la lumiรจre de l’esprit.
Selon Assagioli :
« Il faut effectivement se connaรฎtre pour pouvoir arriver ร la maรฎtrise et possession de soi ! »
Chaque individu est librement invitรฉ ร poursuivre et ร complรฉter, de faรงon responsable, sa dรฉmarche personnelle, de faรงon ร conjuguer le savoir : avec le savoir-faire, avec le savoir-รชtre et avec le savoir-vivre !
Il s’agit d’un processus vital, oรน la connaissance de soi se trouve toujours dans un rapport de complรฉmentaritรฉ, en connexion รฉtroite avec les thรจmes : de la maรฎtrise de soi, l’actualisation de soi et la rรฉalisation de soi, lesquels font l’objet des chapitres suivants.
Fin de la retranscription de la partie 7, la partie 8 suivra mais patience...
๐ซ Lร , je prends le relais en tant que blogueur, le travail de recherche personnelle que je vous partage ร un but, aussi, c'est le « partage et la collaboration », il est clair, que ces concepts ne sont pas simples ร intรฉgrer, un conseil, prenez le temps de digรฉrer le contenu sans le mentaliser. Ce Blog comme d'autres, ont un but premier, « votre participation », en laissant des commentaires ou en posant des questions sur le lien oรน en bas du blog par le biais du formulaire, ainsi vous participez aux travaux, cela prend du temps que j'offre gratuitement parce que pour le moment, sur Psycho'Logiques, je ne vous vends rien, merci.
Eddy Vonck - Fondateur du Blog Psycho'Logiques








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![Psychosynthรจse - « notre attention, notre intรฉrรชt, nos activitรฉs sont tournรฉs vers des problรจmes extรฉrieurs, pratiques, vers des tรขches et des buts qui sont en dehors de nous-mรชmes [...]. Nous nรฉgligeons de chercher ร savoir ce que nous sommes et qui nous sommes. » Psychosynthรจse - « notre attention, notre intรฉrรชt, nos activitรฉs sont tournรฉs vers des problรจmes extรฉrieurs, pratiques, vers des tรขches et des buts qui sont en dehors de nous-mรชmes [...]. Nous nรฉgligeons de chercher ร savoir ce que nous sommes et qui nous sommes. »](https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEgfArkHdcTEFO7qaQ5I4vB08xVkKRQ4DApyRB7Accr9-RKHxBPyzmu1abQ_-QABDjiC5eutso_oRsEJMiho0aOwV2ygJP8OFXfICYrHO4OY-Ozxf1RVwc2gHkVfntvkpgWVYSRm2xJcrIU89-RMqNxHgHobbB3b6tcjTkdPMZQvvB7yjW58pKDM8U7iPQ/w200-h200/rf.png)




















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![Assagioli fait la distinction entre la personnalitรฉ et le Soi qui est le noyau de l’individualitรฉ : Le Soi et la personnalitรฉ sont deux choses tout ร fait diffรฉrentes. Le premier [le Soi] est : unique, simple, identique; la deuxiรจme [la personnalitรฉ] est : instable, complexe, pouvant se dรฉdoubler ! Assagioli fait la distinction entre la personnalitรฉ et le Soi qui est le noyau de l’individualitรฉ : Le Soi et la personnalitรฉ sont deux choses tout ร fait diffรฉrentes. Le premier [le Soi] est : unique, simple, identique; la deuxiรจme [la personnalitรฉ] est : instable, complexe, pouvant se dรฉdoubler !](https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEhjoekGKvfLap8gFlyaA5RAMCp5G4278MfiYMXN_J47W1oqS9EvLrUQpAJCgzf4BaZafbDQ3topHuBtvzMzbSrHrOv8EhyphenhyphenZkPKzjCjvZMoaj0ISK5uEy23o74nhK3Uocr_Z2CSkHkhuTu37efflrBNjzIorKIxid1ADkQA6QzpQhUcGizCbfgN2teMibA/w200-h200/dbp.jpeg)




































































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