๐ฃ๐๐๐ฐ๐ต๐ผ๐น๐ผ๐ด๐ถ๐ฒ : "๐๐ฎ๐ถ๐ ๐๐ป ๐ฒ๐ณ๐ณ๐ผ๐ฟ๐ !", ๐ผ๐ ๐ฒ๐ป๐ฐ๐ผ๐ฟ๐ฒ : "๐ฆ๐ถ ๐๐ ๐ป'๐ฒ๐๐๐ฎ๐๐ฒ๐ ๐ฝ๐ฎ๐ ๐ฑ๐ฒ ๐๐ฒ ๐๐ฒ๐ฐ๐ผ๐๐ฒ๐ฟ ๐๐ป ๐ฝ๐ฒ๐, ๐ฐ๐ผ๐บ๐บ๐ฒ๐ป๐ ๐๐ฒ๐๐ -๐๐ ๐'๐ฒ๐ป ๐๐ผ๐ฟ๐๐ถ๐ฟ ?"
"Fais un effort !", ou encore : "Si tu n'essayes pas de te secouer un peu, comment veux-tu t'en sortir ?"
Ces petites phrases sont prononcรฉes le plus souvent avec bienveillance et empathie (ou pas), dans l'intention d'aider. Parfois, elles sortent sous le coup de l'exaspรฉration, ou ร cause de la peine que peut susciter en nous l'apathie d'un proche, ou d'un collรจgue. Pourtant, elles ne semblent que rarement porter leurs fruits. Pire, ces mรชmes patients expliquent trรจs bien combien ces conseils et injonctions peuvent s'avรฉrer culpabilisants et finalement contre-productifs.
"Aider votre prochain ร traverser une riviรจre vous permet de la traverser รฉgalement"
dicton indien
Les neurosciences permettent aujourd'hui de mieux comprendre pourquoi. Et doivent inciter l'entourage ร chercher d'autres moyens d'aider un proche touchรฉ par une dรฉpression.
La dรฉpression, un รฉtat de tristesse, mais pas seulement
Il est difficile, pour un non-malade, de se reprรฉsenter la dรฉpression. Lorsque nous tentons de le faire, les images qui viennent naturellement sont celles de la tristesse. Nous puisons dans notre histoire personnelle des souvenirs douloureux et essayons – ce qui est parfois ardu – de nous remรฉmorer notre รฉtat d'alors. Le tableau de dรฉpression inclut en effet les angoisses, l'รฉtat de tristesse, en d'autres termes – sans doute plus proches de la rรฉalitรฉ vรฉcue par le malade – la souffrance psychique et la douleur morale.
Avec les idรฉes suicidaires, cette souffrance est la partie la plus visible de la dรฉpression et probablement la plus "comprรฉhensible" pour l'entourage. De la mรชme faรงon que nous compatissons ร la vue d'une blessure physique, nous souffrons avec nos proches รฉprouvant une douleur morale, mรชme lorsque nous n'en comprenons pas la cause.
Mais la dรฉpression ne se traduit pas seulement par cet excรจs d'affects dits nรฉgatifs. Elle se manifeste รฉgalement par une autre facette, tout aussi frรฉquente et tout aussi grave : le dรฉfaut d'affects positifs. Les psychiatres disposent d'un jargon variรฉ pour en dรฉcrire les diffรฉrents symptรดmes : l'anhรฉdonie ou incapacitรฉ ร รฉprouver du plaisir, l'aboulie ou abolition de la volontรฉ, l'apragmatisme, ou incapacitรฉ ร entreprendre des actions ou encore l'athymhormie, la perte de l'รฉlan vital.
Le "coup de mou" est transitoire, pas la dรฉpression
Lorsque nous essayons de nous figurer ces symptรดmes, nous pouvons nous remรฉmorer des "coups de mou", des pรฉriodes d'abattement. Ces รฉtats ont pu rรฉsulter, chez nous, d'une infection, d'une surcharge de travail ou faire suite ร une nouvelle douloureuse. Ils se sont heureusement avรฉrรฉs transitoires.
De fait, lorsque quelques jours de repos n'ont pas suffi ร sortir de cet รฉtat, nos proches รฉtaient lร pour nous "secouer" utilement, nous pousser ร agir ou nous "changer les idรฉes". Mais au cours de la dรฉpression, les idรฉes ne changent pas ร la demande, sous l'effet d'une simple distraction ou sur une injonction… ni mรชme spontanรฉment. Le terme de rumination, l'un des symptรดmes de la dรฉpression, dรฉfinit justement cette incapacitรฉ ร "changer d'idรฉes", cette propension ร rester fixรฉ encore et encore sur les mรชmes pensรฉes nรฉgatives, ร s'accuser des mรชmes maux. Le plus souvent, le patient atteint de dรฉpression est pleinement (oรน pas) conscient de son รฉtat. Il en souffre, mais semble incapable de changer de perspective.
Cette seconde composante de la dรฉpression, le dรฉfaut d'affects positifs, n'est pas forcรฉment bien traitรฉe par les thรฉrapeutiques actuelles. Les antidรฉpresseurs conventionnels (et notamment les inhibiteurs sรฉlectifs de la recapture de la sรฉrotonine) semblent chez une majoritรฉ de patients plus efficaces pour cibler la premiรจre composante, l'excรจs d'affects nรฉgatifs, selon la littรฉrature scientifique.
Une maladie touchant les rรฉseaux du cerveau impliquรฉs dans la motivation
Les connaissances les plus rรฉcentes en neurosciences laissent penser qu'il s'agit d'une maladie de la motivation, c'est-ร -dire touchant les rรฉseaux du cerveau impliquรฉs dans la motivation. Si ces malades atteints de dรฉpression pouvaient vouloir, s'ils pouvaient "faire un effort", cela signifierait… qu'ils ne sont plus dรฉprimรฉs.
De la mรชme maniรจre qu'il serait absurde d'exiger d'un patient atteint de diabรจte qu'il demande ร son pancrรฉas de "faire un effort", ou ร un autre s'รฉtant cassรฉ la jambe d'avoir moins mal ou de courir, il est absurde d'exiger d'un "malade de la motivation" de se montrer un peu plus volontaire.
Il existe plusieurs faรงons, pour un chercheur, d'aborder les mรฉcanismes de la motivation. Ainsi, il est possible de se poser la question de ses dรฉterminants liรฉs ร la gรฉnรฉtique ou ร l'environnement, de ses fondements neurobiologiques (ร l'รฉchelle microscopique d'une cellule et de ses rรฉcepteurs, des neurotransmetteurs), de ses bases cรฉrรฉbrales (visibles par les รฉtudes en imagerie, ร l'รฉchelle d'une aire cรฉrรฉbrale donc du centimรจtre) ou encore de ses mรฉcanismes cognitifs (liรฉs au fonctionnement de la pensรฉe).
Dans cette approche, la motivation peut se dรฉfinir comme l'ensemble des facteurs qui dรฉterminent le comportement d'un individu ; soit en termes de direction : il choisit une action plutรดt qu'une autre – par exemple de se faire lui-mรชme ร dรฎner, plutรดt que de commander une pizza ; soit en termes d'intensitรฉ : il dรฉtermine la quantitรฉ de ressources qu'il alloue ร une action, c'est-ร -dire l'effort qu'il va fournir ou le temps qu'il va y consacrer.
Lorsque nous devons choisir entre plusieurs actions ou dรฉcider de faire un effort, notre dรฉcision repose sur la confrontation entre deux รฉlรฉments opposรฉs : d'un cรดtรฉ les bรฉnรฉfices, c'est-ร -dire la rรฉcompense que nous pouvons obtenir – mais aussi les pertes que nous pouvons รฉviter – et de l'autre cรดtรฉ, les coรปts, notamment l'รฉnergie dรฉpensรฉe ou l'effort exigรฉ.
Dans ce contexte, la notion de rรฉcompense peut dรฉsigner un bien matรฉriel, par exemple un objet, de la nourriture et mรชme de l'argent ou, ร l'inverse, un bien immatรฉriel, comme le plaisir de se plonger dans un livre ou l'estime de ses proches. De mรชme, les coรปts peuvent dรฉsigner aussi bien des coรปts physiques que des efforts mentaux.
Cette partition en deux catรฉgories des dรฉterminants de nos actions est probablement rรฉductrice, voire simpliste. Mais elle permet de pointer l'origine d'un trouble de la motivation comme relevant de l'un de ces deux grands axes : soit une diminution de la sensibilitรฉ aux rรฉcompenses ou de la sensibilitรฉ aux pertes (ร la "carotte" ou au "bรขton" pour reprendre cette image classique), soit une augmentation de la sensibilitรฉ ร l'effort. Ces deux mรฉcanismes peuvent sans doute coexister chez un mรชme patient, ร des degrรฉs plus ou moins importants.
Prenons l'exemple d'une personne qui se trouve face ร la possibilitรฉ de sortir pour retrouver ses amis au restaurant. Un patient souffrant de dรฉpression peut s'en montrer incapable soit parce que la perspective de rรฉcompense (le plaisir d'รชtre avec ses proches) est abolie, soit parce que le coรปt de chacune des actions nรฉcessaires pour rejoindre ses amis est dรฉmultipliรฉ chez lui – autrement dit, l'effort associรฉ au fait de prendre une dรฉcision, de s'habiller, se coiffer et parcourir la distance jusqu'au restaurant est majorรฉ.
L'auteur de l'article (voir en dessous en fin de mon article), et ce n'est que mon avis dans une posture de scientifique, mais ses recherches ne se retranchent que sur la cause mรฉdicale du symptรดme de la dรฉpression, trop souvent dรฉfinie par le terme dรฉplorable de "maladie mentale"
Il ne s'attaque pas aux terrains (ร la cause du ou des problรจmes) Pourquoi es-tu Malade ?? Qui oรน quoi, t'ont rendu malade ??
Mais, les dรฉpressions, sont des causes sociรฉtales, on ne devient ni prรฉcaires, ni chรดmeurs, ni malade en toutes logiques non gรฉnรฉralistes du jour au lendemain. J'en ai ras le bol de ces clichรฉs de petits bourgeois qui ne critiquent jamais les systรจmes capitalistes et leurs dรฉrives engendrรฉes depuis le dรฉbut des annรฉes 2000, et c'est mรชme possible bien avant.
je vous invite ร lire les rapports de Solidaritรฉs Nouvelles Face au chรดmage https://snc.asso.fr/reseau-snc/publications
Le chรดmage impacte รฉgalement nรฉgativement les habitudes de vie, les addictions, les comportements ร risque et l’activitรฉ physique des personnes qui le vivent, constituant autant de sur-risque pour leur santรฉ.
Enfin, l’ensemble des recherches rรฉalisรฉes en psychologie indique que le chรดmage est vรฉcu comme une รฉpreuve qui s’accompagne de stress, d’anxiรฉtรฉ et de dรฉprime mais รฉgalement d’un profond sentiment de honte et de culpabilitรฉ.Chaque dรฉcision devient une montagne ร escalader
De nombreux patients expriment d'ailleurs prรฉcisรฉment leurs difficultรฉs en ces termes : la moindre dรฉcision, la moindre action, deviennent autant de montagnes ร gravir. De fait, ร chaque fois que nous demandons ร un proche dรฉprimรฉ "d'essayer un peu", de faire un effort qui nous paraรฎt minime, nous lui demandons en fait de rรฉaliser une ascension phรฉnomรฉnale… alors qu'il ne sera pas forcรฉment en รฉtat de profiter de la vue une fois parvenu au sommet, pourrions-nous ajouter pour filer la mรฉtaphore.
Or, il n'existe ร l'heure actuelle aucun moyen validรฉ pour que les psychiatres puissent, dans leur pratique quotidienne, mesurer le poids respectif de ces deux mรฉcanismes chez un patient. Pour l'instant, de telles รฉvaluations sont limitรฉes ร des patients ayant adhรฉrรฉ ร un protocole de recherche et ne valent qu'ร l'รฉchelle d'un groupe.
Pourtant, il y a fort ร parier ces deux grands types de troubles de la motivation pourraient nรฉcessiter des interventions thรฉrapeutiques diffรฉrentes – qu'il s'agisse de mรฉdicaments, de stimulation cรฉrรฉbrale, ou et de psychothรฉrapies. Dans le futur, il sera sans doute possible de distinguer, chez un proche atteint de dรฉpression, lequel des deux mรฉcanismes est impliquรฉ. En attendant, abstenons-nous, dรฉjร , de l'accabler par un "si on veut, on peut".
Le sujet est vaste, je vous invite si vous avez lu cet article, jusqu'au bout, de dรฉbattre et de commenter ci-dessous, merci !
Eddy Vonck
Rรฉdacteur bรฉnรฉvole de Psycho'Logiques
sources : Fabien Vinckier est psychiatre, mรฉdecin chercheur ร l'universitรฉ Paris-Descartes, post-doctorant, ร l'Institut du cerveau et de la moรซlle รฉpiniรจre (ICM). La version originale de cet article a รฉtรฉ publiรฉe sur The Conversation.



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